Et si justement on ne laissait pas l’enseignement aux enseignants?

Un "geste fort", qu’ils ont dit au CDH et au PS. Vu son CV, Joëlle Milquet ministre de l’Enseignement, c’est du lourd.

8499

Du signal méga-fort qui montre à quel point la qualité (le sauvetage?) de l’enseignement est LE projet giga-prioritaire de laFédération Wallonie-Bruxelles. Dans dix-huit mois,Joëlleaura d’ailleurs réalisé son "Pacte pour un enseignement d’excellence". Waouh! Et comment elle va faire, Super-Jojo, pour nous propulser l’école de "très moyenne" à "excellente" en seulement un an et demi? Elle va "rendre l’enseignement aux profs". Tiens, j’ai déjà entendu ça!

Souvent. Depuis une trentaine d’années, les (nombreux) ministres de l’Enseignement avaient une priorité. La même: rendre l’enseignement aux enseignants! Le genre over-participatif: c’est vous les pro(f)s de terrain, on compte sur vous, les gars et les filles! C’est sympa, mais ça n’engage à rien. Rendre l’enseignement aux profs, c’est un peu redonner l’eau à la bouteille ou le gaz à la bonbonne, étant donné qu’on ne va pas rendre l’enseignement aux bouchers-charcutiers. Mais disons que c’est chouette pour les relations publiques: la nouvelle ministre des Ecoles se met bien avec les 100.000 profs. Cool. Sauf qu’à force de "rendre l’enseignement aux enseignants", ledit enseignement francophone est devenu ce qu’il est: les enquêtes qualitatives (Pisa et autres) hésitent entre le "peut mieux faire" et le "franchement mauvais" (selon les matières).

C’est ici que le fils d’enseignants (papa et maman) doublé du frère d’enseignants (un frère et une sœur) court le risque de se faire incendier par la corporation. Mais tant pis… Jojo, j’ai une proposition: et si on faisait le contraire, pour une fois? Je veux dire: laisser un peu moins l’enseignement aux seules mains des enseignants.

Avant de me lapider, chers instits/profs, lisez ceci… En quinze ans de scolarité de mes Louloutes, j’ai vu des instits/profs remarquables, passionnés et passionnants. Mais très plic-ploc, on va dire. Au petit bonheur. J’ai aussi vu des instits/profs qui avaient confisqué l’enseignement au gré de leurs envies à eux, de leur (absence de) vision à eux, et parfois de leur – ouich! – paresse. Un exemple parmi d’autres, vécu il y a peu par ma Louloute 2? Un cours d’histoire entièrement constitué de feuilles volantes extraites de Wikipédia ou d’autres sites Internet (avec l’adresse URL en bas, si si).

Et cette impression, parfois, souvent, qu’il y a chez nous autant d’enseignements que d’enseignants. Que chacun fait un peu comme il veut, sans véritable contrôle qualité. Où sont les programmes? Qui les fait respecter? Les inspecteurs, ça existe toujours? Qui rappelle à certains profs qu’un cours, ça se prépare? Et qu’abrutir les écoliers de matière est certes plus facile que doser l’apprentissage, mais que ça dégoûte aussi l’élève à tout jamais? Bref, n’aurait-on pas quelques exigences vis-à-vis du corps enseignant, aussi? Dans le respect des programmes. Dans leur formation pédagogique, aussi. Y compris leur formation de base: c’est vieux con, je sais, mais une faute d’orthographe toutes les six phrases dans un cours, moi ça me fait gloup à chaque fois. L’enseignement aux enseignants, OK. Mais avec des contreparties, des obligations et du contrôle, on n’essayerait pas? Pour voir…

vincent.peiffer@moustique.be

Retrouvez Vincent Peiffer chaque mercredi dans Moustique

Sur le même sujet
Plus d'actualité