Florence Reuter: « C’est clair qu’on va changer de style »

Promue beaucoup plus tôt que prévu à cause de l'affaire Kubla, l’ex-sourire du JT de RTL-TVI est désormais bourgmestre de Waterloo. Pas (trop) le même style...

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Celle-là, elle ne l’avait pas vue venir. Suite à la démission de Serge Kubla, inculpé pour corruption dans le cadre de ses activités congolaises pour le groupe industriel Duferco, Florence Reuter est donc devenue le nouveau bourgmestre de Waterloo… Après 32 ans de règne de "L’empereur". Si l’ex-journaliste n’a jamais caché son ambition de succéder à l'ancien ministre wallon, sa nomination à la tête de cette jolie commune bourgeoise arrive, au mieux, trois ans plus tôt que prévu.

Trois ans trop tôt? Car on le sait, malgré son carton aux dernières élections communales (1.800 voix de préférence), le nouveau plan de carrière de cette star du JT ne cadrait pas vraiment avec ceux de certains de ses collègues échevins. Et maintenant? Comment va-t-elle faire pour asseoir sa nouvelle position alors qu’elle est entrée à la maison communale il y a trois ans à peine et que tout le personnel est encore sous le choc de l’inculpation du boss? Rencontre avec la nouvelle bourgmestre à quelques heures de sa prestation de serment. 

C’est aujourd’hui le grand soir?

Florence Reuter – Vous savez, cela reste une prestation de serment. Je vous rassure donc, ce sera très sobre.

En prenant les rênes de Waterloo beaucoup plus tôt que prévu, ne craignez-vous pas de tomber comme un cheveu dans la soupe?

F.R. – Quand on s’engage en politique, on assume ses responsabilités. Cela a été une grosse surprise pour moi mais je n’ai pas réfléchi avant d’accepter. 

Vous étiez députée communautaire et régionale. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance entre la maison communale et le Parlement?  

F.R. – Lorsque j’ai été élue pour le Parlement, j’avais déjà dit aux habitants de Waterloo que je ne les laissais pas tomber pour autant. Cette décision était donc une évidence.  

Est-ce vraiment une décision personnelle?

F.R. – C’est une décision prise en concertation avec le parti, la Fédération et Serge Kubla qui souhaitait qu’on respecte le choix des électeurs.

N’est-ce pas quand même un peu prématuré? N’auriez-vous pas préféré quelques années supplémentaires afin de pouvoir asseoir votre légitimité?

F.R. – Je prends cette fonction dans des circonstances qui sont loin d’être idéales et j’en ai bien conscience. Ce coup de tonnerre a eu un impact émotionnel sur les habitants, le personnel et le collège échevinal, mais il a aussi des répercussions pratiques sur la gestion de la commune. Je tiens d’ailleurs à rassurer les Waterlootois. Du moins dans un premier temps, tout devrait continuer à fonctionner normalement. Et puis, vous savez, je n’arrive pas non plus en terre inconnue. J’ai été échevine pendant deux ans avant d’être empêchée et j’ai participé à tous les collèges échevinaux depuis 2012. Je connais bien le fonctionnement de la commune et une bonne partie des gros dossiers.

On sait que vous êtes doublement rodée à l’exercice de l’interview mais, très franchement quand même, quel climat règne-t-il à la maison communale ces jours-ci?

F.R. – (Rire.) Honnêtement? Je ne vous cacherai pas qu’il y a eu beaucoup de soutien à Serge Kubla mais je vous assure que je n’arrive pas en terrain hostile. En toute modestie, je reçois également beaucoup de soutien des habitants et je pense qu’ils sont satisfaits de ma décision. Notre collège est uni, très solidaire et Serge Kubla est passé plusieurs fois me transmettre les premiers dossiers. Franchement, j’ai beaucoup de chance car l’ambiance est très sereine. Et je vous promets que ce n’est pas de la langue de bois!

Vous succédez à un monument qui a littéralement bâti sa ville. Comment allez-vous convaincre les nombreux sceptiques que vous êtes la personne idéale pour remplacer Kubla?

F.R. – Il va falloir que les gens s’habituent à une autre personnalité. Il y a un nouveau bourgmestre à Waterloo et c’est une femme, une maman. C’est clair qu’on va changer de style, mais j’arriverai à les convaincre par le seul travail. Waterloo est un gros morceau. Ses habitants jugeront donc vite sur pièces.

L’étiquette de "la dame qui est arrivée là parce qu’elle passait à la télé" vous colle-t-elle encore aux talons?

F.R. – Je pense que j’ai pu prouver par mon travail aux différents parlements et à la commune de Waterloo que j’ai définitivement tourné la page. Evidemment que la télé m’a permis de me faire connaître du grand public et d’accéder plus rapidement à la politique. Mais aujourd’hui, je n’entends plus jamais personne dire que je suis "la madame de la télé"!

Votre ligne politique s’inscrira-t-elle forcément dans la continuité de celle mise en œuvre par Serge Kubla? Quelle sera la touche Florence Reuter?

F.R. – C’est beaucoup trop tôt pour le dire. Dans l’immédiat, je vais plutôt m’atteler à poursuivre les projets votés par la majorité. Comme je ne connais pas encore tous les dossiers, je vais donc commencer par les étudier. C’est forcément ça la priorité. 

Et quels sont les prochains grands champs de bataille à Waterloo?

F.R. – La mobilité, le cœur de ville (le nouveau centre de la commune prévu sur le site de l’ancien Delhaize – NDLR), les aménagements autour de la gare en prévision du passage du RER. Mais aussi, bien sûr, le bicentenaire de la bataille de Waterloo au mois de juin.  

C’est vraiment votre dada, les reconstitutions historiques?

F.R. – Euh… franchement non. Je vous mentirais si je vous disais que c’est ma passion. Mais c’est un événement historique de premier plan et une formidable vitrine internationale pour Waterloo. On se doit d'y être!

Quand José Paulet, le bourgmestre MR de Gesves, prétend que lorsqu’on fait des enfants, on ne fait pas de politique, que lui répondez-vous?

F.R. – D’abord, je ne suis pas certaine qu’il se soit vraiment exprimé de cette façon. Mais quoi qu’il en soit, et cela s’applique à n’importe quelle profession, c’est juste une question d’organisation. Ce que je peux vous dire, c’est que moi j’ai trois enfants et que je serai à l’heure au conseil communal de ce soir!

Finalement, vu le poids historique du MR dans la commune, ses paisibles résidents, ses nombreux bureaux, le peu de criminalité ou de vie nocturne, n’est-ce pas un peu la planque le poste de bourgmestre de Waterloo?

F.R. – C’est vrai, ce n’est pas la commune wallonne la plus difficile. De nombreuses choses ont été effectuées par le passé, mais ce n’est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers. Il reste de nombreux défis à surmonter. Waterloo est très attractive au niveau commercial et il faut arriver à trouver le bon équilibre entre ces activités et le bien-être des habitants. Et ne surtout pas en faire une mégapole insupportable!

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