dEUS: « Notre bataille: faire danser et pleurer »

Ecoutez Keep You Close, sixième album de dEUS. + L'interview du groupe

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Niché à quelques pavés du Meir anversois, le très branché Melkmarkt est un piétonnier abritant restaurants bobos, vieux cafés, magasins de déco ainsi que le Tune Up, disquaire spécialisé dans le vinyle de seconde main.

C’est là, entre une pile de rééditions du label jazz Blue Note et un collector d’Isaac Hayes que les membres de dEUS reçoivent la presse à la veille de la sortie de leur sixième album, « Keep You Close ». Un lieu idéal pour demander au guitariste Mauro Pawlowski de nous dévoiler les trésors cachés de sa discothèque personnelle. Vient ensuite le tour de Tom Barman qui nous emmène à la terrasse d’un bistrot voisin, « pour prendre l’air ». Il tombe des cordes. Barman s’en fout. Nous aussi…

Vous avez fondé dEUS en 1991. Votre rapport à la musique est-il le même qu’il y a vingt ans?
Tom Barman – Non, il est plus intense, plus passionné et plus émotionnel aujourd’hui. J’avais 19 ans quand j’ai lancé dEUS et ma vision du rock était alors fantasmée, alimentée par tous les grands clichés. J’ai compris très vite qu’un groupe rock était une entité très fragile, parfois autodestructrice. C’est ce qui rend dEUS encore plus excitant vingt ans après. J’ai toujours cette approche romantique de la musique. Mais avec l’âge, je me sens davantage impliqué dans dEUS. Aucune création artistique ne peut être conçue avec détachement.

Pour la première fois, dEUS a essuyé des critiques négatives avec « Vantage Point » en 2008. Comment l’avez-vous vécu?
Mal, très mal. C’était nouveau pour nous, pas vraiment dans les habitudes de la maison. En France, par exemple, on n’a rien vendu. Sur la fin de la tournée, il y avait la crainte de ne pas remplir les salles et, même si nous nous en sommes bien sortis, j’ai un peu flippé. J’approchais de la quarantaine, je souffrais profondément de la réaction timide du public et je souffrais aussi dans ma vie personnelle. J’ai dû apprendre à reculer mon seuil de tolérance par rapport à tout ça. Ce ne fut pas la meilleure période de ma vie. Je n’aimerais pas être « puni » comme ça une deuxième fois.

« Keep You Close », le titre de votre nouvel album, laisse entendre que dEUS souhaite se rapprocher de son public. Vous aviez perdu le contact?
A la sortie de « Vantage Point », une critique revenait souvent. On me disait: « Il y a de bonnes chansons sur ce disque, mais ça ne s’entend pas ». Je crois effectivement que nous avions pris de la distance et perdu un peu de cette touche humaine. Pour dEUS, c’est grave car nous ne sommes pas un groupe productif comme Nick Cave, par exemple, qui peut se remettre très vite d’un échec en enregistrant un nouveau disque. Mais quelque part, ça nous a fait du bien, car il nous a fallu créer une nouvelle dynamique avec « Keep You Close » et ça s’entend. Le disque est plus chaud, plus mélodique. En studio, je répétais sans cesse aux musiciens: « Dance and Cry ». Faire danser et pleurer, c’est ça la bataille de dEUS.

L’étiquette arty qui colle à dEUS n’est-elle pas devenue pesante?
Bon, cette étiquette, nous l’avons bien cherchée au début. On était assez arrogants. Mais c’est quoi, faire du rock arty? Avec dEUS, nous absorbons le bagage culturel de ces cinquante dernières années, on retient ce qui est beau et on essaie ensuite de tout mettre à l’envers pour voir ce que ça donne. dEUS n’aura jamais le statut de Coldplay, c’est évident, mais nous ne sommes pas prêts non plus à faire autant de concessions qu’eux. Nous voulons avoir du succès, nous voulons plaire à un maximum de gens, mais à notre manière.

Plusieurs chansons reviennent sur vos déboires sentimentaux, alors que la plupart des membres de dEUS ont une relation stable et des enfants. Vous en parlez entre vous?
Les membres de dEUS m’interrogent rarement sur mes textes. Mais ils m’ont vu souffrir. Le disque n’est pas larmoyant, mais je sentais que je devais tout sortir. Ce ne fut pas facile à écrire, ni à vivre. Un jour, notre batteur Stef m’a dit: « Tu as l’air vraiment triste ». Je lui ai répondu: « C’est comme si j’avais la plus mauvaise gueule de bois de ma vie et que j’étais obligé de me regarder dans la glace 24 heures sur 24 ». Comme ça, vous comprenez… Pour en revenir à la situation familiale des autres membres du groupe, nous gérons ça très bien. Eux comme moi. Ça demande seulement un peu plus d’organisation pour les tournées.

Dans Final Blast, vous évoquez le statut privilégié du chanteur du groupe. C’est toujours lui l’attraction. Vous aimez ça?
J’adore susciter l’attention et j’en ai sans doute besoin. Même s’il y a parfois des côtés négatifs, je le vis très bien. Ma mère, à qui la chanson s’adresse, vous le dira. Je suis un mec normal à 80 % et seulement anormal à 20 %!

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dEUS – Keep You Close (2011) by dEUSbe

Le 16/12 au Lotto Arena.
Le 17/12 à Forest National.

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