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Les Schtroumpfs aujourd'hui, Tintin fin octobre, la bande dessinée belge a séduit le cinéma américain.

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Depuis quelques années, les adaptations de bandes dessinées pullulent au cinéma: Astérix, Largo Winch, Lucky Luke, L'élève Ducobu, Blueberry, Adèle Blanc-sec ou Titeuf ont déjà eu droit au grand écran. Pendant ce temps, à Hollywood, les Américains continuent d'épuiser le filon de leurs BD à eux: les comics et leurs troupeaux de superhéros.

Jusqu'ici, chacun s'occupait de son pré carré. Mais voilà, cette année, les Américains ont décidé d'adapter les deux plus grands fleurons de la bande dessinée belge. Cette semaine sort Les Schtroumpfs, réalisé par Raja Gosnell (coupable de l'innommable Chihuahua de Beverly Hills). Et le 26 octobre, Tintin, le secret de la licorne, produit par Peter Jackson (Le seigneur des anneaux) et réalisé par Steven Spielberg, sera à l'affiche. Deux cas de figure différents. Un divertissement familial ultra-populaire pour Les Schtroumpfs, un grand film aux immenses promesses artistiques pour Tintin. Décidément, on ne se refait pas.

Mais pourquoi les Américains viennent-ils chercher nos héros de BD? Le stock de comics serait-il épuisé? Le filon totalement asséché? Pas du tout, puisque Thor sorti il y a quelques mois a réalisé de très bons résultats et Captain America, un autre héros de deuxième catégorie de chez Marvel, dans les salles depuis la semaine dernière aux États-Unis, a dévoré tout cru le jeune Harry Potter au box-office. De plus, autre pièce au dossier, le film le plus attendu de l'an prochain est clairement le troisième Batman réalisé par Christopher Nolan (Inception). Les superhéros ont donc encore de beaux jours devant eux. Pour comprendre les raisons de cet engouement américain pour notre BD nationale, nous avons rencontré Véronique Culliford (la fille de Peyo) mais aussi Steven Spielberg. Plaisir.

 

Véronique Culliford

Véronique Culliford est la fille de Peyo. Aujourd'hui, en compagnie de son frère Thierry, elle gère le patrimoine aux quatre coins du monde.

N'est-il pas étonnant que ce soient des Américains qui produisent ce film alors que les Schtroumpfs sont finalement très peu connus outre-Atlantique?
Véronique Culliford – Non. En Europe, les Schtroumpfs restent une institution grâce à la série TV qui passe dans presque tous les pays. Aux États-Unis par contre, ils ont disparu des chaînes de télé à la fin des années nonante. Mais ils y ont été idolâtrés dans les années quatre-vingt grâce à cette série.

Mais pourquoi ont-ils signé ces Schtroumpfs s'ils ne sont plus à la mode là-bas?
C'est nous qui sommes allés vers eux. Sony Pictures a accepté car il reste un réel affect entre le public et les Schtroumpfs. Ils représentent la magie de l'enfance, la sympathie, la bonté. Contrairement aux Européens qui veulent toujours être réalistes, les Américains savent encore réaliser des films juste pour faire rêver les enfants. En Europe, nous voulons trop vite les éduquer à devenir adultes. Comme si on voulait les faire sortir de leurs rêves, car nous-mêmes en sommes sortis…

Qu'avez-vous particulièrement bétonné dans le contrat qui vous lie aux Américains?
Je voulais surtout protéger le droit d'auteur et le respect de l'œuvre de mon père. Propulser ces Schtroumpfs à New York avait quelque chose d'effrayant pour moi. J'ai fait très attention à ce que la mentalité des Schtroumpfs soit respectée, qu'ils ne deviennent pas de petits Américains. Et franchement, à chaque étape du film, mon avis a été entendu.

 

Steven Spielberg

Spielberg a découvert Tintin par hasard. "Je lisais des critiques d'Indiana Jones et les aventuriers de l'arche perdue dans la presse française et sans cesse, un mot revenait, que je ne connaissais pas: Tintin. Je me suis renseigné et j'ai découvert la BD de cette façon. Ce fut un choc."

En 1983, vous avez un contact téléphonique avec Hergé. Et pourtant, le film ne sort qu'aujourd'hui. Pourquoi cela a-t-il pris trente ans?
Steven Spielberg – Hergé est mort quelques semaines après notre discussion. Et je n'ai réellement acquis les droits sur tous les livres qu'il y a six ans. En fait, je voulais adapter Tintin au cinéma mais je ne savais pas comment. Je ne voulais pas mettre en scène des acteurs munis de prothèses pour ressembler à Tintin et Haddock. Et puis, je suis allé rendre visite à mon ami James Cameron sur le plateau d'Avatar et là, j'ai eu la révélation. J'avais enfin la technologie pour réaliser mon film.

Mais pourquoi Moulinsart vous a-t-il vendu les droits à vous?
Pour certaines raisons que je ne préciserai pas ici (sourire). Mais surtout parce que Hergé avait dit à son entourage qu'il me faisait confiance en tant qu'artiste pour respecter son œuvre. Je sais que certains puristes regrettent que ce soient des Américains qui réalisent Tintin, qui est un héros profondément européen. Pour moi, la question ne se pose pas. Le fait que ce soit moi est juste une question de passion et d'admiration, pas de nationalité.

Tintin est méconnu aux USA, ce qui doit être un souci pour vous. Mais savez-vous qu'en Belgique, c'est une icône absolue?
Oui, je le sais. C'est d'ailleurs pour cela que nous viendrons faire la première mondiale chez vous. Le fait qu'il ne soit pas connu en Asie et aux États-Unis ne me pose pas vraiment de problème. Nous allons développer Tintin comme un nouveau héros pour ces continents. Vous savez, E.T. n'était pas connu avant que nous ne l'inventions avec Melissa Mathison.

Quel écueil fallait-il éviter à tout prix en adaptant Tintin?
Nous sommes tellement fans de l'œuvre que nous avions juste envie d'être le plus fidèles possible. Il était pour nous hors de question d'américaniser le personnage ou l'histoire. La question que nous nous posions en permanence était: "Mais que se passe-t-il entre ces deux cases, Monsieur Hergé?"

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