Dustin Hoffman: « Vieillir fait partie du job »

A 75 ans, l’acteur de Rain Man réalise son premier film, une comédie réjouissante sur les chanteurs d’opéra à la retraite. Rencontre en forme d’hymne à la vie.

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Vous êtes un jeune réalisateur. Comment avez-vous eu l’idée de faire ce film?
Dustin Hoffman – Vous savez, j’ai beau être là depuis pas mal de temps, pour les gens de l’industrie du film, je ne suis qu’un acteur. Le business est souvent frileux. Même si vous êtes un bon acteur, comme réalisateur vous avez tout à prouver. C’est le chef opérateur John de Borman, avec qui je travaillais sur Last Chance For Love avec Emma Thompson, qui m’a fait passer le script de Quartet. Je l’ai lu et il m’a bouleversé! Deux réalisateurs s’étaient déjà barrés sur le projet. Le troisième, c’était moi!

Le film est un hommage à la musique, à l’opéra…
Le scénario s’inspire d’une histoire vraie, celle de Verdi, le compositeur italien. Devenu très riche, à la fin de sa vie, il s’est fait construire une maison sublime à Milan. Il disait à ses amis que cette maison était plus réussie qu’aucun de ses opéras. Avant de mourir, il a voulu la léguer à ses chanteurs. J’ai trouvé ça très émouvant. La Casa Verdi existe toujours. Vous pouvez la visiter.

Vous auriez voulu être musicien?
Oui. J’ai toujours voulu être pianiste de jazz, mais je n’étais pas assez bon. Si j’avais ce talent-là, je ne serais pas en train de vous parler maintenant mais de jouer de la musique! J’aurais pu tout quitter pour ça.

Quartet parle aussi de la vieillesse. C’est difficile de vieillir, en tant qu’acteur?
Vous savez, il y a toutes sortes d’acteurs. Des bons, des mauvais, des vieux, des jeunes. Vieillir fait partie du job. Une anecdote: quand j’ai commencé à jouer au théâtre, je vivais en colocation à New York avec Gene Hackman et Robert Duvall. Le frère de Robert était chanteur d’opéra. Une discipline qui, comme la danse classique ou le sport de très haut niveau, requiert un véritable don, quelque chose de surhumain. Quand Nadal joue au tennis, c’est un animal. Alors que dans la vie, il est très calme. La règle du jeu est très dure dans ces professions-là. Vous avez une épée de Damoclès au-dessus de la tête, parce que les carrières sont très courtes. Mais ce qui est magnifique quand on vieillit, c’est que la passion subsiste. C’est ce que j’ai voulu montrer dans mon film. D’une manière drôle. Billy Wilder disait: "Si tu veux dire la vérité, tu as intérêt à être drôle, sinon ils te tueront!"

Vous avez tourné plus de 50 films, le cinéma est l’art qui vous touche le plus?
Vous savez, l’art est très subjectif. Il vous touche ou pas. Ce qui a guidé ma vie d’acteur, c’est l’émotion. Jamais le cérébral. Un des films qui m’ont le plus marqué, c’est La Belle Noiseuse de Jacques Rivette. Il me semble que c’est l’un des meilleurs films sur ce qu’est un artiste. C’est l’histoire d’un peintre (interprété par Michel Piccoli) qui n’arrive plus à peindre. Il a un blocage. Un ami lui présente une jeune femme qui n’a jamais posé nue avant. Il y a cette scène magnifique où il fait des croquis, commence à la peindre et la traite assez durement, comme un morceau de chair. Le rapport entre eux est très antagonique, c’est difficile. Et puis, à un moment, quelque chose se passe. Le film montre tout à coup ce même homme, en costume-cravate, qui se fissure devant cette jeune femme, et qui met son cœur sur la table. Ça m’émeut rien que d’en parler… (Il s’arrête.)

Pourquoi, au juste?
Parce que la métaphore de ce film est très forte pour moi. Rivette n’a pas engagé une femme mince comme on voit dans les magazines, mais une jeune femme avec un corps plein. C’est là que se déclenche la création. La grande leçon du film, c’est que les hommes ont tout à apprendre des femmes. C’est de la femme que viennent l’art, la création.

Interview complète dans le Moustique du 15 mai.

Quartet
Réalisé par Dustin Hoffman. Avec Maggie Smith, Billy Connolly, Pauline Collins, Tom Courtenay – 98′.
Dans les salles à partir du 22 mai.

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