Francofolies de Spa – Une journée de contrastes entre Bruel et les Innocents

Si la journée a surtout été marquée par la folie furieuse autour de Patrick Bruel qui a livré un très bon concert sur la place de Ville, ce samedi a permis de naviguer entre découvertes (Robbing Millions, Scylla et Old Jazzy Beat Mattaz) et valeurs sûres (Les Innocents, Sttellla...). Explications

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Patrick Bruel

Si ses plus grands tubes (Casser la voix, Place des Grands Hommes,…) affichent déjà plus de 25 ans au compteur, la folie Bruel ne s'éteint pas. Des centaines de fans bloquaient l'entrée de l'hôtel de l'artiste et son arrivée a tourné à l'hystérie. Dingue.

En soirée, Patrick Bruel a assuré un show que l'on a trouvé parfois les enchainements un peu étranges mais l'artiste est efficace et sincère. Il  a fait fondre le public de la grande scène composé en majeure partie de femmes trentenaires et quadragénaires en mal de nostalgie. Bien joué!

A noter, la première partie de Noa Moon qui a assuré sur cette énorme scène et devant un public pas spécialement réceptif à sa folk tout en finesse.

Robbing Millions

Belle aventure cosmique dans le ciel de la pop psychédélique belge,  le lauréat du Verdur Rock 2013 s'est montré bien plus convaincant sur la scène Ice Watch du Village Francofou que lorsque nous l'avons vu lors de la Nuit Belge des Nuits Botanique. Robbing Millions, c'est cinq garçons dans la vent aux dégaines pas possibles (le chanteur est à pieds nus, le bassiste est un croisement entre Forrest Gump et Adam Clayton de U2 période "boy") qui rêvent  d'un monde en couleurs ne tournant pas forcément rond. Alors, oui, nous n'étions à peu près soixante-sept à suivre leur prestation mais nous avons été aussi à peu près soixante-sept à être emballé. Puisées de deux EP's déjà parus  ("Dinosaur" et "Ages And Sun") et d'un troisième  annoncé pour septembre, les chansons de ce quintette restent résolument pop à fortes tendances mélodiques mais rappellent aussi que le chemin le plus court entre deux points n'est pas toujours la ligne droite. On pense au groupe hippie des seventies Love, à MGMT, à Vampire Weekend ou à Tame Impala.  Outre la maîtrise de leurs instruments, une belle confiance enfin exprimée sur scène et des chansons délicieusement carnassières, ces jeunes garçons chics  ont aussi pour eux une attitude scénique qui alterne fausse nonchalance et décharges d'adrénaline complètement déjantées. L'avenir s'annonce radieux pour eux.

Old Jazzy Beat Mattaz

On a déjà parlé du concours Franc'Off qui se déroule en marge des Francofolies de Spa. Et on y trouve vraiment de bons groupes.

Montant sur scène habillés en très classe personnel de cabine d'avion, les Old Jazzy Beat Mattaz font, disent-ils,  du World Groove.

Sortie de mix entre du hip-hop, du jazz, du rap, ça groove, ça danse, ça envoie et ça donne une pêche incroyable.

Seul bémol: si les chansons sont très efficaces, elles gagneraient encore en puissance sans ces interludes en forme de sketchs moyennement drôles.

Sttellla

Avec son Jean-Luc Fonck, on sait qu'on passera toujours un bon moment et qu'en festival, il fédère tous les publics. Avec son Grabatour, Sttellla fait du Sttellla et on ne lui en demande pas plus. En 40 ans de carrière, il fédère des générations de festivaliers festifs qui reprennent tous ses succès et ne se font pas prier pour exécuter les toujours improbables chorégraphies du Père Jean-Luc.

Il n'y a aucune autre prétention que d'enchainer les pires et les meilleurs jeux de mots dans une ambiance de fête.

Scylla

On dit de lui qu'il a "une voix d'ogre et un visage d'ange".  Et c'est un peu vrai. Scylla, rappeur bruxellois self-man nous a emmenés ce samedi dans les profondeurs d""Abysses", premier album solo qui séduit par son écriture et sa trame musicale loin, très loin, des clichés.  Sur scène,  Scylla "et son équipe" assurent leur différence. Entre hip-hop et slam, entre un piano classique mélancolique et un bidouilleur qui sort des sons old-school de sa boîte aux rythmes, Scylla propose une prestation, certes exigeante, mais qui a le mérite de sortir complètement des sentiers battus. Brel et Brassens auraient été fiers de cet échalas au physique impressionnant qui ouvre son cœur d'artichaut et assène des vérités qui sont aussi les nôtres. Tension,  sourire, réflexion, compassion. Nous sommes passés par toutes les émotions durant sa prestation. Et ça fait du bien…

Fred & The Healers

"Ma présence aux Francos est quelque anachronique",  déclare Fred Lani en ouverture de son concert. Il se retourne alors vers son batteur et son bassiste; lance une "one two three four" et nous emmène cinquante minutes durant dans un torrent groovy de rock & roots qui dépote. Ça joue juste mais décontracté,  il y a beaucoup de dextérité mais cela ne tombe jamais dans la démonstration, c'est un régal pour les amateurs de "cette musique qui vient de là" mais les curieux succombent aussi à ce cocktail groovy bien crade. Dix ans après sa dernière apparition à Spa et avoir décidé de disparaître des radars, cet attachant et trop discret musicien belge a  livré une belle prestation. Sans prétention et sans autre enjeu que celui de se faire plaisir. Plongez sans modération dans son nouvel album "Hammer Beat Matic".

Les Innocents

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