Famille je t’haine

Roberts et Streep sont sublimes dans ce règlement de comptes familial qui ne laisse personne indemne.

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Réalisé par John Wells. Avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor – 121’. 

Autant dire qu’il faut avoir le cœur solidement accroché et ne pas avoir peur des bris d’assiettes pour s’aventurer devant ce règlement de comptes familial, qui emprunte à la fois à la violence psychique de Tennessee Williams et à l’amour dévoyé du sud profond de Faulkner. C’est que dans la famille Weston à Osage County, on n’a pas encore digéré que les Indiens existent toujours. Et encore moins que le patriarche se soit fait la malle sans dire au revoir, pour aller se cacher au fond du lac. Lui, c’est sûr, n’entendra plus les horreurs déversées par la bouche de sa femme. Sacré héritage qu’il laisse à ses trois filles! Subir les plaintes et les reproches de leur mère ogresse (magnifique Meryl Streep au cheveu ras et gris, hurlant sa haine comme on dit je t’aime!), que la fuite du mari va transpercer de violence et de solitude. Car Violet Weston n’épargnera personne lors de ce dîner d’enterrement qui, comme dans toutes les familles, fait resurgir les fantômes du passé.

Adaptant la pièce de Letts, John Wells parvient à maintenir une effroyable justesse dans ces rapports qui se délitent jusqu’à l’inévitable affrontement qui entraînera seule Barbara, la fille aînée, dans le ring avec sa mère. Avant cela, tous les personnages auront eu le temps d’exister, déployant eux aussi devant nous le miroir de nos petites lâchetés quotidiennes. Par la grâce folle de Streep et Julia Roberts (qui a abandonné son beau sourire aux grandes dents pour le rôle de sa carrière), on vit carrément la détresse de ces personnages si désireux d’aimer et si égoïstes. Rarement un film aura montré avec autant de vérité et de frondeur cet étrange et pénétrant paradoxe qui ne fait de nous que des êtres humains. – T.V.W.

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