Esprits de famille, esprits belges

La RTBF, confiante, programme enfin sa série belge, Esprits de famille. Qui risque de vous surprendre. En bien.

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On pouvait douter de la capacité de la télé belge francophone à produire une bonne série. On peut se dire qu’avec un budget minimal, les fictions noir-jaune-rouge ne peuvent définitivement pas rivaliser avec les françaises et encore moins avec les américaines. Certes. Pourtant, la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont décidé de tenter le coup avec quatre premiers projets. Cette semaine, l’un d’eux, imaginé par Jean-Luc Goossens déjà auteur de Melting-Pot Café, arrive sur vos écrans: Esprits de famille. Cette nouvelle comédie repose sur une idée de base simple: des parents tombés dans le coma reviennent sous la forme d’esprits pour, littéralement, pourrir la vie de leurs enfants. Le résultat ne devrait pas vous laisser insensible.

Voici pourquoi en quatre points-clés.

Du belge

D’abord parce que le point fort d’une série belge, c’est déjà qu’elle soit… belge. Des lieux de tournage, éparpillés entre Rixensart et Bruxelles, à la musique signée Noa Moon, en passant par le casting des acteurs, tout est résolument issu du plat pays dans Esprits de famille.

Une volonté tout à fait assumée par la RTBF et par François Tron, directeur des antennes: "Nous voulions être à la fois identitaires et universels. Identitaires parce que nous avons des comédiens belges, l’écriture est belge et que tout a été tourné ici. Universels parce que toutes les questions que nous abordons à travers cette série sont des thématiques générales qui peuvent concerner aussi bien les Belges que les gens dans le monde entier".

Cultiver l’identité belge passe par toute une myriade de symboles familiers à mettre en avant. Jean-Luc Goossens, créateur de la série, a choisi par exemple les TEC: "Nous sommes dans la proximité, l’idée c’est que les gens puissent se retrouver dans des décors qu’ils connaissent. Tout le monde a déjà pris des bus TEC, ce sont des éléments familiers". L’avantage du 100 % à la maison, c’est qu’il coûte moins cher et permet de rester dans le budget alloué par le "Fonds séries" de la RTBF et de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui prévoit environ 208.000 € par épisode. Mais homemade ne veut pas dire low cost. Jean-Luc Goossens relève: "Parfois, le fait de chercher une idée pas trop coûteuse pousse à une certaine créativité. Quand la productrice me dit "Ça c’est trop cher, on ne pourra jamais le faire", je trouve une autre idée meilleure ou plus originale parce que j’ai été obligé de faire un effort". Evidemment, petit budget implique acteurs peu coûteux.

Des personnages attachants

Et en télé, peu coûteux rime avec peu connu. Jean-Luc Goossens est persuadé qu’il ne faut pas nécessairement des superstars pour qu’une production fonctionne: "A travers ces séries initiées par la RTBF, on fait le pari de lancer de nouveaux acteurs, de les populariser. Cela a été la même chose en Flandre, il y a quelques années, quand ils ont décidé de faire de plus en plus de séries propres. Leurs acteurs sont maintenant devenus des vedettes au cinéma". Ce qui compte davantage que les acteurs, ce sont les personnages qu’ils jouent. Et là, la série y va plutôt fort puisqu’en tout, ce sont quelque 13 destins qui se croisent. De Jenny, la cuisinière ratée et complexée, à Nicolas, avocat aux dents longues prêt à tout pour réussir, il y a de quoi permettre à chaque téléspectateur de s’identifier.

Même Frederik Haugness qui joue Laurent a été frappé par le réalisme et la contemporanéité des rôles: "Je me reconnais tout à fait dans mon personnage. C’est le digne fils des années 70-80 qui a un schéma de vie tout tracé, et une définition précise du bonheur. Il a une femme, des enfants, un boulot, mais voilà, il a perdu ses rêves et remet en question la notion de bonheur. Cela correspond un peu au mal du siècle". Des ados aux pensionnés, toutes les tranches d’âge et tous les problèmes de notre société sont abordés, sans aucun interdit.

Zéro tabou

Cécité, sexe, couleur de peau, handicap…, Esprits de famille ose aborder tous les sujets. Et tant mieux: "Avec la comédie, souvent ça passe mieux, on peut y aller. Les trucs lisses, gentils et consensuels, ça lasse. Pour l’instant c’est un peu la tendance en France. Nous osons aller plus loin. C’est par notre audace que nous marquons le plus notre côté belge, notre différence. Il faut parfois surprendre, bousculer les gens. Inconsciemment, ils aiment ça" explique Jean-Luc Goossens qui a aussi écrit les dialogues de la série. Si de temps en temps le parti pris fantastique peut paraître balourd, l’humour permet de pointer du doigt des problèmes qui font autant rire que réfléchir.

Du côté de la RTBF – sans jamais rien censurer – François Tron a quand même veillé à ce que cela n’aille pas trop loin: "La série n’est pas provocatrice, simplement elle est dans le quotidien. La réalité de la société actuelle, c’est la question de la femme dans son couple qui tombe amoureuse d’un homme plus jeune, c’est la relation parents-enfants tendue parce que les parents sont intrusifs… Toutes les questions du quotidien relationnel entre les individus sont abordées, mais avec légèreté grâce au biais humoristique".

L’interactivité

La RTBF a aussi pris le parti de tenter de nouvelles choses à travers plusieurs développements pour marquer son attention envers les nouvelles technologies. D’abord, le téléspectateur pourra avoir sa photo incrustée (dans un cadre, un décor…) dans un épisode de la série! Pas très utile en soi, mais plutôt drôle, le clin d'œil permet surtout d’inciter le téléspectateur à regarder l’épisode suivant pour voir s’il s’y voit. Ensuite, il pourra carrément poser des questions aux personnages.

Pour Aurélie Berckmans du secteur recherche et développement de la RTBF, c’est là que réside tout l’aspect participatif: "C'est du sur-mesure pour Esprits de famille. Cela n’a jamais été fait avant en Belgique. Pendant l’épisode, un bandeau apparaîtra pour que le téléspectateur puisse poser ses questions à un personnage. A la fin, pendant le générique, le personnage répondra à ces questions. Le scénariste lui-même se chargera de rédiger les réponses pour que cela reste bien dans l’esprit du personnage et de la série". Ce dispositif n’est pas juste un gadget de la RTBF mais bel et bien une valeur ajoutée dans l’air du temps, affirme Aurélie Berckmans: "Nous répondons à une demande du téléspectateur, à son envie d’immédiateté". Liberté de ton, multitude de personnages et ambiance belge, il ne manquait plus que cette petite touche de modernité pour mettre le téléspectateur en bonne disposition d'Esprits

 

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