Des vies à crédit

Une petite dette, ça va. Trois, bonjour les dégâts. Parce que quand on doit emprunter encore pour rembourser, c'est la spirale infernale. Un tourbillon qui, la crise aidant, entraîne de plus en plus de gens.

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Les fêtes, puis les soldes. Deux rendez-vous qui font plus de bien au moral qu'au portefeuille. D'autant que cette année, selon le cabinet d'audit Deloitte, le Belge ne compte pas se laisser contaminer par l'austérité ambiante. Nous comptons même dépenser un rien plus que l'année dernière pour atteindre un montant moyen de 547 € par personne. La première hausse du genre en cinq ans! Et comme par hasard, des publicités pour des crédits commencent à arriver dans nos boîtes aux lettres. Elles varient toutes autour du même thème: ne vous refusez pas le plaisir de faire plaisir à vos proches. Bien sûr, un petit crédit, ce n'est pas bien méchant. Un Belge sur deux en a au moins un. Et la grande majorité ne s'en porte pas plus mal. Au contraire: sans ça, jamais ils n'auraient pu acheter une maison, une voiture ou une machine à laver.

Mais, pour certains, les crédits s'accumulent. Au point parfois de les noyer. C'est le surendettement. Quand on est dans l'incapacité structurelle de faire face à ses dettes. Quand on est obligé d'emprunter encore pour rembourser. Quand on sursaute à chaque coup de sonnette de peur d'une saisie d'huissier. Et qu'on a honte de n'avoir rien vu venir aussi. Cette honte et le secret qui entourent le surendettement le rendent souvent invisible. Pourtant, selon les indicateurs, on considère qu'entre 1 et 4 % de la population est dépassée par ses dettes.

Le profil de ces endettés? En Wallonie, on retrouve beaucoup de jeunes, d'isolés, de mères de famille monoparentale et de Hennuyers. Ce qui les a fait trébucher? Un accident de vie le plus souvent (27,5 %). Un licenciement, une séparation, un décès qui a brutalement fait chuter leurs revenus. Il y a évidemment les "flambeurs" (20 %) ou les mauvais gestionnaires (17 %), mais dans un quart des cas (23 %), c'est "simplement" la pauvreté qui est en cause. Un surendetté sur quatre vit avec moins de 1.000 € net/mois. En 2009, leur revenu moyen par ménage était de 1.253 €/mois. A la même époque, le panier de la ménagère du CRIOC s'élevait à 2.439 € par famille. Le double.

Les (fins de) mois difficiles

La crise ne va rien arranger pour ceux-là. Sans compter que le phénomène semble s'aggraver. En octobre, le nombre de contrats de crédit en défaut de paiement a atteint un record: 455.000. Une hausse de 11,2 % depuis mi-2007. Surtout quand on sait que, depuis la crise de 2008, l'arriéré (la somme due par chaque mauvais payeur) moyen a augmenté de près de 28 %. Il est aujourd'hui de 8.040 €. Selon Romain Duvivier, économiste à l'Observatoire du crédit et de l'endettement, "on peut craindre que des défauts de paiement ponctuels ne se muent en difficultés financières plus structurelles".

Dernier indicateur inquiétant, le nombre de nouvelles procédures de règlement collectif de dettes (RCD). Cette procédure, il ne faut pas la confondre avec la médiation de dette, plus soft, où un juriste (souvent via le CPAS) cherche un arrangement à l'amiable avec vos créanciers. Dans certaines communes, il existe des listes d'attente de plusieurs mois! Le RCD est une procédure judiciaire. Le surendetté se met sous la protection de la justice face aux réclamations des créanciers et c'est un médiateur qui gère son argent de façon à rembourser ses dettes en 5 à 10 ans. La personne verse donc l'ensemble de son salaire au médiateur qui lui alloue une enveloppe d'"argent de poche" pour le (très strict) minimum vital. Une situation humiliante qui est considérée comme une dernière bouée de sauvetage. Or, le nombre de personnes admises en RCD a significativement augmenté depuis la crise de 2008. En 2012, il pourrait dépasser les 100.000!

On nous annonce une année austère. Aujourd'hui, les premières mesures douloureuses se font sentir, très concrètement. Il faut donc rester particulièrement attentif. Car le surendettement risque d'accabler encore ceux qui sont déjà pauvres, mais pourrait bien aussi appauvrir ceux qui gardaient la tête hors de l'eau jusqu'ici.

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