Film en compétition: Tale of Tales

Ce jeudi matin, le festival reprend sa route joliment entamée par La tête haute de Bercot et sa chronique sociale inattendue en forme d'audacieux programme d'ouverture. Nous voici donc dans la file pour le nouveau Matteo Garrone et l'émotion est pour le moins palpable. En cause, sa bande-annonce assez sulfureuse sur laquelle les journalistes plantés entre des vigiles vigilants devisent dans toutes les langues et avec une excitation évidente. 

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Ah, Salma Hayek dévorant un cœur surdimensionné ! Et ces allures de Lynch revisité par de la provoc façon Marco Ferreri. Autant dire que ce trailer nous a mis l'eau à la bouche!

Détenteur de deux Prix du Jury pour Gomorra (2009) et Reality (2012), inutile de dire que le réalisateur transalpin est attendu au tournant. Car en cas de récidive, il rentrera de plain-pied dans la légende cannoise.

Notre avis : Travelling sur des jambes gantées de rouges qui arpentent un étrange décor de western. Nous sommes pourtant en pleine Renaissance et la fête bat son plein au château. Les bateleurs, et autres clowns défilent devant un roi hilare et des courtisans fardés comme des créatures felliniennes aux rires forcés. Seule la reine ne desserre pas les dents. Elle ne peut pas porter d'enfant et c'est le clou de son cercueil. Jusqu'au moment où un étrange visiteur vient lui proposer un inquiétant marché. « Une vie entraîne forcément une mort, il faut que le monde maintienne son équilibre », lui dit l'homme.

Un équilibre que l'on ne retrouve toutefois malheureusement pas dans les trois récits qu'entrecroise Garrone, adaptés de contes du 16e siècle de Gianbattista Basile. Commençant comme un conte noir, le film ne manque pas d'intriguer. D'autant que le cinéaste engagé quitte pour la première fois le cinéma du réel pour le récit fantastique à costumes. Et l'on devine aisément ce qui a attiré le réalisateur axé sur les ratés et les horreurs de son Italie natale dans ces histoires de rois occupés par leur seule personne et leur seul plaisir pendant que leurs sujets et leurs serviteurs se meurent dans l'indigence. C'est d'ailleurs avec jubilation qu'il met au jour leur grotesque et les punit. C'est par son aveuglement que le roi amoureux d'une puce géante laissera sa fille unique aux mains d'un ogre troglodyte. C'est sa recherche du sexe effréné qui conduira un autre roi dans les couches d'une vieille femme décatie (après un quiproquo hilarant aux allures de comédie de boulevard).

Ce film malade progresse maladroitement, hoquetant entre les genres – fantastique, burlesque, poétique, comique, horrifique -,  et charriant des tableaux sublimes, même dans leur cruauté (on pense à Bosch, la Vénus de Botticelli, les primitifs flamands…) à la manière d'une hydre à plusieurs tête, à la fois magnifique, envoûtante et ridicule. Ce ne sera pas la Palme d'or, mais Garrone a prouvé qu'il était un brillant faiseur d'images et un passionnant créateur de rêves monstreux.

De Matteo Garrone. Avec Salma Hayek, Vincent Cassel, John C. Reilly.

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