Dujardin – Lellouche: les nouveaux parrains

Les deux acteurs reviennent au cinéma dans La French, thriller inspiré sur la pègre marseillaise. Rencontre décontractée.

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Lorsqu’on les retrouve à Bruxelles pour la promo de leur nouveau film, les traits plutôt tirés et la voix encore rauque du matin (il est 11h30, et visiblement pour eux c’est tôt), Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont au début d’une journée marathon qui s’achèvera en fou rire collector au micro de notre collègue Nicolas Buytaers à RTL. La vidéo a fait le tour du web, on y découvre les deux compères s’évertuant à répondre sérieusement aux questions du journaliste. Perdus au dix millième degré de la promo. "On a adoré ce scénario avec des personnages bigger than life", annonce Lellouche, avant de comprendre l'ineptie de la phrase qu'il vient de prononcer. S'ensuit alors un fou rire qui fera le bonheur des bêtisiers de fin d'année. A la fois gras et complice. C’est que ces deux-là bourlinguent ensemble depuis pas mal de temps, l’humour trouffion en bandoulière.

Deux ans après Les infidèles (film à sketches sur l’infidélité masculine qu’ils coproduisent), les voici réunis à l’écran pour incarner le juge Michel et le parrain de la drogue marseillaise Gaëtan Zampa. "Pour nous, ce film est une chance, il arrive au bon moment", annoncent d’emblée les deux potes, arrivés chacun au sommet par des voies différentes. Comme les Ventura ou Belmondo de l’époque, Lellouche et Dujardin, 42 ans chacun, conjuguent au cinéma des carrières viriles et éclectiques, dans la comédie populaire comme dans le drame. On a vu Jean délirer dans Brice de Nice ou la série des OSS 117 de Michel Hazanavicius. Il s'est ensuite montré plus sombre chez Blier (Le bruit des glaçons) ou Nicole Garcia (Un balcon sur la mer), jusqu’à l’explosion internationale avec The Artist. Plutôt taiseux sur son oscar qu’il qualifie souvent de "merveilleux accident",Dujardin se moque volontiers de son niveau d’anglais ("la greffe ne prend pas, je ne serai jamais un acteur américain"). Pour preuve, la dernière pub Nespresso où, complice avec George Clooney, son accent frenchy fait fureur. Car malgré les gros films US (du Loup de Wall Street de Scorsese à The Monuments Men de son pote Clooney), Dujardin reste attaché à la France. Et à sa base aussi: sa famille et ses frères. Jean vient d’une fratrie de quatre mecs et se sent très proche de Marc, son frère avocat. Idéal pour enfiler le costume du juge Michel.

Plus habitué aux polars hexagonaux (Narco qu’il réalise,  A bout portant ou encoreGibraltar), Gilles Lellouche a prêté sa gueule taillée au couteau au narcotrafiquant marseillais. Les deux potes se sont prêtés à l’exercice de l’interview. De bon matin donc, après avoir coupé la clim ("je supporte pas", tonne Jean), avalé des cafés et fumé trop de cigarettes.

L'interview de Gilles Lellouche et Jean Dujardin dans le Moustique du 3 décembre 2014.

La French

Réalisé par Cédric Jimenez. Avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey et Benoît Magimel – 135'.

Sur une musique électro, un homme longe à moto le boulevard Michelet à Marseille. Il fait beau. Quelques instants plus tard, il est criblé de balles à bout portant. Cet homme, c’est le juge Pierre Michel, 38 ans, assassiné le 21 octobre 1981 alors qu’il s’apprêtait à rejoindre ses filles et sa femme pour déjeuner. Le film se déploie ensuite en flash-back pour raconter le combat sans relâche du jeune juge (Jean Dujardin) contre le trafic de drogue à Marseille, devenue plaque tournante de l’héroïne dans les années 80 (archives TV à l’appui), jusqu’aux Etats-Unis (d’où son surnom la "French connection"). La cible principale du juge, c’est Gaëtan Zampa, dit Tany, nouveau parrain de la drogue de la cité phocéenne (Gilles Lellouche).

 

Ample et ambitieux (style Mesrine avec Vincent Cassel), le plus gros budget du cinéma français 2014 (26 millions d’euros) se regarde d’abord comme un vrai duel d’acteurs, (genre Heat de Michael Mann avec De Niro vs Pacino), dans lequel Dujardin et Lellouche livrent le meilleur. A la fois sobres et habités (chacun par leur femme, leur clan, leur fonction), les deux acteurs apportent au film un charisme arrivé à maturité. Chargé d’adrénaline et ponctué de scènes fortes (la magistrale scène de la tuerie du bar du Téléphone, les scènes de boîtes de nuit ou l’émouvant craquage du juge), le film entre aussi dans les méandres corrompus de la police époque Gaston Defferre, alors maire de Marseille. Seul bémol peut-être, certains personnages secondaires qui auraient mérité meilleur traitement (Benoît Magimel ou Bruno Todeschini), pour creuser davantage la tension. La French reste un très bon polar à la française, comme on voudrait en voir plus souvent.

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