Girls: l’album rock le plus génial du moment

"Father, Son, Holy Ghost". Retenez bien ce titre, c'est l'album rock le plus génial du moment.

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Lorsque notre premier album est sorti en 2007, je travaillais comme réceptionniste dans un hôtel à San Francisco, explique Christopher Owens, chanteur torturé de la formation californienne Girls. Même si le succès de "Girls" reste confidentiel sur l'échelle mondiale, ma vie a complètement changé. La musique est désormais devenue mon emploi à temps plein. J'ai acquis plus de responsabilités, mais aussi plus de liberté. Et, surtout, je me sens beaucoup plus heureux aujourd'hui."

En 2007, c'est sans la moindre retenue que Christopher évoquait son parcours tortueux. Seize années passées au sein de la communauté Children Of God, secte pseudo-religieuse aux règles strictes et aux mœurs sexuelles douteuses. La dépression ensuite, quelques actes de délinquance juvénile, un déménagement à San Fransisco ("50 % de hippies, 50 % de fans de heavy metal et moi au milieu"), beaucoup de drogues et finalement le salut grâce à la musique. "Girls", premier album enregistré dans la cuisine de son meilleur ami et bassiste Chet "JR" White, mélangeait rockabilly fifties, pop bricolée, folk hallucinée et refrains sautillants. Deux concerts au Bota ainsi qu'une prestation tout en sueur au Pukkelpop achevaient de nous convaincre de la qualité du groupe et du pouvoir ensorcelant de ses mélodies désespérées.

Quatre ans et un EP ("Broken Dream Club") plus tard, Girls revient avec "Father, Son, Holy Ghost". Christopher et JR ont pu goûter pour la première fois au confort d'un studio et ont bénéficié de l'aide d'un ingénieur du son professionnel. Mais ils restent fidèles à leur philosophie du "less is more", privilégiant la simplicité et accentuant encore un peu plus la schizophrénie des genres. Avec son orgue d'église et son chœur féminin singeant The Great Gig In The Sky de Pink Floyd, Vomit est tout simplement la plus belle "nouvelle" chanson que nous ayons entendue cette année. "Je suis particulièrement touché que notre maison de disques ait décidé de la sortir en single. Elle fait six minutes, le titre Vomit ("Vomir") a de quoi repousser tous les programmateurs radio, mais ce morceau me tient à cœur. Je l'ai écrit il y a plus de cinq ans mais je n'avais jamais osé l'enregistrer. Il était trop chargé émotionnellement."

Owen se dit plus heureux, mais ça ne l'empêche pas d'écrire encore beaucoup sur des désillusions amoureuses. Les girlfriendsphotographiées pour le livret de son premier album font ici l'objet de chansons de rupture (Jamie Marie, Alex…). Il évoque aussi sa mère sur la ballade My Ma (autre sommet du disque), offre sa version moderne de l'amoureux transi sur le très pop Saying I Love You et déchire les cœurs sur l'épique Die,chanson à tiroirs débutant comme une démo expérimentale d'Aphex Twin pour se poursuivre avec le riff de Paranoid de Black Sabbath. Il y a un disque rock à découvrir en priorité cet automne, il s'appelle "Father, Son, Holy Ghost".

Le 15/11 au Trix, Anvers.

 

 

Girls
Father, Son, Holy Ghost
PiaS

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