Eric Zemmour: " Jamais autant de masques ne sont tombés "

L'ex-vraie vedette d'On n'est pas couché a compilé ses chroniques radio de 2011. Du Zemmour pur jus: décapant, érudit, prophétique et politiquement incorrect. Vaniteux aussi?

330743

[…]

Ce dernier samedi, vous êtes retourné à On n'est pas couché. Mais en position d'auteur de bouquin en promo. Cela vous a fait quelle impression?
Eric Zemmour – J'étais content de retourner sur le lieu de mes méfaits (rires). Même en position d'auteur en promo. Ceux qui attendaient un clash en auront été pour leur frais car cela s'est très bien passé avec des gens de bonne compagnie. Je n'avais plus regardé l'émission depuis que le duo Polony-Pulvar fonctionne. C'est bien sûr une approche disons "différente" de ce que je faisais avec Naulleau. Chacun son style. L'essentiel est qu'elles ont beaucoup aimé le livre. Ma collègue du Figaro Natacha Polony et moi-même sommes souvent tombés d'accord. Le contraire eut été étonnant. Quant à Audrey, elle ne m'a pas spécialement témoigné d'agressivité. On a eu un débat de fond. Non, non, vraiment très sympathique.

Généralement, vous écrivez des essais ou romans, voici une compilation de vos chroniques quotidiennes sur RTL France. Vous ne vous êtes pas foulé…
Beaucoup d'auditeurs me demandaient les textes de mes chroniques pour les relire tranquillement, car à la radio ça va trop vite. Ensuite, j'ai personnellement toujours aimé les livres de chroniques. Celles que j'ai reprises sont toutes de 2011 car je considère que c'est une année particulière.

En quoi?
Dans le sens où jamais autant de masques sont tombés et où les certitudes des "sachants" se sont toutes écroulées. Exemple: pendant 20 ans, on nous a seriné que l'euro était la panacée. On a aujourd'hui l'aveu piteux qu'il a été mal conçu tandis que les gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) font désormais le contraire de ce qu'ils ont toujours préconisé. D'autre part, on a vu les dictateurs arabes balayés par le sirocco populaire. Tout à coup, pour les grands intellos français donneurs de leçons, l'islamisme n'était plus un danger. Autre exemple: Dominique Strauss-Kahn, vaniteux en chef, autoprojeté président de la République, s'est désintégré en quelques minutes "inappropriées" dans une chambre d'hôtel.

Vous analysez aussi le présent en le mettant adroitement en perspective avec le passé. Vous vous estimez journaliste-historien?
Il est vrai que je tiens absolument à cette mise en perspective historique. Car l'actu en soi ne m'intéresse pas. Ces passerelles historiques sont capitales car elles font surgir une autre intelligence de l'événement. Un exemple: quand s'enclenche le printemps arabe me reviennent instantanément en écho 1848 et le printemps des peuples en Europe. Cette grille de lecture historique comparative permet d'être quasi prophète. Illico, j'ai pu annoncer la victoire des islamistes, le ressaisissement des pouvoirs autoritaires et, encore plus extraordinaire, je sais comment se terminera cette l'histoire. Le printemps des peuples de 1848 s'est conclu par un choc entre la Prusse et l'Autriche pour la domination du monde allemand. La Prusse a gagné. Eh bien, aujourd'hui dans les pays arabes, même chose. L'Arabie saoudite et la communauté sunnite se frottent aux chiites iraniens. Ce printemps va à son tour finir par un affrontement entre deux grandes puissances, celles du monde musulman.

Comme voyant, vous faites encore plus fort qu'Elisabeth Teissier, votre tête de Turc…
(Rires) Sauf que moi, c'est de la science presque exacte! Avoir les deux pieds dans la glaise de l'Histoire la plus profonde permet de prévoir l'avenir.

Vos chroniques les plus savoureuses sont celles où vous "taillez" les personnages. Une délectation pour vous?
Ouiii, réellement. J'aime percer la comédie humaine des gens de pouvoir. J'habille ma désillusion de la médiocrité du personnel politique par cette délectation à les croquer pour oublier qu'on est loin des figures que j'admire vraiment comme Napoléon ou de Gaulle. Parfois, j'exerce un petit rôle en modifiant la perception qu'on a d'untel ou d'untel. J'ai le pouvoir de mettre ma petite allumette sous le bûcher des vaniteux.

Vous dites de 2011 "l'année où les masques sont tombés". Mais il en reste?
Il y en aura toujours. Les grands amis du politiquement correct, les dominateurs, "la nouvelle inquisition" bien-pensante. Leurs masques tombent, mais ils excellent dans l'art d'en mettre de nouveaux. Mais le masque suprême, c'est la "globalisation", comme disent les Américains. Cette version moderne de la mondialisation est un système qui tôt ou tard va s'effondrer sur lui-même. Et ça va faire un bruit terrible.

L'élection présidentielle fait aussi tomber les masques?
Ah çà oui! Les deux principaux candidats, Sarkozy et Hollande, suppôts du oui à l'Europe, sont désormais obligés de revoir et de récupérer tous les arguments des eurosceptiques. Un comble!

Quel est votre pronostic, votre intuition?
Je ne fais jamais de pronostic. Mais, "normalement", Sarkozy doit perdre. Il a encore quelques chances de gagner. Tout va se jouer dans la dernière ligne droite. D'après les sondages, une partie de l'électorat populaire n'ira pas voter alors qu'il est allé voter en 2007. De là peut venir la surprise. Hollande peut perdre si cet électorat populaire se reporte quand même sur Sarkozy, sorte de Le Pen light et raisonnable. Le même coup qu'en 2007. Sauf qu'en cinq ans, il a fortement déçu ces électeurs. L'issue de l'élection est dans la réponse à la question: "Jusqu'où le lui feront-ils payer?"

Quel candidat vous bluffe le plus?
Celui qui fait la meilleure campagne, c'est Jean-Luc Mélenchon du Parti de Gauche. Il me séduit beaucoup. Et je vais vous surprendre, même idéologiquement. Sa critique de l'Europe est très juste. Bien sûr, il occulte le volet "immigration" de la problématique mondialisation, mais à part ça, ses analyses sont très pertinentes. Ajoutez à cela ses talents de tribun et son humour… Il ne peut que me plaire.

[…]

Z comme Zemmour
Du lundi au vendredi – RTL Radio – 7h15

Sur le même sujet
Plus d'actualité