Didier Donfut: « Si c’était vrai, il faudrait que j’aille en prison »

Parce que même écarté, il revient toujours, l’ancien ministre est devenu le symbole de la toute-puissance socialiste en Wallonie.

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Aujourd’hui, "l’ami d’Elio" est à nouveau au centre d’une polémique. Itinéraire d’un homme à l’image publique carbonisée.

[…]

Que faites-vous en ce moment?
Didier Donfut. – Depuis ces trois années, j’ai exploré le monde des petites et moyennes entreprises; je travaille comme consultant pour des Belges, des Hollandais, maintenant un Espagnol. Ça me permet de connaître un univers que je ne connaissais pas: celui du secteur privé.

Dans quels domaines?
J’ai travaillé dans la soudure céramique pour fours réfractaires, dans les poêles à bois… C’est passionnant. A part ça, je suis conseiller communal à Frameries, je suis administrateur d’Ores, la société qui exploite les réseaux de distribution d’électricité et gaz en Wallonie et je suis président de l’IGH… je crois qu’on reviendra sur ce dernier point. Tout ça me permet de rester en contact avec des gens superbement intéressants en fait.

[…]

En 2004 vous devenez ministre.
Effectivement. En 2004, mon univers change encore: je monte comme secrétaire d’Etat au fédéral en charge des Affaires européennes. Ce poste ne permet plus d’assumer un temps partiel supplémentaire. L’intercommunale avec laquelle j’avais ce contrat m’a demandé d’engager au sein de ma société une personne pour que je la forme. On me disait: "Mais Didier, personne ne connaît ton métier, O.K. tu ne peux plus le faire parce que tu es au fédéral, mais nous, comment on fait?" Et voilà, j’ai recruté et j’ai formé quelqu’un. Tout le monde trouvait ça naturel: le MR, le CDH… Moi, durant ces années au fédéral, je ne me suis plus occupé d’énergie. Je donnais un coup de main éventuellement au collaborateur que j’avais formé. Je n’ai pas touché un euro pour ça. L’argent versé par l’intercommunale à ma société n’a servi qu’à rétribuer mon collaborateur. Et cette situation a perduré lorsque je suis devenu ministre régional des Affaires sociales et de la Santé publique.

Alors, que s’est-il passé?
Les médias me sont tombés dessus. Remarquez, je les comprends. Si on ne prend pas en compte le contexte que je viens de vous brosser, on peut se dire qu’il y a une anormalité, un conflit d’intérêts dans le fait d’être ministre ou parlementaire et bénéficier par ailleurs d’un contrat de consultance "publique". Mais l’anormalité, elle tient à la rareté de mon métier. Pour prouver ma bonne foi, pour prouver que je ne touchais pas un euro, j’ai montré mes déclarations fiscales à des journalistes du Soir, de La Dernière Heure, de Sud Presse, ils m’ont tous dit que oui, c’était vrai, que je ne touchais pas d’autre argent que mon salaire de ministre… Mais j’ai eu un autre quotidien au téléphone… Je leur ai proposé de consulter mes papiers, ils n’ont jamais voulu voir ces déclarations. On était à un mois des élections de 2009, il fallait flinguer du PS, ils ont fait un coup en "dénonçant" une situation qui n’existait pas.

Pourquoi ne pas avoir réagi?
On s’est dit avec Elio que cela n’allait qu’envenimer les choses. Alors je me suis tu, pensant qu’on n’allait plus en parler quelques jours plus tard, que cela allait s’arrêter. Seulement, cela ne s’est jamais arrêté pour moi…

Tout de même, votre société touchait 160.000 euros par an, ça peut sembler beaucoup…
Retirez la TVA, cela fait 130.000, vous divisez par 12, ça fait 11.000 par mois, avec les charges patronales, le 13e mois, la voiture de société, cela se réduit à 3.700 euros…

Pour votre collaborateur…
D.D. – Oui, pour mon collaborateur. Il est évident que si, comme la presse l’a dit, "Didier Donfut touche en plus de son salaire de ministre 160.000 euros par an", il y a un problème. Si c’était vrai, il faudrait que j’aille en prison! Vous savez, j’attends avec impatience la fin de l’instruction judiciaire, parce qu’il n’y a rien dans le dossier. Mais personne ne me croit.

Mais si vous êtes innocent, pourquoi avoir démissionné de votre job de ministre?
On était à six semaines des élections, les sondages pour le PS n’étaient pas bons, on sortait des affaires de Charleroi… Pour éviter que le PS soit sali et qu’on en revienne au climat très difficile de 2007 avec Van Cau, j’ai décidé de tout prendre sur moi et de me taire. Si moi j’étais un obstacle, alors je devais m’effacer. J’ai fait un choix et je m’y suis tenu.

Et pourquoi a-t-on mis fin à votre contrat de consultance avec l’IGH?
L’intercommunale mettait fin à tous les contrats de consultance, le mien comme celui d’autres…

Et le fait de revenir par la fenêtre en prenant la présidence de l’IGH?
Une petite vengeance, une provocation vis-à-vis de ceux qui m’avaient tué médiatiquement.

Derrière les médias, il y avait qui ou quoi?
Le CDH.

Et vos candidatures à des sociétés de logements sociaux entachées d’irrégularités?
Mais je veux encore exercer un métier! Les "irrégularités" décrites ne sont que de petits détails qui sont grossis parce que c’est moi. Le logement social est un secteur que je connais bien et dans lequel j’ai envie d’investir la petite dizaine d’années de vie professionnelle qui me reste!

[…]

Interview complète dans le Moustique du 30 mai.

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