Eurosonic: Les dix qu’on aime

Marquant le début de la saison musicale, le festival néerlandais a rassemblé tous les talents européens qui vont exploser cette année. Moustique y était.

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Jake Bugg: la star de demain

Le jour où Jake Bugg est né, Oasis rentrait à la première place du hit-parade anglais avec son premier album "Definitely Maybe". C’était en 94. Dix-huit ans plus tard, Jake est devenu le meilleur pote de Noel Gallagher, qui l’a emmené en première partie de sa dernière tournée mondiale et est sans contestation aucune le nouvel artiste au plus grand potentiel qu’il nous a été donné de voir à l’Eurosonic.

Sorti l’automne dernier, le premier album homonyme de ce songwriter a fait l’effet d’une bombe. Mais ce n’est encore rien à côté du charisme que ce gamin dévoile sur scène. Imaginez le songwriting de Dylan, la rythmique country de Johnny Cash et l’attitude détachée et faussement nonchalante d’Oasis.

"Mon oncle m’a initié à Dylan, j’adore le phrasé dépouillé de Cash et la dégaine des frères Gallagher. Mais moi, je fais du Jake Bugg. C’est mon style, ne me demandez pas de le définir. Ça vient comme ça," nous expliquait-il au lendemain de sa prestation à l’Eurosonic. Né à Clifton, dans l’entité de Nottingham, Bugg a passé toute son enfance à glander avant de choper le virus de la musique. "Je séchais les cours, j’allais fumer des joints avec mes potes dans les terrains vagues et je rêvais comme toute le monde de devenir joueur de foot professionnel pour sortir de cette ville de merde. Ma vie a changé lorsque j’ai regardé un épisode des Simpsons dans lequel ils ont diffusé la chanson Vincent de Don McLean. J’avais douze ans et j’ai été hypnotisé par la mélodie."

 Après avoir été viré de l’école ("j’avais insulté l’institutrice qui refusait que je prenne la parole, je n’ai aucun regret."), Bugg commence à se produire dans les pubs de Clifton et envoie ses chansons sur le site de BBC qui l’aiguille sur le label Mercury.

La maturité de ses chansons est particulièrement bluffante et sa philosophie du less is more fait mouche. Entre castagnes au fond d’une impasse, description de son quartier, soirées bières/pilules et aussi premiers coups de foudre amoureux, sa description de son adolescence désespérée est à la fois touchante, romantique et hyperréaliste. Depuis la sortie de son album, le syndicat d’initiative de Clifton peut fermer ses portes. Plus besoin d’aller sur place, on a tout capté. Attention, il va aller loin, très loin.

Le 3/3 au Botanique (complet)

 

Jacco Gardner

> Le pitch. Nourri des Beatles époque Maharishi, de Syd Barrett et de toutes les raretés de la scène psyché anglaise des sixties, ce jeune Hollandais défend, avec une belle assurance, une pop baroque. Il sort son premier album "Clear The Air" en février. On en reparle la semaine prochaine.
> Pourquoi on aime? Sans être vraiment adepte du format couplet/refrain, Jacco va à l’essentiel dans ses compositions sans pour autant tomber dans la facilité.
> C’est pour qui? Les filles et ceux qui pensent que "The Magical Mystery Tour" est le disque le plus sous-estimé des Beatles.
Le 21/2 chez Madame Moustache (Bruxelles).

BRNS

> Le pitch. Nous l’avons déjà écrit, mais nous le répétons avec plaisir. Avec Balthazar, également présent à l’Eurosonic, BRNS est la formation belge la plus prometteuse. Comme le rappelait un confrère à l’oreille fine, c’est un groupe tellement original qu’au petit jeu des comparaisons, il faudrait citer au moins une dizaine de groupes pour décrire leur univers. Allez on se risque: si BRNS venait de Brooklyn, Télérama dirait que c’est le nouveau TV On The Radio. Leur premier album est attendu pour cette année.

> Pourquoi on aime. Chaque fois qu’on les voit, c’est encore mieux qu’avant.

> C’est pour qui? Les mecs qui ne veulent pas aller à Mexico (référence à leur hit radio de 2012) et tous ceux qui croyaient que Phil Collins était le seul chanteur/batteur en activité.

Baby Guru

Le pitch. La crise grecque a au moins ceci de bon, c’est qu’elle oblige ses artistes à s’exporter et à mouiller leur maillot. Et à ce petit jeu, bébé Guru se débrouille plutôt bien. A défaut d’être original, ce quatuor possède déjà une solide cohésion et un son. Comme le rappelle son deuxième album "Pieces" paru début janvier, Baby Guru doit avoir l’intégrale des Doors dans son iPod tout en étant adapte d’un rock psychédélique bien carré.

