En couverture: George Clooney. Qui d’autre?

De la salle d'op aux collines d'Hollywood, il n'a fait qu'un pas. Cette année, Georgie machine à café est nominé aux Oscars dans la catégorie Meilleur acteur. Une statuette que seul Jean Dujardin pourrait lui rafler. Rencontre avec un mec impossible à détester.

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De Bardot, on retiendra "Tu préfères mes seins ou les bouts de mes seins?". De Gabin, "T'as de beaux yeux, tu sais". C'est comme ça, le cinéma est une machine à souvenirs et répliques cultes. De son côté, George Clooney nous laissera probablement "What else?/Quoi d'autre?". Une formule extraite d'une publicité pour des dosettes de café. C'est que les temps changent. Aujourd'hui, l'un des plus grands acteurs en activité à Hollywood est à la fois un démocrate engagé et une star de la publicité. Ce qui est franchement louche. Sauf qu'avec Clooney, tout passe avec classe. Et là où d'autres se seraient brûlés en se vendant à ce point au grand capital, lui en sort grandi. Car lorsqu'il s'agit de George, on ne condamne pas pour avidité. On se réjouit qu'une telle star ait encore autant d'humour, de dérision et de recul sur lui-même. Et ceci pour une seule raison: George a la classe.

Tellement d'ailleurs que c'en est trop. Riche, beau, célèbre, engagé, outrageusement cool, l'homme est une injustice sur pattes. Et pourtant, on trouve un certain réconfort à scruter sa carrière. Car lui aussi a connu des moments pénibles, des passages à vide, des bides monumentaux. Des échecs. Il y a dans son histoire de quoi nous faire espérer. Et surtout nous donner confiance en l'avenir.

Premier exemple: on ne prévoit que peu de succès au cinéma pour les acteurs qui cartonnent à la télé. Révélé dans la série Urgences en 1994, Clooney a pourtant conquis Hollywood. "Je me souviens très bien qu'après le succès d'Urgences, je voulais absolument devenir acteur de cinéma. Et j'ai tout accepté. J'ai fait des films comme Batman et Robin ou Le pacificateur, objectivement pas réussis. Mais j'étais tellement content d'être sollicité par le cinéma que je ne prenais même pas la peine de lire les scénarios. Ces échecs ont été importants car ils m'ont permis de prendre conscience d'une chose importante: que ce n'était pas le rôle que j'allais interpréter qui était important mais le film dans lequel j'allais figurer. J'ai donc pris du temps pour réfléchir et, soudain, j'ai enchaîné trois films dont je suis encore très fier aujourd'hui: Hors d'atteinte (Steven Soderbergh), Les rois du désert et O'Brother (les frères Coen). C'est un coup de chance que j'ai un peu forcé. Mais un coup de chance quand même."

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Son secret? La hauteur

Chez les Clooney du Kentucky, on a en effet le show-business dans les veines. Quand le rejeton naît en 1961, le papa est journaliste et présentateur de quiz à la télévision. La maman est une ancienne reine de beauté locale. Et si la tante Rosemary vit un passage à vide dans les années soixante à la naissance de George, elle est aussi mariée à une grande star du cinéma de l'époque, l'acteur portoricain José Ferrer (Moulin-Rouge, Lawrence d'Arabie, Dune), qui fut le premier acteur hispanique à gagner un oscar, en 1950. Tombé dedans quand il était petit, George rêve paradoxalement de faire carrière dans le base-ball. C'est finalement le journalisme qu'il étudiera sans grande conviction. En effet, tonton José lui a refilé le virus: il sera acteur. Il débarque à Los Angeles en 1982. Il a alors 21 ans et des rêves plein la tête. Il court les castings et les petits cachets, intègre quelques épisodes de la série Roseanne et cachetonne dans Arabesque. Pas vraiment le rêve hollywoodien. Mais il persévère. Et douze ans plus tard, en 1994, décroche le rôle de Doug Ross, dans la série Urgences qui fera de lui une star. "Mais ce n'était pas assez. Vous savez, lorsqu'on est acteur, on rêve de cinéma, pas de télévision." Vingt-cinq ans plus tard, Clooney est au sommet d'Hollywood.

C'est le truc avec George: il a de la hauteur. Un jour, à un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait accepté de baisser son salaire pour jouer dans le film O'Brother des frères Coen, il avait répondu: "Il faut faire combien de films où l'on est payé 20 millions de dollars pour être heureux?" Aujourd'hui, il revient sur la question: "C'était une façon de dire que je ne crache pas sur l'argent. Mais que derrière, il y a autre chose. Que j'appelle art. Même si ça en fait sourire certains. Je ne veux pas me retrouver aux Oscars à 75 ans dans une chaise roulante et que l'on me dise: "Félicitations, vous avez figuré dans 15 films qui ont été numéro un au box-office la semaine de leur sortie". Ce n'est pas mon but dans la vie d'être le mec le plus riche du cimetière. Être numéro un ne m'intéresse pas. Ce que je veux, c'est être associé à des films qui durent dans le temps."

Et pour le coup, c'est réussi. La ligne rouge chez Terrence Malick, Les rois du désert, O'Brother chez les Coen, Syriana, Solaris chez Soderbergh (son réalisateur fétiche: six films ensemble), Clooney construit une filmographie imposante. Qui recèle toutefois un fait étonnant: le plus grand séducteur d'Hollywood n'a jamais joué dans une vraie comédie romantique. C'est Richard Gere, l'autre grisonnant qui doit se retourner dans sa tombe (comment? Il n'est pas mort?)… C'est que Clooney a très vite compris que s'il voulait durer, il devait surprendre. C'est pourquoi l'acteur est aussi passé à la réalisation avec Confessions d'un homme dangereux, Good Night And Good Luck ou Jeux de dupes. Il y a quelques semaines, il sortait son dernier bébé en date, Les marches du pouvoir. Dans lequel, en bon passionné de politique, il décortique la campagne pour les élections primaires démocrates. Avec un seul mot d'ordre: tous pourris. Etonnant de la part d'un démocrate engagé. Qui contrairement à d'autres acteurs qui ont annoncé qu'ils ne supporteraient plus Obama, déçus par son premier mandat, a crié haut et fort qu'il continuerait de supporter le président américain envers et contre tout.

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Jérôme Colin

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