Endemol: La secret story d’un empire

Téléréalité, jeux, docus, fictions…, Endemol règne en maître absolu sur les plateaux télé. Mais qui se cache derrière cette firme hégémonique?

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C'est le plus gros locataire de "temps de cerveau disponible". En une décennie, Endemol est devenu le premier acteur sur le marché français et le leader mondial de la production audiovisuelle. Son secret? Avoir inventé la téléréalité et réinventé la télé. Tout a démarré en 1999 avec Big Brother. Après avoir accouché du concept, la société néerlandaise de Joop van den Ende et John de Mol lâche le tonitruant Loft Story sur M6. Une bombe télévisuelle qui marquera le paysage francophone de son empreinte indélébile. Malgré les salves de critiques, la première téléréalité française sera l'aînée de nombreux rejetons: Nice People, Star Academy, Ferme Célébrités, Fear Factor, Secret Story, The Voice…

Très vite, la firme hollandaise entame une politique d’expansion internationale agressive. Avant que le concept ne commence à s’essouffler, elle engloutit des dizaines de compagnies audiovisuelles. Comme les boîtes de production françaises d’Arthur, de Jean-Luc Reichmann, de Marc-Olivier Fogiel, de Karl Zéro ou de Jean-Marc Morandini. Résultat? À l’aube du 21e siècle, Endemol détient plus de 2.500 formats d’émissions, et produit près de 1.300 heures de programmes chaque année rien que pour les chaînes françaises. Outre ses téléréalités, citons Les enfants de la télé, La roue de la fortune, L’amour est aveugle, Money Drop, Miss France ou encore Les 100 plus grands…

La maison des secrets

Basé à Hilversum, un coin perdu de Hollande, Endemol a également forgé sa réputation sur le culte du secret: contrats ultraconfidentiels avec les candidats mais aussi avec les chaînes. Le leader mondial semble d’ailleurs dicter ses lois aux uns et aux autres puisqu’il ne se contente pas de vendre un concept en particulier, mais bien des heures de programmes… à la chaîne. Exemple avec le récent crash de Carré ViiiP sur TF1. Malgré les critiques virulentes à l’encontre de cette téléréalité poubelle, Endemol a forcé la première télé européenne à lui commander d’autres émissions pour compenser le manque à gagner. Montant de la facture: entre 10 et 15 millions d’euros…

Pour éviter que les contrats ne soient divulgués par les participants, Endemol poursuit systématiquement les "balances" en justice. Jean-Claude Elfassi en fait régulièrement les frais, ce qui n’empêche pas le paparazzi de récidiver et de lâcher sur son blog de nombreux extraits de ces dispositions. Comme les 650.000 euros facturés par Benjamin Castaldi pour la cinquième saison de Secret Story.

Face aux propositions d’interviews rémunérées à prix d’or, les candidats évincés ont également de plus en plus de mal à tenir leur langue. Comme le tristement célèbre FX. Avant son suicide, l’ex-ViiiP du Carré a eu le temps de révéler son salaire – 10.000 euros à l’entrée et 4.500 euros par semaine de présence dans cette sombre téléréalité. Pour limiter de telles fuites, depuis la troisième saison de Secret Story, Endemol oblige les participants à signer un contrat qui régit leurs futures prestations… Pour 400 euros brut par semaine, le document stipule que l’ex-candidat s’engage à participer aux émissions en lien avec la téléréalité, aux événements organisés dans l’intérêt du programme et à sauvegarder les intérêts d'Endemol en toutes circonstances. Sans oublier la sacro-sainte interdiction de livrer ses déclarations pendant la durée du contrat mais aussi après son expiration. La dernière clause qui permet à Endemol d’acheter son silence à tout jamais pour quelques cacahuètes.

The Voice, le nouveau télé-crochet imaginé par le géant hollandais et bientôt à l'antenne de la RTBF et TF1, ne semble pas accorder davantage de marge à ses futurs participants. Le journal De Morgen révèle, en effet, que les candidats de la version flamande cèdent l’entièreté de leurs droits à la production. La propriété intellectuelle qui découle des prestations liées ou non à l’émission revient donc à l’agence artistique d'Endemol. Ce qui signifie que le candidat qui participerait à une séance photo ou au tournage d’un film sans aucun rapport avec The Voice céderait quand même les droits se rapportant à ces prestations parallèles à Endemol! Hallucinant. En cas de violation de cette disposition ou de la clause de confidentialité, le participant s’expose à une amende de 25.000 euros auxquels se rajoutent 2.500 euros par jour d’infraction. Un montant inhumain pour des chanteurs de salle de bains.

Le nouveau visage d’Endemol

L’échec de Carré ViiiP et le suicide de FX semblent pourtant marquer un tournant dans l’histoire de la téléréalité. Comme en témoigne la "charte déontologique" publiée par le pape de la real TV ? La société annonce, en tout cas, avoir tiré les leçons du passé. À l’occasion de la dernière saison de Secret Story, Virginie Calmels, P.D.G. d’Endemol France, n’a pas cessé de promettre que "l’émission allait s’éloigner de la caricature et que le sexe et le trash n’auraient plus voix au chapitre". Avant de signaler que "les douches ne seraient plus filmées".

Au final, le bilan reste plutot mitigé. Entre une fille de transsexuel, un "pom pom boy" et ex-tireur d’élite, on ne peut pas vraiment dire que le casting s’éloigne de la satire. Pourtant, Endemol sait pertinemment bien que la téléréalité d’enfermement s’asphyxie. Le concept le plus fédérateur aujourd’hui serait le retour à une real TV plus humaine et terre à terre. À la manière de The Voice, bientôt diffusé sur TF1 mais aussi sur la première chaîne publique belge? "Il ne faut pas se leurrer, ces gens sont des salauds!", nous confie un juré de télé-crochet produit par Endemol. "Et s’ils décident de créer des émissions un peu plus dignes, c’est parce que c’est le type de concept qui est le plus rentable aujourd’hui. Ces mecs ont quand même fait le Loft!"

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