Et si Didier Bellens avait raison?

Moustique n'a jamais ménagé l'ex-patron de Belgacom, son arrogance, son salaire, ses méthodes. Mais en disant tout haut que l'Etat était le "pire actionnaire" qu'il ait jamais connu, Didier Bellens n'a peut-être pas commis de faute.

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"Le pire actionnaire, c’est l’État" .Cette petite phrase, parmi d'autres, prononcée jeudi 7/11 par Didier Bellens devant le cercle d'affaires bruxellois B19, a fini par pousser le patron de Belgacom vers la porte de sortie. Vendredi dernier, le conseil des ministres restreint a décidé de le destituer de ses fonctions, estimant qu'il était allé beaucoup trop loin en critiquant ouvertement de la sorte l'Etat belge, son principal actionnaire, qui détient 53,5 % des parts de la société. Le débat Bellens est donc clos. Reste la question: outre la forme maladroite et volontairement acide de ses propos, Didier Bellens avait-il raison sur le fond lorsqu'il a pointé la mauvaise gestion des participations publiques?

Pierre Nothomb, associé chez Deminor, une société qui représente les intérêts des actionnaires, estime en tout cas qu'il n'a pas tout à fait tort. C'est lui qui, en cette fameuse matinée du jeudi 7/11, a demandé à Didier Bellens quel actionnaire était le plus difficile à manier. Et qui a eu en guise de réponse cette petite phrase fatidique qui a mis le feu aux poudres. L'économiste nous explique pourquoi, selon lui, l'actionnariat de l'Etat belge dans des entreprises publiques ou privées pose problème. On vous prévient, il n'est pas tendre du tout.

Peut-on donner tort à Didier Bellens lorsqu'il affirme que l'Etat est un piètre actionnaire?

Pierre Nothomb – Une chose est certaine: l'Etat ne peut pas s'empêcher d'intervenir dans la gestion des sociétés dans lesquelles il détient des parts. Il essaie toujours de s'immiscer dans leurs affaires, et pas nécessairement par la voie normale, c'est-à-dire via l'assemblée générale, le conseil d'administration ou la direction. Au contraire: il contourne certains niveaux de pouvoir.

Des exemples de ce contournement?

P.N. – Dans le cas de Belgacom, on voit cela dans les discussions autour du salaire du CEO. Selon moi, cela relève uniquement de la responsabilité du conseil d'administration. Or, actuellement, c'est un sujet politique. Autre exemple: les déclarations récentes de Didier Bellens. Le fait que ses propos soient, ou non, préjudiciables doit être discuté au sein du conseil d'administration, qui se charge ensuite d'évaluer les mesures à prendre. Or, à nouveau dans ce cas-ci, on voit que l'Etat intervient haut et fort. Ministres et partis politiques y vont chacun de leur commentaire. Le résultat de cette ingérence, c'est une entreprise qui est complètement désorganisée.

La suite de l'interview dans le Moustique de ce 20 novembre 2013

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