> Pourquoi on aime. Leur chanteur/claviériste a une voix qui ne s’oublie pas. Alors qu’on se les gelait dans leur loge, ils nous ont invités à partager leur poulet/frites et des bières. Merci les Grecs!

C’est pour qui? Les mecs qui se recueillent chaque année sur la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise et préfèrent la carrière de Demis Roussos avec Aphrodite’s Child plutôt que ses disques solo.

 

C2C

> Le pitch. Pas vraiment une nouveauté, mais en amont de leur concert complet à l’Ancienne Belgique du 27 février, impossible de passer sous silence leur prestation cinq étoiles à l’Eurosonic. Utilisant leurs platines comme de vrais instruments, ces quintuples champions du monde de deejaying proposent un spectacle incroyable sur scène. Favori des prochaines Victoires de la Musique, C2C devrait nous revenir en festival cet été.

> Pourquoi on aime. Parce que les compositions tirées de leur premier album "Tetra" (2012) prennent toute leur dimension en live et qu’ils rendent un bel hommage aux Beastie Boys.

> C’est pour qui? Les accros du vinyle et ceux qui pensent que Justice et 2Many DJ’s, c’est déjà has-been.

Le 27 février à l’A.B. (complet)

 

Kwes

> Le pitch. Nouveau protégé du label Warp, Kwes est un producteur qui a déjà collaboré avec The XX, Leftield, Damon Albarn ou encore Bobby Womack. Comme artiste solo, il malaxe sa voix soul avec des boucles hypnotiques et une section rythmique basse/batterie.

> Pourquoi on aime. Son concert à l’Eurosonic a été émaillé de nombreux problèmes techniques, mais il a nous a touchés par sa beauté sombre. De l’électro-soul intelligente sans être prétentieuse.

> C’est pour qui. Ceux qui adorent le noir pour sortir le soir et qui ont placé le dernier Bobby Womack dans leur playlist de l’année 2012.

M

> Le pitch. Sa présence à l’Eurosonic est aussi improbable qu’elle impose le respect. Humble parmi les humbles, M a choisi de courtiser les tourneurs des festivals européens en se produisant au beau milieu d’une affiche de jeunes groupes émergents. Son expérience a payé et il a mis le public dans sa poche avec son groove irrésistible, sa nouvelle formule trio et la puissance mélodique de ses compositions. Il avait plus à perdre qu’à y gagner. Et il a gagné.

> Pourquoi on aime. Tout en gardant ses lunettes de super-héros (mais en tombant la cape), M confirme sur scène le retour à la simplicité amorcé avec son dernier album "Il". Il sonne plus rock et donc moins variét’. Et ça, c’est cool.

> C’est pour qui. Ceux "qui ont le mojo et qui ont trouvé ces dernières productions scéniques trop chargées.

Le 4/5 à Forest National.

 

Palma Violets

> Le pitch. Dans sa dernière livraison, le Q évoque un croisement des premiers Clash, de Richard Hell et des Modern Lovers. Pour nous, c’est un bon groupe pop à guitares d’aujourd’hui. Le truc qui s’écoute sans se prendre le chou. Leur premier album sort le 25 février. On en reparle.

> Pourquoi on aime. Quand le chanteur Sam Fruyer gueule I wanna be your friend sur le single du même nom, on a envie de répondre. "Bien sûr, mec!".

> C’est pour qui. Ceux qui dressent leur playlist en copiant/collant le site du New Musical Express.

Girls Names

> Le pitch. La bio officielle précise que Girls Name a réussi à capturer le son du Belfast de 2011 avec son album "Dead To Me". Avec le plus récent "A Troubled See", ce groupe irlandais nous fait plutôt penser à une version alternative de The Drums.

> Pourquoi on aime. Le mélange de synthés cold-wave et de guitares surf est épatant. La bassiste ressemble à la jeune Kim Deal (Pixies) mais joue beaucoup mieux.

> C’est pour qui? Pour ceux qui trouvent The Drums trop branchouilles, les Beach Boys trop vieux et le shoegaze trop cool.

Cashmere Cat

Le pitch. De l’électro dansante, épurée, atmosphérique avec quelques incursions dans le hip-hop et le dubstep.  Cette jeune djette norvégienne a parfaitement sa place dans une programmation de Dour ou des Ardentes (comme ça on ne fait pas de jaloux).

> Pourquoi on aime.  Son manque d’assurance la rend encore plus craquante et parce que son set réussit à être apaisant tout en restant dansant.

>  C’est pour qui? Les habitués des compilations Kitsuné ou du label Ed Banger.

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