Gouvernement fédéral – Et les Flamands, sont-ils contents?

Mouvement national? A voir. La manifestation du 6 novembre a semble-t-il davantage concerné la Wallonie orpheline de son gouvernement de gauche que le nord du pays. Mais gare aux conclusions hâtives.

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Jeudi 6 novembre, la SNCB vendait des tickets à prix réduit pour qui désirait manifester à Bruxelles. Elle en a écoulé 80.000. Deux tiers en Wallonie, un tiers en Flandre. Le même jour, un sondage VTM s'inscrivait dans le même ordre de proportions: quatre Flamands sur dix soutenaient la manifestation. Quant au hashtag #Aujourdhuijetravaille lancé par le patron de la FEB Pieter Timmermans en forme de contrepied à la manifestation, il a connu un succès plus soutenu dans sa version néerlandophone. On n'est donc pas dans le scénario un peu trop vite annoncé d'une Flandre imperturbable face à une Wallonie en insurrection. Mais le constat est là, il y a deux colères sociales dans ce pays. Inquiétant, alors qu'on dit parfois qu'avant la famille royale ou les Diables Rouges, la Sécurité sociale est le dernier véritable ciment de la Belgique? 

Logique plutôt, pour Luc Van der Kelen, éditorialiste au quotidien flamand Het Laatste Nieuws, marqué plutôt à droite. "Vu la composition du gouvernement, les trois quarts des opinions politiques exprimées en Flandre s'y retrouvent. C'est donc assez normal qu'on accorde chez nous le bénéfice du doute à Michel Ier." C'est dit, le Flamand moyen se satisferait de la situation. Et d'ailleurs ce serait son tour. "La majorité actuelle s'est constituée démocratiquement. On a vécu trois ans avec un gouvernement Di Rupo minoritaire en Flandre, on n'a pas entendu chez nous crier au scandale." Et pourtant, on aurait pu, glisse l'éditorialiste. "En trois ans, malgré les 22 milliards d'économies réalisées, ce gouvernement a affiché quand même 3 % de déficit. Et notre croissance sera l'une des plus basses en Europe dans les deux années à venir." Qui plus est, le même Flamand moyen descendrait de toute façon moins volontiers dans la rue que le Monsieur Tout-le-Monde à Liège ou Charleroi. "Je ne sais pas si on peut parler de deux cultures sociales différentes en Belgique, mais on sait toujours où ça commence. C'est une tradition en Belgique. Dans les années 60 contre la loi Eyskens, ou 20 ans plus tard contre les sauts d'indice du gouvernement Martens, c'est toujours en Wallonie"

N(v)ature vs Culture

Dave Sinardet n'est pas éditorialiste flamand. Professeur de sciences politiques à la VUB et spécialiste des relations communautaires, il travaille plutôt dans la nuance. "Il est loin d'exister une seule perception en Flandre, de la même façon que la Belgique francophone n'est pas univoque. Chez nous, l'ACV, le pendant flamand de la CSC, du lourd donc, a également été très critique à l'égard de Michel I er. Lorsque celui-ci s'est constitué, son patron a parlé de film d'horreur social. Alors que le CD&V, son aile politique, fait partie de l'équipe Michel I er."

Le Flamand pas content existe, donc. Mais il est peut-être moins visible que son homologue wallon vêtu de rouge. Plus qu'une question de visibilité, ce serait une question d'image. Dans les médias, mais aussi dans les discours politiques, les syndicats ont moins bonne presse au nord du pays. "En Flandre, ils ont plus de peine à convaincre qu'ils défendent autre chose que des intérêts acquis." Prenons l'exemple des scouts flamands. Ceux-ci ont communiqué leur intention de ne pas se mêler à la manifestation nationale, jugée trop "politique". En revanche, ils sont de l'initiative citoyenne "Hart Boven Hard" ("Du cœur plutôt que de la dureté"), qui dénonce pourtant également les mesures d'économie proposées, que ce soit au fédéral ou au gouvernement flamand. "Il faut sans doute y voir un enjeu de communication: les scouts flamands ont privilégié une plateforme de réflexion plus constructive à une manifestation classiquement dirigée "contre" quelque chose. Mais il n'y a pas que cela. En Flandre, il reste un potentiel de mobilisation important. Mais il s'exprime dans un cadre désormais plus large, plus nouveau, plus "branché" même que le traditionnel combat syndical."

Attendons donc la mi-décembre et la fin de ce mois d'actions sociales et syndicales avant de parler de nouvelle, et peut-être définitive, fracture communautaire sur la question du social. En jetant un œil sur Bart De Wever, qui jouera une nouvelle fois un rôle central dans les semaines à venir. A ce propos, Dave Sinardet et Luc Van der Kelen tombent d'accord. Pour le premier, la N-VA devra bientôt composer avec les limites du système dans lequel elle a choisi d'évoluer: un modèle de concertation à la belge où les syndicats, intégrés au processus de décision nécessaire à toute réforme, occupent toujours un rôle central. Pour le second, les nationalistes flamands, malgré leur nature "révolutionnaire" et leur absence de culture du dialogue avec les organisations syndicales, vont néanmoins devoir trouver un compromis avec eux. Comme tout le monde en Belgique avant eux. A moins que…

Retrouvez également Marc Goblet (FGTB), Denis Ducarme (MR) et notre analyse de la manifestation du 6 novembre dans le Moustique du 12 novembre.

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