Dossier : Homéopathie, peut-on y croire?


Guérir le mal par le mal, mais en doses infimes. Attrape-nigauds ou miracle que la science ne parvient pas encore expliquer? Le point sur ces mystérieuses petites boules sucrées.

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"Soyons modestes, nous avons encore beaucoup de choses à apprendre de la nature."

Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008.

"Je suis plus inquiète du fonctionnement des médicaments conventionnels que du non-fonctionnement de l'homéopathie."

"S'il suffit de mettre un Smarties dans une bouteille d'eau pour guérir, ça me va très bien!"

"L'homéopathie, c'est comme mon ordinateur: je ne sais pas comment ça fonctionne, mais je m'en sers tous les jours!"

Le succès de la méfiance
L'homéopathie est-elle fiable oui ou non? A cette question, nous ne répondrons pas de manière tranchée. En ne prenant parti ni pour les pros ni pour les anti-homéopathie, nous sommes sûrs de fâcher tout le monde. Et nous assumons! Impossible en effet de louer sans réserve des techniques qui ne sont garanties ni par la science ni par les autorités de notre pays. A l'inverse, il serait malhonnête de taire ses succès, rapportés par nombre de patients et des médecins qui n'ont pas besoin d'autres preuves. Vous trouverez donc ici les arguments des deux camps. Pour et contre, tranquilles ou passionnés.

Au-delà du débat sur la preuve de son efficacité, la pérennité de l'homéopathie et son indiscutable succès ont le mérite d'interroger la médecine conventionnelle. De lui mettre sous les yeux l'envie, le besoin des patients d'être écoutés, dans une approche humaine, globale et personnalisée. D'exprimer aussi une certaine méfiance envers les médicaments classiques. Entre les affaires à la Mediator (traitement contre le diabète, retiré du marché suite à des décès suspects) et les multirésistances aux antibiotiques, le patient a réalisé que la médecine traditionnelle n'est plus forcément bonne pour lui. Comme on l'observe pour la nourriture, avec le succès du bio, nous sommes plus critiques par rapport aux grandes firmes et aux produits uniformisés. Beaucoup d'entre nous préfèrent donc ingurgiter beaucoup moins de produits chimiques. Au point de n'avaler que du sucre? Un demi million de Belges prend ce risque.
h Maïder Dechamps


"Il n'y a rien dedans!" C'est ce que scandent des manifestants dans le reportage Homéopathie, Mystère et boule de sucre, diffusé ce mercredi dans Questions à la Une. Une manif comme celle-là, il y en a eu une à Bruxelles, mi-février, pour protester contre la reconnaissance des médicaments homéopathiques par l'Union européenne. D'un côté, il y a ces "antis", qui ont été jusqu'à avaler des tubes de granules d'arsenic pour démontrer qu'ils ne contiennent aucune trace de ce poison violent. De l'autre côté, il y a des patients heureux.

C'est le cas de Simon. Il y a longtemps que ce jeune étudiant n'a plus été malade. Pourtant, il a passé les premières années de sa vie entre les urgences et les séances de kiné respiratoire. Ce qui l'a sauvé de son asthme aigu? Selon Sophie, sa mère, ce sont justement ces petites boules "sans rien dedans". Est-elle une baba-cool branchée chakras? Pas vraiment. Cette fille de neurochirurgien est journaliste santé pour un grand quotidien belge. Elle témoigne d'ailleurs sous un prénom d'emprunt car elle se sent "surveillée": "Chaque fois que j'aborde le sujet dans un article, je reçois trente lettres de médecins furieux". C'est que le débat sur l'homéopathie – remède-miracle ou potion de charlatan? – reste vif. D'autant que cette thérapie parallèle est loin d'être marginale: on estime que ses adeptes sont 300 à travers le monde. Et 5 % des Belges y ont recours. C'est moins qu'en France, mais les petites granules se font tranquillement une place chez nous.

Guérir le mal par le mal
Mais au fait, qu'est-ce que l'homéopathie? On la doit à Samuel Hahnemann, un médecin allemand. En 1796, il observe qu'absorber de l'écorce de quinquina, traitement contre le paludisme, provoque tous les symptômes du paludisme. Il énonce alors le "principe de similitude": un remède qui produit tous les symptômes d'une maladie chez un individu sain peut guérir cette maladie. Pour éviter d'empoisonner ses patients, Hahnemann dilue plusieurs fois les substances. Au point que les scientifiques actuels estiment que la molécule initiale ne se trouve plus dans la goutte ou la granule d'homéopathique. D'où le slogan "il n'y a rien dedans".

Nouvelle piste dans les années 80: le scientifique français Jacques Benveniste affirme que l'eau qui a contenu quelque chose en gardait la trace "en mémoire", même quand la substance ne s'y trouve plus. Une "mémoire de l'eau" qui validerait les hautes dilutions homéopathiques. Cette théorie décriée lui coûte son emploi et sa réputation. Pourtant, aujourd'hui, le prix Nobel 2008 de médecine, Luc Montagnier, qui a (co-) découvert le virus du sida, va dans le même sens. Il n'a encore rien pu prouver, mais, dans Questions à la Une, il lance: "Dire "ce phénomène, nous ne le comprenons pas, donc il n'existe pas", c'est antiscientifique. Soyons modestes, nous avons encore beaucoup de choses à apprendre de la nature."

Pour l'instant, donc, l'homéopathie est rejetée par la communauté scientifique. En 2005, le très respecté journal médical The Lancet conclut que l'on ne peut démontrer son efficacité au-delà de l'effet placebo. Pour Michèle, infirmière accoucheuse de formation, qui soigne ses filles avec ces "remèdes de sorcière" depuis leur naissance, c'est peut-être vrai. Mais ce n'est pas grave. "S'il suffit de mettre un Smarties dans une bouteille d'eau pour guérir, ça me va très bien!" On s'en doute, les homéopathes, eux, bondissent et rétorquent que l'homéopathie fonctionne très bien avec les bébés et les animaux, qu'on ne peut soupçonner d'être guéris par leur croyance.

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