Enfants battus « Vous savez, on voit des choses incroyables ici »

Ils sont médecins, psychologue, policiers ou assistants sociaux et interviennent auprès d’enfants victimes de sévices et de leurs parents tortionnaires. Des horreurs, ils en voient à la pelle. Mais comment font-ils pour encaisser?

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Notre témoin: Dominique Biarent est pédiatre aux soins intensifs de l’Hôpital des enfants Reine Fabiola, à Bruxelles. Des enfants battus, elle en voit défiler tous les jours…

 "Il y a des blessures qu’on ne parvient même pas à décrire avec des mots."

Brayan a deux ans et demi. On l’imagine sur un chouette vélo à quatre roues. Ou occupé à faire des courses de voitures avec ses copains de la crèche.

Mais Brayan ne jouera plus de sitôt. Le petit garçon gît sur un lit d’hôpital où il a été admis il y a une quinzaine de jours dans un état critique. Son corps est couvert d’ecchymoses, de brûlures et de morsures. Une marque pour chacun des sévices que lui ont infligés sa mère et son compagnon à leur domicile mouscronnois.

Le couple de tortionnaires avait également pris l’habitude de lui lier le sexe, aujourd’hui nécrosé, pour éviter qu’il ne fasse pipi au lit. L’histoire de Brayan est atroce. Il n’y a pas d’autre mot. Plus dure encore: elle n’est pas exceptionnelle. En juin dernier, un couple d’Erezée, dans le Luxembourg, a été condamné à 10 ans de réclusion après avoir fait vivre à leurs quatre enfants un enfer qui aura duré tout aussi longtemps. Trop nombreux, les cas de maltraitance comme ceux-là nous choquent, nous révulsent, nous révoltent. Mais au-delà du fait divers, au-delà du volet judiciaire, une question reste en suspens: comment font-ils, ceux pour qui secourir ces enfants en péril est le métier? Comment tiennent-ils le coup, ces médecins, ces policiers, ces psychologues ou ces assistants sociaux qui doivent à la fois protéger les victimes et encadrer leurs bourreaux? Doivent-ils forcément réprimer leurs émotions pour pouvoir rester efficaces?

Pédiatre à l’Hôpital des enfants Reine Fabiola, Dominique Biarent voit défiler dans son service tous ces innocents martyrisés. Elle-même maman de quatre enfants, elle a accepté de parler de la difficulté de gérer de telles situations sur le plan professionnel et humain.

Comment reconnaissez-vous un enfant qui a subi des violences intrafamiliales?

Domininique Biarent – Il faut savoir que dans la grande majorité des cas, les lésions ne sont pas spectaculaires. A première vue, elles ressemblent plutôt à de banales fractures ou brûlures qui, après examen, se révèlent être dues à des torsions ou des préhensions violentes. L’enquête dans le milieu familial nous donne ensuite confirmation.

Mais s’ils arrivent en soins intensifs, c’est que les coups ont été plus violents…

D.B. – C’est qu’ils ont été tant battus que leur vie est en danger, oui. Vous savez, on voit des choses incroyables ici.

La suite dans le Moustique en librairie ce 31 juillet 2013

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