Enzo Scifo: « Finalement, je m’entends peut-être mieux avec les femmes »

Ça fait pas mal de temps que la plus grande star du foot belge des 30 dernières années voyait son étoile pâlir. Elle luit à nouveau. On est content pour lui!

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Vous venez d’intégrer le club de Mons comme coach. Qu’est-ce que ça fait de bosser à nouveau?
Enzo Scifo. – Avant tout, ça me fait un immense plaisir, ça fait trois ans que j’attendais de refaire ce qui me plaisait tant (il a déjà été coach de Charleroi, Tubize et Mouscron). J’ai patienté, j’ai rongé mon frein, je regardais des matchs en attendant que le téléphone sonne. Donc, oui, c’est un soulagement. Vous savez, il y a des tas de bons entraîneurs sur le carreau pour le moment. Il y a 16 places en division 1 pour peut-être 50 ou 100 candidats. Là, aujourd’hui, je me sens privilégié.

Vous avez fêté ça?
Non, pas du tout: pas le temps.

Même pas une petite coupe de champagne avec Madame Scifo?
Oh, on aura tout le temps de le faire plus tard. Mais ce n’est pas tant fêter mon retour sur le terrain qui est important, plutôt le fait d’obtenir de bons résultats.

C’était quoi, votre statut durant ces trois ans: chômeur, rentier?
Non, j’ai un statut d’indépendant: je suis propriétaire d’un hôtel à Waterloo, je suis quand même actif, hein… Puis j’ai réalisé ce livre avec Jean-Marc Gheraille. Dans Le onze d’Enzo, j’avais envie de confronter mes idées sur l’évolution du football avec différents interlocuteurs. Il y a de tout. Tous les genres, tous les âges. J’ai fait intervenir Jan Ceulemans, Frankie Vercauteren, Philippe Albert, Georges Grün, Jean-Francois de Sart, Johan Walem, Marc Degryse, Vincent Kompany, Georges Leekens, Paul Van Himst et Pär Zetterberg. Onze personnalités du foot, d’où le titre. Mais attention: pas question de faire un bouquin d’anciens combattants qui rouspéteraient sur le thème "C’était mieux avant", hein! Je ne suis pas un passéiste, on ne joue plus maintenant comme on jouait il y a 20 ans. Croire le contraire, ce serait se planter et ce n’est pas dans mes intentions… J’ai été sur la touche pendant trois ans, je n’ai pas l’intention d’y retourner de sitôt!

Qu’est-ce que vous faisiez quotidiennement, vous aviez une routine?
Je faisais un peu de gym, un peu de sport, j’allais à l’hôtel pour contrôler avec le management que tout fonctionnait bien… Je passais également beaucoup de temps avec ma famille, quelque chose que je ne faisais pas avant. J’ai profité de mes trois enfants, de ma femme…

Qu’est ce qu’elle fait votre femme, elle travaille?
Non, non, elle est mère au foyer, elle cuisine très bien, et puis elle s’occupe également des enfants…

De grands enfants, non? Ils font des études?
L’aînée va avoir 22 ans, elle a fait des études d’esthéticienne, elle commence d’ailleurs un boulot le mois prochain et elle va se marier. La seconde va avoir 20 ans, elle fait des études pour devenir prof de gym, et la petite, elle a 12 ans, elle est à l’école…

Vous êtes entouré de femmes à la maison et d’hommes au boulot…
J’ai un bon feeling avec les gens en général. Avec les hommes, ça va bien, je ne pourrais pas faire le métier que je fais si ce n’était pas le cas. Mais finalement, vous savez, je m’entends peut-être mieux avec les femmes.

Votre bonheur le plus intense, c’est la naissance de vos filles?
Incontestablement. Mais dans ma vie, j’ai eu beaucoup de grands bonheurs, j’ai vraiment été gâté.

Sur le terrain également, non?
Sur le terrain, j’en ai eu tellement… Peut-être que le plus prenant, c’était mes premières minutes de joueur "pro" à Anderlecht, lorsque je suis monté contre Barcelone. A l’époque, Maradona y jouait, le plus grand joueur de tous les temps, selon moi. J’ai ressenti une émotion incroyable, un mélange d’adrénaline et d’euphorie: j’étais là, dans un stade entouré de dizaines de milliers de spectateurs, contre une des meilleures équipes du monde, avec cette légende vivante. Et c’était moi, là, qui courais dans mes chaussures à crampons à côté du Pibe de Oro, le gamin en or! Indescriptible! Bon, attention, des déceptions, j’en ai connu aussi… Le huitième de finale de la Coupe du monde 90 contre l’Angleterre, lorsque David Platt inscrit ce but à la dernière minute, quelle descente! On est vraiment tombé de trente étages. Pourtant, on la sentait bien, cette coupe!

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Financièrement, vous avez commis des erreurs?
Oui, lorsque j’ai investi dans le Club de Charleroi. J’ai été sans doute un des seuls joueurs au monde à investir dans le club dans lequel il évoluait, et pas rien: quand même 500.000 euros. Bon, j’ai pratiquement tout récupéré, mais il n’y avait pas que l’argent dans cette histoire: j’y avais mis mes jambes, mon âme et mon cœur… et puis l’hôtel de Waterloo, ça n’a pas été terrible. Cela n’a pas été du tout avec mon associé et j’ai dû reprendre les choses en main, seul.

La suite dans le Moustique de cette semaine.

Le onze d’Enzo, La Renaissance du Livre, 192 p.

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