Foxcatcher

Primé à Cannes, Foxcatcher de Bennett Miller est une pure merveille. Avec un très grand Steve Carell et un très baraqué Channing Tatum.

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Puissant. Epoustouflant. Voilà les mots qui nous viennent à l'esprit une fois le rideau tombé sur ce troisième film de l'Américain Bennett Miller. Un réalisateur finalement peu expérimenté puisqu'il ne s'agit ici que de son troisième long métrage. Ses deux premiers essais étaient déjà des coups de maître (Truman Capote avec Philip Seymour Hoffman et Le stratège avec le duo Brad Pitt/Jonah Hill). Ce Foxcatcher monte encore d'un cran et l'impose comme un des très grands de demain. Le jury du dernier festival de Cannes ne s'y est d'ailleurs pas trompé en lui décernant le prix de la mise en scène.

Et pourtant, le sujet de départ était loin d'être sexy: basé sur une histoire vraie, Foxcatcher raconte l'histoire du richissime John Du Pont. Un misérable petit bout d'homme qui mit sa richesse au service de sa passion, la lutte libre, en établissant dans sa luxueuse demeure un camp d'entraînement pour lutteurs professionnels en vue de composer une équipe pour les Jeux olympiques de Séoul de 1998. C'est dans ce décor que Du Pont prendra sous son aile le jeune lutteur Mark Schultz, avec lequel il entretiendra une relation malsaine. Jusqu'au geste inexorable qui fera de lui l'Américain le plus riche à avoir jamais été déclaré coupable de meurtre. Voilà donc un pitch qui ne donne pas forcément envie de courir au cinéma pour se délester de dix euros. Et pourtant, vous auriez bien tort!

Car Foxcatcher va bien au-delà du fait divers qu'il raconte. Film sportif, c'est avant tout le portrait d'un petit homme frustré aux multiples blessures: absence du père, omnipotence de la mère, homosexualité latente, solitude abyssale, complexes en tout genre. Et Miller, derrière la lutte physique à laquelle s'adonnent les hommes, filme au scalpel la descente aux enfers de ce petit être qui aurait voulu être grand. Point d'orgue du film, la scène durant laquelle Du Pont s'empare de l'entraînement de ses lutteurs pour montrer à sa mère qu'il est capable de prendre les choses en main. Un pur moment de cruauté cinématographique.

Pour interpréter Du Pont, Bennett Miller a choisi Steve Carell, trublion cucul des films de Judd Apatow, qui excelle ici pour la première fois dans un rôle dramatique. Chirurgical, Carell incarne à merveille la médiocrité de ce triste bout d'homme. Que chaque grimace, chaque mouvement, chaque regard emporte un peu plus vers le fond. Antisexy et antihollywoodien, Foxcatcher est un film sans bonheur ni espoir. Un film sinistre, étouffant, pervers. Presque funèbre. C'est ce qui le rend à ce point grand.

 

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