Dix moments de grâce saxo

En marge de l'incontournable expo sur Adolphe Sax, retour sur dix grands disques qui ont mis en valeur ce qui reste l'une des plus belles inventions belges.

1035996

John Coltrane – A Love Supreme (1965)

Avec "Kind Of Blue" de Miles Davis, il s'agit sans doute de l'album jazz le plus connu et… le plus aimé par ceux qui n'écoutent pas de jazz. "C'est le disque qui parvient le mieux à évoquer l'orgasme",nous confiait encore récemment Benjamin Biolay. Et c'est un connaisseur qui parle. Enregistré en une seule journée (le 9 décembre 1964) par le saxophoniste ténor pour le label au point d'exclamation Impulse!, ce disque capture l'intensité, la folie et le génie de Coltrane en plein état de grâce. Un sommet.

Charlie Parker – The Complete Dial Sessions (1947)

Avec John Coltrane, il est considéré comme le saxophoniste le plus influent de l'histoire du jazz. Rien n'est à jeter dans sa discographie (il existe de nombreux coffrets à prix économique). Nous vous conseillons cette compilation de morceaux enregistrés en 1946 et 1947 par Bird pour le label Dial Records. Du jazz festif, ludique et groovy capté sur la côte californienne avec notamment Miles Davis, Dizzy Gillespie ou encore Erroll Garner.

Stan Getz & João Gilberto – Getz/Gilberto  (1964)

Le saxophoniste américain Stan Getz s'associe au guitariste brésilien Joao Gilberto pour ce disque qui va permettre au monde entier de tomber sous le charme de la bossa-nova. Avec le pianiste Antonio Carlos Jobim et la chanteuse Astrud Gilberto, ils gravent notamment le classique The Girl From Ipanema qui ouvre ce disque. Une caresse suave, indémodable, exotique et toujours délicieusement sexy. Régulièrement réédité, "Getz/Gilberto" reste une des plus grosses ventes du label Verve.

Sonny Rollins – Saxophone Colossus (1956)

Le disque qu'on retrouve à chaque fois dans le classement des "incontournables" du jazz. Enregistré sur le label Prestige, "Saxophone Colossus" montre un Sonny Rollins en pleine démonstration de haute voltige. Cinq morceaux pour cinq styles différents. Du calypso St. Thomas à la ballade sombre You Don't Know What Love Is en passant par une adaptation de dix minutes de Moritat de Kurt Weill… Que du bonheur. Tant pis pour la pub, mais ce chef-d'œuvre coûte moins de 5 € sur Amazon. Foncez…

Dexter Gordon – Go (1962)

Passé très rapidement de la clarinette au saxophone alto, Dexter Gordon a démarré sa carrière aux Etats-Unis avant d'émigrer en Europe. Installé au Danemark où il fera la connaissance de la famille Ulrich qui lui proposera d'être le parrain du petit Lars Ulrich (futur batteur de Metallica!), il touchera le grand public avec Autour de minuit, film de Bertrand Tavernier. Enregistré dans des conditions live, "Go" impose le son hard pop de Gordon qui fait pleurer son instrument dans la ballade de Cole Porter Love For Sale.

Wayne Shorter – Speak No Evil (1965)

Une pochette culte pour un disque culte sorti sur Blue Note. Alors à son sommet, Shorter vient de rejoindre le quintette de Miles Davis en 1964 avec qui il enregistre l'avant-gardiste "Juju". Il signe dans la foulée cet album au jeu plus musclé. Infant Eyes et la somptueuse plage titulaire en sont les moments les plus forts. Encore un incontournable de toute discothèque qui se respecte.

Bruce Springsteen – Born To Run (1975)

Sur la chanson Tenth Avenue Freeze-Out, Springsteen évoque "un grand homme qui rejoint le groupe". Cet homme, Bruce s'appuie sur son épaule sur la pochette iconique de "Born To Run". Il s'agit du saxophoniste black Clarence Clemons, membre le plus populaire du E Street Band. Vêtu comme un maquereau de Harlem, Clemons a insufflé un groove libérateur à la musique du Boss. Evoquant les larmes, la misère des laissés-pour-compte (Jungle Land) ou le droit au rêve (l'épique Born To Run), ses notes restent éternelles. Il nous a quittés en juin 2001 et c'est son neveu Jack qui a pris la relève chez le patron.

Roxy Music – Flesh And Blood (1980)

Avec le E Street Band, Roxy Music est le groupe rock qui a su le mieux profiter de la présence d'un saxophoniste dans ses rangs. Sans les notes quasi érotiques soufflées par Andy Mackay, les tubes Oh Yeah!, Same Old Scene ou The Midnight Hour extraits de ce septième album de la formation arty anglaise perdraient toute leur saveur. On en veut seulement à Roxy Music d'avoir donné l'idée à trop de mauvais groupes des années 80 d'enrôler un saxophoniste juste "pour faire joli" dans le décor…

James Brown – Sex Machine (1970)

Double album hybride enregistré moitié en public (à Philadelphie), moitié en studio, "Sex Machine" s'ouvre par une version de dix minutes de l'énorme Get Up (I Feel Like A) Being A Sex Machine, bombe chargée de testostérone et de cuivres. The J.B.'s, backing band de Mr. Dynamite, signe là un performance historique du funk qui est toujours capable aujourd'hui de transformer le danceflooren lunapar démoniaque. Incontournable.

Vanessa Paradis – Joe le taxi (1987)

Ah, l'ami Joe et "son saxo jaune", "qui ne marche pas au soda" et "connaît toutes les rues par cœur"… Il en a bercé des générations! Signé Etienne Roda-Gil/Franck Langolff et écoulé à plus de cinq millions d'exemplaire, le single de Vanessa Paradis est un bon exemple d'utilisation du saxophone dans la variété française. On aurait pu citer aussi le Gaby oh Gaby de Bashung et son gimmick imparable avec ce saxo bégayant presque sur l'intro.

Plus d'actualité