The Disappearance of Eleanor Rigby séduit au Certain Regard à Cannes

Jessica Chastain et James McAvoy rejouent une version new-yorkaise d’Un homme et une femme. L’histoire d’une crise de couple raconté des deux points de vue, par lui, puis par elle. Eux, quoi.

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Initialement projeté au festival de Toronto à l’automne 2013 en deux parties, « Him »/puis « Her » (Lui/puis Elle), le film a été présenté au Certain Regard dans une version remontée et intitulée « Them » (eux), sous l’impulsion de son producteur Harvey Weinstein.

Co-produit par l’actrice Jessica Chastain qui interprète également le rôle d’Eleanor Rigby, le film suit la rupture d’un couple de trentenaires new-yorkais qui se déchire après la perte d’un enfant. Chacun se trouve plongé dans une mélancolie qui s’inspire d’ailleurs de la chanson des Beatles Eleanor Rigby (tirée de l’album Revolver, 1966)- qui donne son titre au film mais qu’on n’entendra pas. Même si les paroles dédiées aux solitaires « lonely people » infusent une douce nostalgie au film.

Lui, c’est James McAvoy, acteur écossais qu’on avait aimé dans Reviens-moi aux côtés de Keira Kneightley  ou l’impressionnant Dernier Roi d’Ecosse sur Amin Dada. Elle, c’est la rousse incendiaire Jessica Chastain, qu’on ne quitte plus depuis Tree of life et Zero Dark Thirty.  Ils incarnent Conor et Eleanor, lui, jeune restaurateur écrasé par l’ombre du père, elle, qui n’aurait pas dû arrêter ses études lorsqu’elle est tombée enceinte.

Elégant, parfois précieux (la symbolique des lucioles qui occupent pas mal de scènes), le film touche dans la manière dont il aborde les différentes temporalités de ce couple amoureux, capté en période critique. La double narration vient  finalement faire culminer le cheminement psychologique du couple. A tel point que leur histoire, à ce point partagée, devient aussi un peu la nôtre. Surtout quand elle est portée par l’émotion à fleur de peau de Jessica Chastain.

 

C’est aussi le portrait d’une génération de trentenaires qui peine à sortir de la chrysalide de l’enfance. Les histoires d’Eleanor et Conor sont parallèles. Chacun a encore des liens à transformer avec ses parents, des cordons à couper pour devenir aussi, vraiment adulte. On retrouve avec plaisir une Isabelle Huppert (adepte du vin rouge mais pour une fois pas trop dingue) en mère française de Jessica Chastain, aux côtés d’un John Hurt très bon en père psychanalyste. Qui livre à sa fille l’un des secrets du film : « La tragédie est un pays étranger. On ne sait pas parler à ceux qui en viennent. N’y reste pas. »

 

Filmés différemment des deux points de vue, le film apporte aussi un éclairage étonnant sur le travail d’acteur, qui aurait mérité d’être même poussé plus loin dans le montage, tant l’expérience est intéressante. Voire fantasmatique. Comment percer le mystère de l’être aimé? comment savoir ce qu’il a ressenti vraiment ? La littérature s’est souvent essayée à ce double regard – on pense aux écrits croisés de George Sand et  Alfred de Musset racontant leur passion (Sand se livrait avec Elle et lui, auquel Musset répondait en partie dans ses Confessions d’un enfant du siècle.)

Et ce qui touche le plus dans cette Disappearance, c’est la manière dont le processus filmique questionne le souvenir amoureux. Lorsqu’il se souvient qu’elle lui a dit « je t’aime », c’est elle qui croit l’avoir entendu. Malentendu ou mystère de l’être amoureux et donc illusionné ? C’est toute la grâce de ce film délicat de nous poser la question.

 

JG

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