Festival de Cannes : Mustang, Bande de filles turques

La Quinzaine des réalisateurs semble avoir trouvé son film phare avec Mustang, premier film de la réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven, version anatolienne de Virgin Suicides.

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L’effet buzz a commencé dès le matin. Sur Twitter, Mustang était déjà déclaré « candidat formidable pour la Caméra d’or » – Prix très attendu qui récompense les premières œuvres, toutes sélections confondues. A la projection de l’après-midi, Edouard Waintrop a bien eu du mal à contenir les spectateurs (presse et invités) qui se bousculaient pour entrer au théâtre Croisette. Après quelques refoulades, le film a pu commencer, en présence de l’équipe toute féminine du film. Et quelles filles !

C’est une histoire un peu comme dans les contes, sauf que ça parle de la réalité de la condition des femmes en Turquie, telle qu’elle s’est durcie notamment depuis la déclaration du président Erdogan sur les femmes « dévolues à la maternité ». L’histoire est celle de cinq sœurs (entre dix et seize ans environ), toutes plus belles les unes que les autres. Elevées par leur grand-mère et leur oncle, les jeunes filles sont enfermées suite à des jeux d’été jugés inconvenants avec des garçons. La maison familiale se transforme alors en « usine à épouse » très surveillée, comme se souvient la plus jeune sœur, Lale (formidable Günes Nezihe Sensoy), qui raconte en voix off cet été tourmenté de son adolescence. Les cinq sœurs décident de contourner le carcan qu’on leur impose, avec toute leur énergie de vivre. Et la jeune réalisatrice de nous emmener dans un ballet étourdissant de cheveux en liberté, de gamines effrontées qui conduisent des voitures ou font le mur pour aller au match de foot, ou qui rêvent d’Istanbul la grande ville des possibles. Et se racontent dans le noir ce que ça fait de perdre sa virginité. Eh ben « ça secoue vachement » confie au téléphone la plus grande soeur, qui a quitté la maison pour un mariage arrangé.

La force de Mustang, c’est de dénoncer cette violence faite aux femmes (et le retour à un certain rigorisme religieux dans une Turquie pourtant laïque) avec humour et panache – notamment le personnage de l’oncle-ogre. Co-écrit avec Alice Winocour (réalisatrice française présente au Certain regard avec son second long-métrage, Maryland), le film fait évidemment penser au Virgin suicides de Sofia Coppola (avec jeunes filles éthérée aux cheveux longs), mais Deniz Gamze Ergüven a su insuffler à son premier film sa propre soif de liberté qui rappelle aussi la fameuse Bande de filles de Céline Sciamma. Après Nuri Bilge Ceylan (cinéaste majeur récompensé de la Palme d’or l’année dernière pour Winter Sleep), le cinéma turc semble avoir entamé sa nouvelle vague.

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