Francofolies 2011: Le « cas » Zaz, des bars de Pigalle aux scènes des grands festivals

Comme Piaf, Zaz est petite et a le verbe fort. Comme chez Manu Chao, elle a le swing dans le refrain, la rue a longtemps été son espace d'expression et son parcours artistique tient plus de la bohème que du plan de carrière.

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Isabelle Geoffroy (son vrai nom) a joué dans les bars de Pigalle, fait la manche aux touristes de Montparnasse, repris du Britney Spears dans les bals d'été et chanté du punk/latino avec le collectif Don Diego. Tout ça, c'était "dans une autre vie". Tout ça, c'était avantson album "Zaz" sorti en mai 2010.

Lorsque Moustique avait chroniqué l'album, nous lui prédisions une carrière à la Cœur de Pirate. Vous savez, ce genre de disque qui sort dans l'indifférence et qui finit par avoir une durée de vie illimitée avec, à la clef, une tournée à rallonge. On ne s'est pas trompé sur ce coup-là. Porté par le tube anti-bobo Je veux, Zaz a pulvérisé les records de ventes. Sur le marché, elle "vaut" désormais plus que les Zazie, Raphael et Christophe Maé qui ont droit, eux, à la grande scène des Francos. Mais Zaz, elle, s'en fout un peu de cette hiérarchie. Les médias qui ne l'ont pas vue venir analysent le phénomène. "Zaz, c'est la revanche de la France d'en bas", "l'adepte du parler vrai", "l'anti-Amélie Poulain". Il y a un peu de tout ça en effet. Même si c'est plutôt dans la qualité mélodique de ses chansons, le naturel de son interprétation et ce mélange subtil entre tradition française, arrangements rock et inspiration manouche qu'il faut trouver les raisons de cette reconnaissance publique.

Un an après sa sortie, votre album est toujours en tête des ventes. Comment expliquez-vous cette longévité, qui est plutôt rare aujourd'hui?
Zaz – Je ne me l'explique pas. Quand je vois des spectateurs à l'issue de mes concerts, ils disent se retrouver parfaitement dans les valeurs humaines que je mets en exergue sur cet album. Ils aiment aussi l'urgence des textes, notamment lorsque j'exprime le souhait de vouloir changer certains modes de fonctionnement dans la société. Je dois être dans l'air du temps.

Sans le vouloir, vous êtes devenue le porte-parole d'une génération…
Zaz – Je ne suis le porte-parole de personne. Mais si je dois représenter un groupe de personnes, ce sont celles qui ont besoin de revenir à l'essentiel. Tout est fait pour que nous pensions et fonctionnions de la même manière. Moi, je demande simplement d'être libre dans mes choix et de pouvoir développer mon esprit critique. Sur les bancs des lycées, celui des écoles supérieures et même dans la culture, ce n'est plus l'esprit critique qui est mis en valeur, c'est le respect de la norme.

Votre mère est enseignante. Quelles leçons vous a-t-elle inculquées?
Zaz – Ma mère a toujours fait du mieux qu'elle pouvait et c'est ce qu'il y a de plus important que j'ai appris d'elle. Je connais mes qualités, j'ai des défauts et des limites, mais je crois avoir hérité de sa force de caractère. Je ne baisse jamais les bras.

Le succès vous a-t-il donné davantage de liberté?
Zaz – Non, mon champ de liberté se réduit et je dois me battre tous les jours contre ça. Il n'y a aucune école pour vous apprendre à gérer la notoriété. Je bosse comme une malade, mais quand j'ai l'opportunité de m'offrir une journée de pause, les gens n'acceptent pas que je sois injoignable. Certaines personnes pensent que je leur appartiens. Il y a des moments où il faut savoir dire non et assumer ensuite. Je n'y arrive pas toujours. Tenez, aujourd'hui, je n'étais pas censée faire de la promo. La maison de disques a insisté, en rappelant que Moustique avait été là pour me soutenir au début, avant que mon album ne sorte. Et voilà, on se parle.

Il paraît que vous méditez tous les soirs…
Zaz – Oui, c'est absolument nécessaire. Je suis sans cesse sollicitée et je ne fais que parler de moi toute la journée. Tout vient de l'extérieur, on veut toujours savoir ce que je pense et on interprète aussi tout ce que je dis ou ne dis pas. Ces derniers mois, il m'est arrivé de couper mon portable, de craquer et de péter les plombs. La méditation me permet de me ressourcer et de mieux m'accepter moi-même. C'est la base de tout.

Qu'est-ce que la musique vous a apporté ces douze derniers mois?
Zaz – En tant que personne, j'ai acquis beaucoup plus de confiance en moi. J'accepte les critiques négatives alors que ça me blessait profondément auparavant.

Vous avez chanté dans la rue et dans des groupes de bal. C'est la meilleure école selon vous?
Zaz – Il n'est pas possible de tricher dans la rue ou les cabarets. Tu dois donner tout ce que tu as en toi et tu en reçois plein la tronche: des sourires, de la monnaie, du bonheur mais aussi de l'indifférence et des insultes. Quand je chantais dans les bars de Montmartre, il y avait une proximité avec les gens que je ne retrouve plus aujourd'hui. Dans les festivals, c'est moins intime mais tout aussi frontal. Les gens sont là devant toi, mais ils ne sont pas forcément venus pour toi. Il faut aller les chercher, les empêcher d'aller voir ce qui se passe sur une autre scène, les toucher alors qu'ils ont déjà été rassasiés de musique tout au long de la journée. J'essaie d'y aller à l'énergie. C'est parfois moins subtil que lors d'un concert en salle, mais l'adrénaline est là.

Votre voix, toujours sur le fil, est directement reconnaissable. Comment l'entretenez-vous?
Zaz – Jusqu'à janvier 2009, je l'entretenais à raison de deux paquets de cigarettes par jour. J'ai arrêté de fumer, mais ne le dites à personne, j'ai replongé. J'utilise ma voix comme un instrument. Je dois faire des vocalises avant le concert pour la chauffer. Mais je ne la soigne pas. J'ai tendance à me laisser emporter par la musique et à ne pas la ménager sur scène.

La vie en tournée est-elle propice pour trouver des nouvelles idées de chansons?
Zaz – Pas en ce qui me concerne. J'ai besoin d'avoir l'esprit libre et de calme autour de moi pour créer. L'écriture n'est pas quelque chose de spontané pour moi. Je n'ai pas une grande confiance dans mes qualités d'auteur. Aussi, j'ai besoin de m'appliquer. En tournée, ce n'est pas possible.

Quel est le dernier album que vous avez mis sur votre iPod?
Zaz – Un album d'Ingognito que me faisait souvent écouter ma prof de chant. Je réécoute beaucoup "The Miseducation Of Lauryn Hill" (le disque solo de la chanteuse des Fugees sorti en 1998 – NDLR). Mais c'est "Philharmonics" d'Agnes Obel qui me convient le mieux. Le compagnon idéal pour s'endormir, se réveiller, marcher dans les rues, méditer ou même lire un bouquin.
h Luc Lorfèvre

Le 20/7 aux Francofolies, 21h30, Village Francofou.
Le 14/8 au Brussels Summer.
Le 15/8 au Théâtre de Verdure à Namur.

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