Festival de Cannes: Plus fort que les bombes

Le réalisateur norvégien Joachim Trier livre un drame familial atmosphérique et froid, porté par Isabelle Huppert, Gabriel Byrne et Jesse Eisenberg.

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C’est une histoire en cercle. Celle d’une mère photographe de guerre disparue trois ans plus tôt dans un accident de voiture inexpliqué, et dont la disparition revient sans cesse hanter ses proches. Joachim Trier (très remarqué au Certain Regard en 2011 avec Oslo, 31 août d’après Le Feu follet de Louis Malle) poursuit son exploration à la fois sombre et lumineuse des psychologies tourmentées de ses personnages, sortis ici du contexte scandinave pour New York. Isabelle Huppert et Gabriel Byrne forment un couple élégant mais distant, dont on perçoit en flashback quelques moments d’intimité auxquels ils ne croient déjà plus. Le film s’attache aussi à leurs deux fils, interprétés par un très bon Jesse Eisenberg (plus paumé qu’il n’y paraît en jeune papa) et le nouveau venu Devin Druid (dans le rôle pas facile de l’ado intello renfermé dans ses jeux vidéos). Gabriel Byrne (qu’on adore en psy dans la série En Analyse) séduit en père de famille compréhensif. Huppert énerve dans un rôle un peu convenu de reporter de guerre qui fuit sa famille (voir Juliette Binoche dans le film L’Epreuve (norvégien aussi), sorti en 2013 sur le même thème).

La facture du film tend vers l’existentiel, et prend le temps de suspendre la narration, à la recherche d’un secret de famille que tout le monde connaît mais ne peut dire. Jamais explosif (malgré les bombes annoncées) mais toujours complexe, le film marque par ses scènes d’extérieur en apesanteur, son attention aux rêves des personnages, sa profondeur d’écriture. Qui finit par ramener les personnages à la découverte d’eux-mêmes. La boucle est bouclée, mais sans les bombes.

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