Génération Nabilla: l’empire du vide

Tous les soirs, ils sont des millions à regarder Nabilla et ses copains parler shampoing et se crêper le chignon dans un français improbable.

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Pathétique, mais surtout très inquiétant: la téléréalité est-elle en train de créer une génération individualiste, hyper-sexualisée, violente et complètement crétine?

"Non mais allô, quoi". Vous auriez voulu ne jamais l'entendre… Vous n'auriez pas pu. Ce joyau grammatical, signé par la plantureuse (et jusqu'ici quasi inconnue) Nabilla, a fait le tour de la Toile avant d'être parodié tous azimuts. C'est qu'à eux seuls, ces quatre mots résument à la perfection tout l'univers de la téléréalité, où règnent le ridicule et la futilité. La belle serait-elle un peu plus futée qu'il n'y paraît? Elle a déposé un brevet pour faire de cette expression devenue culte… sa propriété intellectuelle.

Alors on veut bien ne pas la jouer réac ou moralisateur. On veut bien essayer d'être dans l'air du temps et admettre que   ce n'est pas parce que les jeunes ne regardent plus Casimir qu'ils ne deviendront pas des adultes responsables et intelligents. Mais envoyer son mec sur une île infestée de naïades en bikini pour tester sa fidélité (dans L'île de la tentation) ou engager sa mère pour se dénicher une compagne, (Qui veut épouser mon fils?), on trouvait déjà ça bizarre. Alors obliger une bande de quasi analphabètes à chercher du boulot à la montagne juste pour se foutre de leur gueule (Les chtis font du ski)… Ou réunir d'anciennes gloires de la téléréalité pour les regarder se taper sur la tronche à longueur de journée, pardonnez-nous l'expression (Les anges de la téléréalité)… Mais "allô, quoi".

En dix ans, la téléréalité s'est déclinée en une multitude de formes, pour le meilleur et surtout pour le pire. Si, devant de tels exemples de décadence, certains choisissent de faire l'autruche en attendant que ça passe, d'autres s'inquiètent vraiment de voir les enfants scotchés devant ces émissions. Les audiences sont impressionnantes: près de 1,3 million de téléspectateurs regardent chaque jour Nabilla et ses acolytes dans Les anges de la téléréalité, sorte de Champion's League du genre qui recycle les plus remarquables candidats de la discipline. Parmi eux, surtout des jeunes âgés de 15 à 24 ans. Une décennie après sa naissance, la téléréalité les a-t-elle réellement lobotomisés?

Valeurs en péril

Le très sérieux Conseil supérieur de l’audiovisuel français s’est penché sur la complexité et l’ambiguïté des discours véhiculés par ces programmes télé. Dans une étude publiée en 2011, il pointe une série de répercussions qu’il estime "très graves" sur le développement du jeune: la dégradation de l’image des femmes, la promotion de l’individualisme, la manipulation d’autrui, la corrélation entre la réussite personnelle et l’enrichissement mais aussi l’humiliation systématique du bouc émissaire par le reste du groupe, la banalisation du conflit ou encore le voyeurisme et l’exhibition de l’intimité.

[…]

Dossier complet dans le Moustique du 17 avril.

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