Eddy Mitchell: « Je n’aime pas me voir au cinoche »

Le crooner a quitté la scène mais pas les plateaux. Pour la promo des Petits princes, il fait une pause dans la prépa de son nouvel album, "Héros". Rencontre avec un grand pudique et un acteur rare.

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Vous aimez le foot?
Eddy Mitchell – Pas vraiment! Je suis un peu le spectateur lambda. S’il y a un match important avec des stars, je regarde. Mais ça serait mentir de dire que je suis un grand connaisseur. Le point commun entre le foot et le cinéma, c’est que tous les postes sont importants, jusqu’à la cantine. C’est vachement important la cantine. Quand elle est douteuse, les gens tirent la tronche pendant tout l’après-midi.

Alors, pourquoi avoir accepté ce rôle?
Parce que les entraîneurs me font marrer. Quand vous regardez un match, dès que la caméra est sur eux, ils jouent avec, ce sont des comédiens. J’ai aussi aimé l’histoire du film qui montre des jeunes issus de milieux et de familles très différents. Banlieue ou pas, ils n’ont qu’une passion, le foot. Ils ne pensent pas à faire les sacs des petites vieilles ou à se camer; leur truc, c’est d’être Zidane. Et ça m’intéressait d’illustrer que dans les banlieues, y a pas que ce qu’on montre dans la presse ou à la télé. Y a aussi des jeunes qui ont envie de s’en sortir.

Et sur le plateau, face à tous ces gamins, vous sortiez aussi le sifflet?
Un peu. Ils étaient excités comme des puces. Pour les scènes d’entraînement, ils faisaient parfois 20 prises pour se sécuriser. Ils disaient leur texte, tapaient dans la ballon, couraient, revenaient, recommençaient, ils étaient crevés. Et entre les prises, ils continuaient. Il fallait les calmer sinon on allait les ramasser à la petite cuillère. Y a eu des foulures, des blessures, des tas de choses, parce qu’ils se donnaient à fond.

Elle vous plaît cette jeunesse?
Oui, même si à 70 balais, on a du mal à avoir un esprit de 14. Mais je les admire, parce que nous, ma génération, on a été gâtés. Quand j’étais môme, y avait du boulot pour tout le monde. Aujourd’hui, c’est dur.

Y a-t-il un rôle que vous attendez encore au cinéma?
Non. Si ça vient, ça vient. Si ça ne vient pas, ce n'est pas grave. Et puis, je n’aime pas me voir au cinoche. Pour vous dire, j’ai été deux fois aux rushes dans ma vie. La première, c’était pour Coup de torchon: j’ai demandé à refaire la scène parce que je me trouvais pas possible. J’étais même prêt à payer pour la retourner! La seconde, c’était pour le Lelouch en janvier, parce qu’il change tout le temps le texte…

Qu’est-ce qui vous décide pour un rôle?
J’aime le cinéma qui fait rêver, qui me sort de ce que je fais tous les jours. Si c’est pour jouer un chanteur, je ne vois pas l’intérêt. Et puis, je n’aime pas trop les histoires de cul au cinoche, on a un peu trop tendance à ça aujourd’hui. Or, le cul, ça ne concerne jamais que deux personnes.

Vous avez présenté l’émission La dernière séance pendant 17 ans. Vous restez très cinéphile?
Oui, même si je ne vais plus dans les salles. Je suis très Blu-ray. Je regarde 2, 3 films par jour. Un le matin, un en rentrant le soir, et puis un autre dans la nuit. Je vois tout ce qui passe, des tas de conneries aussi! Je suis cinéphage. Notre atout en Europe, c’est d'avoir accès à des cinémas du monde entier. On voit des films iraniens, européens, indiens… Je reviens des États-Unis, les Américains, à part leur pays, ils ne connaissent rien. Le festival de Cannes, ils ne savent pas que ça existe. Ça fait un peu peur. C’est bien de s’ouvrir, de savoir ce qu’il se passe.

Musique ou cinéma, vous choisissez quoi?
Je reste des deux côtés. Je suis en studio en ce moment, je termine un album.

Toujours pas de scène?
Non.

Vous avez quand même été chanter avec Johnny pour ses 70 ans…
Oui, juste pour son anniversaire. Les gens étaient étonnés. On n’avait rien répété du tout, je suis arrivé sur scène en sortant du studio, on a chanté, et puis voilà.

Johnny, ça reste votre grand pote?
Oui. On se voit aussi à Los Angeles quand j’enregistre. Johnny habite là une partie de l’année. Le soir, il nous prépare à dîner. Comme tout le monde, quoi!

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Les petits princes
Réalisé par Vianney Lebasque. Avec Paul Bartel, Reda Kateb, Eddy Mitchell, Samy Seghir, Olivier Rabourdin, Adel Bencherif – 90’.

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