Elbow, Acmé juvénile

On mesure la maturité d'un groupe à l'art d'amortir un succès soudain. Avec "The Seldom Seen Kid", quatrième album paru en 2008, Elbow accédait enfin aux accélérateurs de notoriété.

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On mesure la maturité d’un groupe à l’art d’amortir un succès soudain. Avec « The Seldom Seen Kid », quatrième album paru en 2008, Elbow accédait enfin aux accélérateurs de notoriété.

Critiques laudatives, prix en pagaille et tournées à rallonge auraient pu largement plonger le quintette dans la gabegie. « C’est l’effet inverse qui s’est produit », sourit l’affable Guy Garvey. Par le passé, nous avions connu tellement de désillusions que lorsque le succès est arrivé, il s’est vite transformé en bouffée d’air frais. Dans cette euphorie, réaliser « Build A Rocket Boys! » a été une véritable sinécure. Chaque fois que nous avions une décision à prendre, nous nous posions la même question: « Qu’avons-nous envie d’écouter maintenant? » Etre musicien ne doit jamais faire oublier qu’on est fan de musique avant tout. Voilà une leçon à retenir! »

Durant l’élaboration du disque, ce retour aux fondamentaux formels entre en résonance avec des aspirations plus personnelles. « Nous sommes arrivés à l’âge où soit on continue à brûler ses nuits, soit on commence à penser au futur. Aujourd’hui, la plupart des membres du groupe ont des enfants. J’aimerais moi aussi me fixer et fonder une famille. Dans cette optique, je me suis d’ailleurs rapproché géographiquement de mes parents. Ce déménagement m’a ramené vingt ans en arrière. » Contaminé par le vécu, les onze textes décapent les souvenirs vernissés et tentent tous de résoudre l’énigme: « Grandir, qu’est-ce que cela veut dire? »

Chanson nodale, Jesus Is A Rochdale Girl dresse ainsi une liste proustienne de madeleines adolescentes. Dans « Build A Rocket Boys!”, l’âge ingrat agit comme un axe entre enfance et vieillesse, joie et peine. Pour couvrir ces multiples états, Elbow mobilise quelques adjuvants stylistiques. Alors qu’un chœur prépubère allège With Love, quelques voix élimées densifient Birds. « Le disque compte deux versions de ce morceau. Dans sa forme longue, j’essaie d’imiter un vieillard. Mais je n’étais pas sûr que les gens allaient comprendre le rôle que je jouais. En vue d’atteindre l’effet escompté, nous avons réenregistré le titre avec des seniors possédant le même accent que moi. »

Sur la ligne du temps, cette histoire de rupture précède naturellement Dear Friends, jouissive ode à la camaraderie. Car, dans ce qui pourrait bien être le meilleur album d’Elbow, fondre en larme ou rire aux éclats sont souvent les seules alternatives.
Sylvestre Defontaine

Le 2/7 à Werchter.


Elbow – Build A Rocket Boys!

Universal Music
Notre avis: 3 étoiles

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