George Michael: Retour de foi

En 1987, Dalida se suicidait à Paris, Nirvana se formait à Seattle et la planète entière chantait I Want Your Sex.

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Le timing devait être parfait. La commercialisation de la réédition de l’album « Faith » de George Michael était initialement prévue le 30 octobre 2010, soit vingt-cinq ans jour pour jour après sa sortie initiale.

Mais voilà, décidément très peu inspiré lorsqu’il conduit sa voiture le nez chargé de cocaïne, l’icône pop était condamnée en septembre dernier à huit semaines de prison et à un retrait de permis de cinq ans. Une très bonne nouvelle pour les usagers de la route, une mauvaise pour la firme de disques Sony Music qui a été contrainte de repousser les célébrations de « Faith » à ce mois de janvier.

 Malgré cette contre-publicité tapageuse, « Faith » mérite pourtant bien une réédition. Tout comme son auteur mérite chacun des vingt-cinq millions d’exemplaires vendus de ce premier album solo. C’est que, contrairement à beaucoup de productions estampillées eighties, « Faith » a plutôt bien vieilli. Il reste ce que George Michael a fait de mieux et constitue encore une influence majeure sur les nouvelles productions. En attestent notamment les récentes livraisons de Bruno Mars , Mark Ronson ou encore Cee-Lo. Sur le plan des statistiques, « Faith » n’a plus d’équivalent aujourd’hui. Numéro un des deux côtés de l’Atlantique, il a généré pas moins de six singles (pour dix chansons!) dont cinq ont atteint la première place du Billboard américain. Hormis Michael Jackson avec « Thriller », personne n’a fait mieux. Et parmi la génération iPod, on ne trouve actuellement que les Black Eyed Peas, Lady Gaga et David Guetta pour rivaliser avec un tel raz-de-marée international.

Pourtant, en 1987, ils ne sont pas nombreux ceux qui osent parier sur les chances de succès solo de George Michael. Le chanteur d’origine chypriote a alors vingt-quatre ans et vient de saborder son duo adop/pop Wham! pourtant au sommet. « Avec Wham!, je vendais des millions d’albums. J’étais gay, mais je n’osais même pas le dire à mes parents. Musicalement, je faisais des choses extraordinaires, mais comme je portais des shorts ridicules et des anneaux de rideau dans les oreilles, personne ne me prenait au sérieux. « Faith » m’a permis de rentrer dans l’âge adulte et m’a donné une crédibilité », déclare-t-il aujourd’hui.

Génie éclectique

Enregistré au Danemark et à Londres, « Faith » surprend toujours agréablement par son éclectisme et son évidence pop. George Michael signe toutes les chansons, produit le disque et joue de nombreux instruments. Quand l’album sort aux Etats-Unis, le très sérieux Rolling Stone n’hésite pas à parler de disque concept avec « des chansons qui partent dans tous les sens mais se tiennent par un fil invisible ». De son côté, la presse britannique n’hésite pas à affirmer que « Faith » est la réponse anglaise au « Thriller » de Michael Jackson paru quatre ans plus tôt. Il y a un peu de ça, en effet. Comme Michael Jackson, George Michael n’hésite pas à jouer la carte du crossover. L’irrésistible plage titulaire est emmenée par un riff de guitare rockabilly. I Want Your Sex est un funk torride comme seul Prince ose en faire à l’époque. One More Try est une tentative soul dans la tradition de Marvin Gaye et de Stevie Wonder alors que Father Figure préfigure la folie (et les daubes aussi) R&B qui va toucher la planète une bonne décennie plus tard.

La fofolle qui, trois ans plus tôt, roucoulait Club Tropicana sur le dos d’un âne avec un chapeau de paille et une chemise en jeans déboutonnée, surprend aussi avec les textes qu’il a écrits pour « Faith ». Si I Want Your Sex n’a pas besoin de traduction, Monkey abrite une réflexion à peine voilée sur les addictions aux drogues. Hand To Mouth est, pour sa part, une réflexion sociale qui en dit autant en trois minutes sur l’Angleterre de Maggie Thatcher que toute la discographie des Smiths. Enfin, Look At Your Hands traite du sujet touchy – surtout quand on vise la première place des charts – de l

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