Flying Lotus ouvre les Nuits Botanique

La toute grosse affluence ce dimanche au Cirque Royal pour une soirée électro haut de gamme.

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Baskets aux pieds, barbe sur les joues , casquette vissée sur le front, sac à dos Eastpack contenant le précieux laptop et le casque Beats by Dr Dre.  Tous les hipsters du pays sont au rendez-vous au Cirque Royal en ce dimanche de pré-ouverture des Nuits.  Mais il n'y a pas qu'eux: des filles, des jeunes, des curieux, des snobs, des petits comiques qui dansent devant les security guards…  On frôle le sold-out et on peut comprendre pourquoi.  Paul-Henri Wauters, directeur du festival, a concocté une soirée électro/hip-hop  à très haute valeur ajoutée. On commence avecKutmah, dj et producteur au parcours étonnant. Alors qu'il menait une carrière de défricheur "à la Flying Lotus", le dj/producteur a été arrêté sur dénonciation dans son appart de Los Angles et emprisonné pour suspicion de terrorisme.  Torturé physiquement, malmené psychologiquement, il a finalement été libéré au bout de deux ans. Pfff… L'homme n'a pourtant pas la rage et propose une musique aussi décontractée  qu'intelligente. Servi par une technique irréprochable, son double dj set  alterne hip-hop psychédélique, électro nonchalante et dub ensorcelant. Le mec doit avec une solide collection de disques à la maison. Cool…

Les lumières ne se rallument même pas pour l'arrivée sur scène de Shabazz Palaces, duo basé à Seattle et né des cendres des cultissimes Digable Planets.  Derrière leur table de cuisine garnie d'une nappe piquée chez Ikea, Ishmael Butler et Tendai "Baba" Maraire malaxent curseurs de la table de mixage, Mac et percussions pour revisiter le meilleur de leurs deux albums officiels ("Black Up" en 2011 et "Lese Majesty" sorti l'année dernière).  Les deux lascars ont le sourire, chantent et  font de drôles de chorégraphies avec leurs bras, genre Albator vs Bioman. Leur hip-hop sombre, agrémenté de beats caverneux et d'influences jazz/soul  met tout le monde d'accord. Ça fait déjà nonante minutes que nous sommes au Cirque et on ne s'est pas ennuyé une seconde.

On a juste le temps de noter dans son Mémo qu'on doit absolument choper sur le Net une mixtape de Kuthma que son pote Steven Allison, alias Flying Lotus, balance  ses infrabasses dans sa drôle de boîte transparente.  Mêlant images en 3D,  héros de BD futuristes et graphisme épuré, le visuel est époustouflant. Chaud comme la braise, "Flylo" introduit avec parfois beaucoup d'humour un répertoire qui ratisse très large. Entre l'électro presque devenue mainstream de "Cosmogramma" (2010) et  le hip-hop plus dark tiré du petit dernier "You're dead", le neveu d'Alice Coltrane ne lâche rien. Avec lui, le dépaysement est garanti puisqu' il adore sauter dans l'inconnu,  marier des structures jazz à un chant frontal, ou des nappes de claviers dignes de Jean-Michel Jarre à des plages de science-fiction qui auraient pu avoir leur place sur le soundtrack de Blade Runner. Une belle soirée, une très belle soirée…

photo © Bert Savels/Indiestyle

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