Exclusif: Viande de cheval: le scandale belge

Avant même que n’éclate l’affaire Findus, la justice belge avait déjà connaissance d’un important trafic de viande de cheval orchestré par un éleveur wallon.

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Le dossier est aujourd’hui à l’instruction, dans les mains du juge d’instruction Jean-Marc Connerotte, comme nous l’a confirmé le procureur du Roi chestrolais, Vincent Cambier. Et le lien avec la crise alimentaire qui écœure chaque jour un peu plus les consommateurs belges ne fait aucun doute. "Il s’agit bien d’un trafic de viande de cheval d’envergure avec des ramifications en France et en Allemagne. Nous sommes ici dans la même problématique que l’affaire Findus. Nous collaborons avec les autorités judicaires voisines".

Si le parquet est jusqu’ici resté très discret sur l’affaire et ne se risque à aucun autre commentaire, c’est que les faits sont très graves, et qu’il concernent non seulement ce marchand de chevaux luxembourgeois, aujourd’hui inculpé de faux et usage de faux, mais aussi plusieurs grands abattoirs localisés en région anversoise, liégeoise et du côté de Termonde et de Courtrai. Si leur implication dans ce trafic n’a, à l’heure actuelle, pas été établi, le parquet acquiesce que la magouille n’aurait jamais pu fonctionner sans la complicité de vétérinaires peu scrupuleux.

Et si la pratique a pris fin en 2011, on ignore quand elle a débuté… Ni ce que sont devenues ces tonnes de bidoche à leur sortie des abattoirs. Chevaux bourrés aux hormones, malades ou accidentés: impossible de savoir ce que les consommateurs ont ingéré ces dernières années. Seule certitude: jamais ces morceaux n’auraient dû se retrouver chez nos bouchers.

Pour comprendre comment ces centaines de bêtes ont pu échapper aux contrôles sanitaires et filer en douce à l’abattoir, il faut identifier les mécanismes de contrôles équestres en vigueur chez nous et chez nos voisins. Revenons-en à l’enquête. C’est donc chez ce négociant luxembourgeois aujourd’hui inculpé que l’enquête débute. La police le soupçonne ne pas être droit dans ses bottes et les perquisitions menées dans son exploitation et à son domicile vont venir confirmer ses soupçons. Des centaines de certificats d’identification de chevaux sont saisis. Très vite, il apparaît qu’une partie de ces documents a été falsifiée afin de tromper les contrôleurs et de dévier les bêtes du chemin de l’euthanasie.

"Il faut savoir que tuer un cheval impropre à la consommation coûtera une centaine d’euros à l’éleveur, nous éclaire un connaisseur du milieu équestre. Le revendre à un abattoir rapporte entre 600 et 800 euros". Sur le dos de ses vieux "Stewball", l’éleveur faisait son beurre.

Vétérinaires pas clairs

Si l’intérêt financier est évident, la méthode de falsification, elle, l’est nettement moins. En Belgique, chaque cheval est identifié au moyen de critères très précis et très détaillés attachés à sa race et à ses caractéristiques physiques. Toutes ces informations doivent être religieusement consignées dans un carnet qui lui est propre et dans lequel doivent également figurer tous les vaccins et traitements administrés par son vétérinaire. Un code numérique, sorte de numéro de registre national, lui est également attribué. Les trois premiers chiffres permettent d’identifier le pays d’origine de l’animal. C’est sur la base de ces données que l’exploitant décide d’écarter ou non son cheval de la chaîne alimentaire. S’il l’envoie à l’abattoir, un vétérinaire indépendant est tenu de vérifier que l’animal qui lui est présenté correspond bien au signalement repris sur le document d’accompagnement. S’il est recalé, c’est qu’il y a fraude. Dans ce cas, le cheval n’échappe pour autant pas à la mort mais sa viande ne sera pas consommée et sa carcasse sera incinérée.

Donc, pas simple, à priori, de faire passer un cheval malade, vieillissant ou accidenté pour un étalon en pleine santé. C’est dès lors vers nos voisins, là où les contrôles sont moins poussés, que les trafiquants se sont tournés. Faire l’acquisition de bêtes en France et en Allemagne est autorisé à une condition: la demande de mutation de l’acheteur doit être validée par un organisme officiel, la Confédération Belge du Cheval (CBC), surtout si le carnet d’identification est inexistant ou qu’il n’est pas en ordre.

En bout de chaîne, ces étrangers ont bien été contrôlés par un vétérinaire homologué par la CBC. Sauf que ceux-ci avaient en main des carnets falsifiés, plus que probablement avec la complicité de certains de leurs confrères "de terrain". Dupés, ils auraient donné leur feu vert à l’introduction de ces équidés français et allemands impropres à la consommation sur notre territoire. A moins que des irrégularités aient également été commises aux portes de l’abattoir mais, à ce jour, rien ne permet de l’affirmer.

Et pour que l’illusion soit parfaite, les puces dont certains chevaux allemands étaient équipés (une puce similaire à celle que portent les chiens) ont été remplacées. Au cours de leurs perquisitions chez cet éleveur luxembourgeois, les enquêteurs de la police et de l’Afsca, ont mis la main sur des puces vierges. Or, seul un vétérinaire est autorisé à en implanter dans le corps des animaux…

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Dossier complet dans le Moustique du 20 février.

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