Elections communales: Dans la peau d’un candidat

Comment un candidat bourgmestre vit-il ses derniers jours de campagne? On en a suivi quatre à la culotte.

590757

Conclusion n°1: un politique est un homme (ou une femme) comme tout le monde. Conclusion n°2: un politique n’est pas du tout un homme (ou une femme) comme tout le monde. 

A Liège avec Christine Defraigne (MR)

L’enjeu

Pour la première fois tête de liste à Liège aux communales, la sénatrice MR est confrontée à l’impossible: battre le PS. Elle se contentera d’essayer de remplacer le cdH dans la prochaine majorité.

"Je vous donne ma voix si vous m’offrez votre t-shirt." L’accent est marqué, la proposition de deal presque coquine. Nous sommes dimanche, sur le marché de la Batte, un rendez-vous incontournable quand on mène campagne en bord de Meuse. On y croise des candidats PS disparates, des cdH drapeau au vent, des Ecolo plus discrets. Le MR de Christine Defraigne, lui, a choisi l’action de masse. Tous en bleu, "les schtroumpfs", dixit une candidate, sont ce jour-là une bonne vingtaine à emboîter le pas de leur tête de liste, très chef scoute pour l’occasion. Au programme: distribution de tracts et rencontre sur le pouce avec l’électeur. "On est surtout là pour assurer la visibilité. Les gens font leurs courses. Ils n’ont pas spécialement envie de se faire harceler."

Pour Christine Defraigne, 50 ans, avocate, l’enjeu de ces communales est d’importance. Didier Reynders parti à Uccle, c’est désormais elle le grand format MR liégois, dans une commune majoritairement acquise au PS. "J’avais déjà été tête de liste aux régionales en 2009. A l’époque, les gens faisaient la file pour obtenir des autographes de Michel Daerden sur la Batte. Aujourd’hui, c’est différent. Mais faut avouer qu’il y a quand même pas mal de pression."  

Le risque Facebook

Son travail le plus délicat: élaborer le programme, mais surtout la liste. "Avec parfois des candidats qui n’ont pas tous encore avalé ni la parité sexuelle, ni le fait que ce soit une femme aux commandes." Et quelle femme! Franchement rigolote, n’hésitant pas à exhiber une partie de son string en plein marché pour bien prouver qu’il est de la même couleur que son parti, Christine Defraigne parle haut, clair, et beaucoup. Des interventions toujours très préparées, mais qui cèdent parfois à la spontanéité d’une "bonne gueulante" quand les choses ne tournent pas comme elle l’entend.

Sa tactique de campagne? Occuper le terrain. "Dans une élection, personne ne sait ce qui fonctionne vraiment, alors on fait de tout. Du porte-à-porte, du débat dans les quartiers, des réunions Tupperware (questions-réponses à domicile)." Ce qu’elle préfère? "Le porte-à-porte. Parce qu’on peut faire des rencontres extraordinaires". Ou pas, comme mardi dernier dans les environs du centre commercial Médiacité, Outremeuse. "C’est un quartier qui ne nous est pas forcément favorable. Mais il faut aller partout." Et sourire, et répéter son programme à l’envi, et toujours offrir ses services. Quitte à essuyer des refus à peine polis. Ou s’entendre dire: "ici on vote PS".

David contre Goliath

Pas le temps de s’appesantir. Une communale, c’est une course de fond. "On est mobilisés depuis juillet, mais les derniers jours, c’est vrai, ça s’accélère méchamment" explique Jonathan, son assistant parlementaire. Des réunions tous les soirs, des interviews, les débats télévisés. Avec, somme toute, une équipe assez réduite. Au MR liégeois, ils sont quatre, dont une attachée de presse enceinte jusqu’aux dents, pour gérer la campagne de toute la liste. "Au PS, ils doivent bien être une vingtaine" compare Jonathan.

Mener une campagne MR à Liège n’est pas forcément une sinécure. Le petit débat citoyen de lundi dernier, dans le quartier d’Outremeuse, n’a suscité que l’intérêt d’une toute petite trentaine de personnes… dont la moitié de candidats. Christine mène la danse, prend quelques notes, interroge les convives, ne propose pas à boire ("c’est interdit par la loi électorale") et boucle l’affaire en 1h30.

Pas trop mal placé dans les sondages ("on pourrait gagner un siège"), la sénatrice ne cache pourtant pas son objectif: bouter le cdH hors de la majorité. Toute la campagne est dirigée dans ce sens. Sur la Batte, dans les débats, le MR raille les orange, mais ménage plus facilement les rouges. Preuve à nouveau dans les coulisses du débat télévisé de la RTBF sur Liège, jeudi dernier. Ce jour-là, attendant de monter sur le plateau, Defraigne se tient ostensiblement aux côtés du bourgmestre PS en place, Willy Demeyer. Tactique politique? Pas seulement. "Willy et moi, on se connaît très bien, on était à l’unif ensemble. On est très clairs sur nos différences, mais en politique, il faut apprendre à cultiver des relations humaines de qualité. Sinon, on n’arrive à rien." Dans l’entourage de la tête de liste, c’est la même ambiance. A la RTBF, la veille, assistants PS et MR ne dissimulaient pas leur évidente complicité. 

A la sortie du plateau, malgré un débat tendu, décontraction retrouvée. Après les altercations télévisées, Christine Defraigne retutoie ses adversaires, répond au SMS envoyé par un ami (pourtant ex-conseiller en com du cdH) et commande un petit verre. "Je fais la maligne, mais on est quand même content quand c’est fini. C’est quand encore notre prochain débat? Demain? Déjà?" Plus que quelques jours à tenir…

Suivez également dans le Moustique du 10 octobre

  • Freddy Thielemans (PS) à Bruxelles
  • Maxime Prévot (CDH) à Namur
  • Jean-Luc Roland (Ecolo) à Ottignies-LLN

Sur le même sujet
Plus d'actualité