Elena

La cinquantaine bien tassée, mais pas dépourvue de charme, Elena se lève, ouvre les rideaux de la chambre de Vlad, riche industriel russe avec lequel elle vit depuis dix ans, et lui prépare un porridge pour le déjeuner.

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Un rituel que Zviaguintsev (Le bannissement) filme par le biais de somptueux plans fixes, chargés par la saisissante vérité de la vie quotidienne du couple. L’attention portée par le réalisateur aux gestes, aux regards, aux paroles rares émeut profondément.

Et rappelle l’épure cinématographique d’un Bresson. Elena voudrait que Vlad aide financièrement son fils et sa petite famille, qui habitent dans un minuscule logement social en bordure d’une centrale électrique. Rien à voir avec leur banlieue cossue.

Dispute du couple. En quelques plans, le réalisateur montre le fossé social gigantesque entre la Russie d’en haut et celle d’en bas. Pas de misérabilisme. Ni de condescendance. Mais la force d’un récit qui bascule soudain vers le thriller intime.

Le fils d’Elena n’en fiche pas une guigne. Et la fille de Vlad, de son côté, apparaît comme une petite peste bourgeoise qui aurait mérité quelques claques. Tous, riches ou pauvres, sont faits de la matière complexe et indéfinissable de l’humain. Grand et détestable. C’est ce qui rend ce magnifique drame noir universel, où flotte la figure tragique et inoubliable d’une actrice immense. À voir!

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Elena
Réalisé par Andrei Zviaguintsev (2012). Avec Nadezhda Markina, Andrei Smirnov, Elena Lyadova – 109′.

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