Dubus : “J’ai juste envie de prendre un plus gros crayon“

L'ancien dessinateur de Moustique, auteur des "Votez pour moi" jusque 2010, duBus officie dans les colonnes de la Dernière Heure depuis 2002 sans jamais réellement se censurer. Emu par la tuerie qui a décimé Charlie Hebdo, il réaffirme plus que jamais sa détermination à ne pas baisser les bras face à la bêtise et la violence.

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 Quelle a été votre premier sentiment quand vous avez pris connaissance de l’attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo?

Au début, on se dit : “Une bombinette… C’est de bonne guerre…“. Puis, on apprend qu’il y a douze morts. Et que la caricature française est décimée… Je suis un peu comme tout le monde: complètement abasourdi. J’avais rencontré Cabu il y a quelques années. Les autres, je ne les connaissais pas personnellement… Mais nous sommes tous une grande famille, on fait le même métier. Ça fait très, très bizarre de voir que des collègues qui veulent juste s’amuser meurent… à la guerre, en fait.

Est-ce que cela va changer quelque chose dans votre manière d’aborder le métier?

Je ne sais pas. A mon avis, c’est un petit peu trop tôt pour en juger… Ça ne me donne en tout cas pas l’envie d’arrêter. J’ai juste envie de prendre encore un plus gros crayon… Cela va peut-être me donner une manière de dessiner un peu plus “combative“, même si je n’aime pas ce mot, parce que je n’ai pas envie de devenir un “combattant“. Mais il est clair que c’est la fin d’une espèce d’insouciance. Celle que l’humour allait quand même être plus fort que tout. Parce qu’apparemment pas.

Est-ce que avez peur, vous, personnellement?

Pfff… Non… Je n’ai pas peur physiquement. Je n’ai jamais été dans la mouvance “Charlie Hebdo“, à faire de la provoc’ à tous les coups. Ce n’est pas mon fond de commerce. Mais j’ai peur pour le fond du métier, où on risque de se censurer un peu plus. Cela ne m’était jamais arrivé de réfléchir aux conséquences au moment de dessiner. Mais quand je parle de la fin de l’insouciance, c’est peut-être ça: on se dit qu’effectivement, tout ça n’est plus aussi anodin qu’avant.

Elle était où jusqu’à présent votre limite, votre autocensure?

Que ce soit drôle…

Quel est le message que vous avez envie de délivrer dans votre prochain dessin?

“On ne baisse pas les bras. On n’a pas peur“.

Vous avez le sentiment d’avoir un rôle à jouer aujourd'hui?

Celui de continuer à faire ce qu’on fait… Continuer, continuer… Ni plus ni moins. Je ne me sens pas investi d’une mission de justicier.

Charb a dit un jour: “Je préfère mourir debout que vivre à genoux“…

Ouais… Il est mort assis hein, à mon avis… Entre les deux…

La question, c’est finalement: tout cela en valait-il la peine? Est-ce qu’un trait d’humour, ça en valait la chandelle?

Bien sûr. Enfin. Tout ça paraît dérisoire maintenant, mais oui bien sûr, c’est indispensable. Parce que l’humour, c’est l’intelligence. Il ne faut pas baisser les bras face à l’ignorance, la bêtise et la violence. Oui, c’est indispensable. Oui, ça vaut la peine.  

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