Foot – Commenter est mon métier

Les uns jonglent avec fiches et statistiques, les autres y vont à l'impro. Plongée au cœur d'une passion avec ceux qui sont payés pour la faire vivre.

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Les amateurs de foot ne se tiennent plus. Ce week-end débutent les play-offs que le monde nous envie. Ils verront s’affronter Anderlecht, Bruges, le Standard, Charleroi, Courtrai et Gand pour le titre. Contrairement aux saisons précédentes, ces matchs, n’importe quel téléspectateur belge pourra les regarder, quel que soit son décodeur à la maison, moyennant toutefois une petite souscription à la chaine dédiée. En juillet dernier, la Pro League a décidé d’attribuer les droits de son championnat pour 70 millions d’euros et sur une base “non-exclusive“ à Belgacom (devenu Proximus), Voo et Telenet. Une situation unique en Europe qui a le mérite de mettre fin à la guerre larvée et peu fair-play que menaient nos chaînes depuis quelques années. Mieux, cette décision inédite a amené les opérateurs à collaborer, en accouchant d’un vrai compromis à la belge (situation asymétrique entre le Sud et le Nord du pays compris) où la couverture des matchs diffère selon leur importance et leur diffuseur (voir notre encadré Mode d’emploi). De Proximus 11 à VooFoot, du studio au car-régie, du perchoir au bord-terrain, du Sporting d'Anderlecht au Standard de Liège, nous avons fait le tour des différents dispositifs de retransmission du sport le plus suivi à la télé.

Retrouvez également dans le Moustique du 1er avril Marc Delire de Proximus 11

Un football plus académique

C’est avec un épais dossier sur le match et une conduite surlignée que Jean-François Rémy arrive au maquillage. “En réalité, je le consulte peu. Mais c’est comme les copions à l’école: c’est à force de les faire qu’on les retient. J’aime bien avoir un maximum d’informations. Que j’utilise ou non pendant le match…“ Dans la même logique, sur VooFoot, l’utilisation des statistiques, que Delire exècre, est optimalisée, grâce notamment à un partenariat conclu depuis plusieurs années avec Vision du Jeu. Cette société, montée par Christian Schaekels, un ancien footballeur, vend, de façon exclusive, des données statistiques ciblées, afin de définir le profil technico-tactique d’une équipe. Sur son iPad, Jean-François Rémy reçoit même des notifications en temps réel, basées sur le déroulement du match… De quoi entretenir la réputation d’un traitement du foot plus “intello“ chez BeTV/VooFoot? “Les analyses pointues lors de l’avant-match et à la mi-temps, c’est un héritage de Canal+ Belgique et d’André Rémy, le chef d’édition historique…“, avance Christine Schréder. C’est aussi, outre la personnalité des commentateurs, l’un des derniers marqueurs de différence avec la concurrence, puisque pour le reste, la mainmise de la maison de production Woestijnvis sur les images et le contenu a achevé de tout homogénéiser.

L’assistant de prod’ francophone (qui travaille d’ailleurs aussi bien pour VooFoot que pour Belgacom), nous fait visiter le car-régie de Woestijnvis derrière le stade, où une vingtaine de personnes s’affairent, séparés en deux par une cloison. “Aujourd'hui, les Flamands sont en mode “Master“, ça signifie qu’ils réalisent et pilotent les 10 caméras. Les francophones, en mode “slave“, ne s’occupent via leur petite régie que de l’habillage de l’avant-match, de la mi-temps et de l’après-match. Et la prochaine fois, c’est nous qui aurons la main…“ Un astucieux partage communautaire.

150 secondes par joueur

Retour près de Christine Schréder dans la “zone neutre“ en bord du terrain. Outre les duplex, elle est chargée des interviews des joueurs et du staff en direct, lesquelles seront également diffusées sur Belgacom en léger différé et un peu remontées. Un exercice extrêmement réglementé par la Pro League. Outre qu’elles doivent se faire devant les panneaux publicitaires ad hoc, les interviews sont limitées dans la durée: deux questions à la mi-temps et deux minutes et demies par joueur à la fin du match. La journaliste doit bien souvent composer en plus avec les ukases des attachés de presse des clubs dont l’interventionnisme exacerbé restreint souvent plus qu’il ne facilite les contacts avec les héros de la soirée.

Par sa position privilégiée à proximité des bancs de touche, Christine est aussi censée communiquer durant la rencontre des observations qui auraient échappé au duo de commentateurs. Chef d’édition de BeTv au même titre que Jean-François Rémy, son rayon d’action reste étonnamment circonscrit au bord de pelouse et à la présentation en studio. L’entendre commenter un match, est-ce à ce point inconcevable? “D’abord, ça ne m’a jamais intéressé. Ensuite, oui, dans ma tête, le foot doit être commenté par une voix masculine. Quand un commentateur s’emballe lors d’une action, sa voix a déjà tendance à partir dans les aigus, une voix féminine pourrait devenir vite insupportable… Même dans les sports féminins, le tennis par exemple, c’est très rare d’avoir une commentatrice…“

Heureusement, la présence d’une femme dans les stades n’étonne plus personne aujourd'hui… “Mais je me rappelle qu’au début de ma carrière, un stewart d’un certain âge m’avait interpellée: “Vous ne pouvez pas rester là. Les arbitres interdisent les femmes dans la zone neutre!“. Complètement abracadabrant. J’ai rigolé… et je suis restée!“. Aujourd'hui, elle s’en félicite: “J’ai vraiment conscience que je fais un métier qui, même pour les hommes, est assez inaccessible. Un métier où on n’a pas l’impression de travailler!“ Un sentiment encore plus vrai une fois le match fini, lorsque les “troisièmes mi-temps“ se prolongent “en face“, au café La Coupe chez Michou, la plus célèbre supportrice d’Anderlecht…

La galerie des photos dans les coulisses des commentaires TV

 

Dans les coulisses des commentateurs TV @Mathieu Golinvaux

Posted by Moustique on mardi 31 mars 2015

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