Graceland, le refuge du roi (+playlist)

Notre aventurière Critique musicale en chambre pour Moustique, Gwen Pitseys a revisité ce printemps quelques grands lieux du rock US. Mais que sont devenus les grands lieux du rock? Une série qui sent à la fois la fureur de vivre et la mélancolie.

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Cette semaine, Graceland à Memphis, la maison d'Elvis Presley devenue champ de foire dédié à sa mémoire. Le boulevard Elvis Presley est probablement l'une des artères les plus tristes du monde. Pendant plusieurs miles, les pèlerins peuvent assister au déclin de Memphis en inventoriant les voitures désossées, les commerces moribonds et les cloaques à 20 dollars la nuit aux noms aussi inspirés que "The King Motel".

Au prix de quelques efforts, il est toutefois possible de s'imaginer à quoi ressemblait le quartier de Whitehaven lorsque le clan Presley s'y établit au milieu des années 50: une petite communauté tranquille, des terres bénéficiant des largesses du Mississippi et des familles soulagées d'épargner à leur progéniture les turpitudes de la ville. Sous la pression du développement industriel, la banlieue a peu à peu rongé les exploitations agricoles jusqu'à ce que la crise y assène un coup de poing final. Si c'est bien la célébrité de son ex-propriétaire qui attire les visiteurs aujourd'hui, Graceland-la-survivante offre également un aperçu de ce que fut Memphis et de ce qu'elle redeviendra peut-être un jour.

En attendant, il va falloir se trouver une place dans le champ de béton qui sert de parking. Faveur de la basse saison, les files sont quasi inexistantes et l'immense zone d'accueil suffit largement à abriter les grappes de touristes qui dégringolent des cars. Sans grand étonnement, la moyenne d'âge est relativement élevée. On suppose que les rares adolescents présents accompagnent leurs aînés par courtoisie ou obligation parentale. Avec un peu de chance, certains se laisseront convertir et réclameront leur "best of" sur le chemin de la sortie.

Les audio-guides sont distribués avec une discipline militaire alors que le groupe se tasse. Bienvenue au camp Presley. Après s'être plié à l'exercice imposé du cliché-souvenir, on nous fait grimper dans un minibus afin de traverser l'avenue en toute sécurité. On se demande tout de même si l'installation d'un passage pour piétons n'aurait pas été plus simple pour tout le monde. Depuis les pieds de ses colonnades blanches, la demeure du Roi semble plutôt modeste. Celle-ci est certes imposante, mais pas au point de rivaliser avec les caprices immobiliers de Mariah Carey ou Kanye West.

La suite dans le Moustique du 14 août 2013

La play-list (de reprises) pour l'ambiance

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