Erotica vintage 1974: Emmanuelle

Une image qui a marqué l'imaginaire collectif et interroge l'époque sur les questions de sexe.

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C'est le fauteuil en rotin le plus célèbre de l'histoire de la vannerie. Le meuble, que l'on finira par appeler "fauteuil Emmanuelle", assoit la réputation scandaleuse de Sylvia Kristel, mannequin hollandais inconnu au box-office, entré dans l'histoire comme icône sexuelle planétaire, en même temps qu'une époque. Une époque qui cherche la sortie de secours de la censure et qui la trouve grâce à Emmanuelle, film emblème de l'année 1974, exposant le cinéma grand public aux codes du porno soft. Au-delà de ses performances commerciales (50 millions de spectateurs dans le monde), le film de Just Jaeckin détourne la culture du X – souvent mal considérée, entre le glauque et le clandestin – pour mettre au jour un érotisme haut de gamme qui séduit les foules. La légende dit que le film est resté à l'affiche 17 ans à Paris et qu'une version sous-titrée servait à divertir les cars de touristes japonais sur les Champs-Elysées. On dit aussi qu'on allait voir Emmanuelle le jour où l'on atteignait la majorité, comme un rituel de passage…

Avec des scènes d'amour jamais osées jusque-là dans le cinéma traditionnel (notamment le fameux doublé bunga bunga d'Emmanuelle dans l'avion l'amenant vers son mari), le film bouscule l'opinion publique, se mue en phénomène de société et déclenche de drôles de conversations dans les chambres à coucher. L'histoire d'Emmanuelle, celle d'une femme mariée que son époux pousse à l'émancipation sexuelle, agite des questionnements sur la liberté dans le couple, la jalousie, l'échangisme, le voyeurisme, soit une forme de démocratisation de pratiques qui seraient le privilège de la grande bourgeoisie dont Emmanuelle est le symbole chic. Annonçant l'arrivée du porno dans les chaumières (grâce à l'abonnement Canal +), Emmanuelle s'est décliné en plusieurs films qui allaient de plus en plus loin dans l'exhibition, même si l'image la plus forte reste celle-ci qui n'inspirera pas, elle, que la déco d'intérieur.

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