Erotica vintage 1952: Bettie Page

On a plutôt tendance à sourire en reluquant les images de Bettie Page produites dans les années 50. C’est charmant. Joli. Coquin. Délicieusement rétro.

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Blasé, notre regard ne voit qu’une image vintage, territoire de jeu d’une jeune fille en train de poser innocemment (et, on peut le dire, souvent maladroitement) pour faire plaisir à son fiancé, photographe amateur au petit penchant lubrique. Et pourtant… Bettie Page, qui a donné son catéchisme à la pin-up en même temps que des migraines aux censeurs de l’Amérique puritaine, fut une bombe à fragmentation sexuelle dont les photos étaient réservées à une clientèle de connaisseurs qui se les refilaient en douce. Avec son regard de secrétaire qui cherche son papa, sa coupe de cheveux qui donne le ton à l’esthétique SM dominatrice, ses courbes aérodynamiques de petite décapotable et ses jambes autoroutières, Bettie Page crée un personnage dérangeant, à la fois sombre et souriant, qui plaît beaucoup aux amateurs de sexualité bizarre – comme on disait à l’époque.

Star de la photographie fétichiste, idole des magazines érotiques underground, Miss Page, qui démarre sa carrière de modèle spécialisé en 1951, a donné pleine satisfaction aux amateurs de talons aiguilles, bas Nylon et porte-jarretelles, élaborant la garde-robe de base toujours en vigueur chez les héritières – de Dotty, héroïne de la série BD Pin-up, à la strip-teaseuse star Dita Von Teese. Cette Américaine qui aurait dû enseigner (elle en a le diplôme, mais n’a jamais professé – les mères de famille ont eu chaud!) sera l’égérie des fins gourmets pro-sexe, allant jusqu’à incarner des pratiques pointues réclamant accessoires et savoir-faire. Bettie Page fut également très célèbre pour des mises en scène où, parfois soumise, parfois non, elle maniait le fouet, se faisait ligoter (bondage) et recevait la fessée (spanking), autant dire tout ce qui ne se faisait pas dans la chambre à coucher standard des années 50. Repentie parmi les repenties, Page, au début des années 60, quitte le monde des curiosités sexuelles pour mieux se rapprocher du Seigneur et milite auprès d’associations catholiques jusqu’à sa disparition en 2008, laissant derrière elle un parfum de soufre et de cuir qui, à son corps défendant, lui survivra.

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