Fabiola, notre reine de cœur

Il faut toujours se méfier de la dernière impression. Discrète, puis absente, la veuve du roi Baudouin n’existait plus que sous forme de caricature. Elle qui fut si généreuse et si aimée.

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Nous n’étions pas les derniers à nous moquer de "Tante Fabi" aux chapeaux et à la coiffure pas tout à fait de ce monde. Pire, celle qui fut inattaquable pendant un demi-siècle se retrouva en 2013 au centre d’une polémique où religion, dotation et ingénierie fiscale ne faisaient plus bon ménage. Il y a cinq ans pourtant, juste avant que ses ennuis de santé ne l’éloignent de manière irréversible, elle avait donné une preuve ultime de son caractère à part. C’était le 21 juillet 2009. Elle venait de recevoir des menaces. Elle allait mourir sous les carreaux d’une arbalète. Au milieu de la tribune du défilé national, avec un sourire qu’elle n‘essaya pas de cacher, la reine Fabiola, contente de sa plaisanterie, pour défier son Guillaume Tell anonyme, sortit une pomme.

Ce genre de souvenirs rééquilibre l’image d’une souveraine qu’on ne peut associer à une bigoterie raide et douloureuse. Sa mort permet de rappeler combien cette (très) grande d’Espagne, cultivée, polyglotte et infirmière fut surtout vivante, enjouée, proche des gens, immédiatement, sans barrière et sans précaution. On a dit que son mariage en décembre 1960 avec Baudouin avait sauvé la monarchie et le pays. Il a aussi transformé notre roi triste. Ensemble, ils auront multiplié les activités caritatives et créé une proximité humaine qui ne devait rien aux stratégies médiatiques des familles royales d’aujourd’hui. Dans cette union arrangée, comme de simples amoureux, ils se sont trouvés. Baudouin alla jusqu’à inventer la formule très peu constitutionnelle "la reine et moi".

Comme dans un conte de fées, leur couple fut parfait malgré l’absence d’enfant et leur réponse à cette épreuve a touché jusqu’aux moins royalistes de leurs sujets. Parmi les nombreuses anecdotes racontées depuis la disparition de la reine Fabiola, celle de Gerald Watelet est particulièrement émouvante. Au palais pour un essayage, le grand couturier – à l’époque – regretta devant elle la grisaille du temps en Belgique. Elle répondit qu’à présent, elle le remarquait parce que avant, quand le roi vivait, il faisait toujours soleil. Rois et reines sont censés être exemplaires, que leur couple le soit aussi est certainement plus rare et plus précieux.

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