Des footballeurs cons comme leurs pieds?

Un salut nazi perpétré par un footballeur grec est venu enrichir l’infinie collection des boulettes de la corporation. 

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Au point qu’on ne peut s’empêcher de se poser la question: les footballeurs sont-ils (vraiment) intrinsèquement cons?

La semaine dernière, le footballeur grec Giorgos Katidis s’était cru malin en célébrant son but victorieux par un salut nazi. Banni à vie de l'équipe nationale par sa fédération, il avait, pensait-on, touché le fond de la bêtise. Mais lorsque pour se défendre, le joueur de 20 ans avouait qu’il ignorait la signification de ce geste, il réussissait l’exploit de creuser encore. Et ternissait davantage le blason de sa corporation dans l’opinion. Parce que oui, les joueurs de foot ont une réputation qui leur colle aux crampons: celle d’être indubitablement cons…

Grammaire: 1 – footeux: 0

Pour s’en convaincre, tout le monde a en tête les interviews d’avant- ou d’après-match de ces footeux, où les fautes de grammaire succèdent aux propos clé sur porte d’une vacuité sans nom (notre préférée: "on prend les matchs les uns après les autres"). "Ils n’ont rien à dire, assène Stéphane Pauwels, consultant foot sur RTL. Ils sont formatés par les clubs, avec une phrase-clé: "L'important, c'est l'équipe". Alors que tout le monde sait que les joueurs ne pensent qu'à une chose: leur gueule." Sans jamais remettre en cause la tactique de l’équipe, ils se contentent donc de relater laconiquement les faits de jeu.

A leur décharge, confessons que si leurs réponses sont sans intérêt, c’est parfois parce que les questions des journalistes – "Alors, Bidule, content de la victoire?" – le sont tout autant. "Les joueurs interviewés dans le mensuel français So Foot ont l’air plus intelligents que dans Foot Magazine, remarque ainsi Marc Delire, monsieur foot chez Belgacom TV. Il faut donc se poser la question: n’est-ce pas le journaliste qui est plus ou moins con?" Ou qui réécrit plus ou moins les réponses? Un ravalement de façade aussi courant qu’indispensable, et qui a parfois lieu aussi en télé. "On sait que la maîtrise du conditionnel n'est pas leur point fort. Du coup, il m’est arrivé à de nombreuses reprises de leur faire recommencer l’interview, avoue Marc Delire. Je leur conseille: "Bon, à la place de dire "si j’aurais", dis plutôt "si j’avais", sinon tu vas passer pour un con!" Si le gars est vexé, tant pis pour lui. Mais la plupart du temps, il me remercie."

Culture: 2 – footeux: 0

Malgré cette élégance, beaucoup d’approximations de langage passent la rampe et nourrissent largement la caricature du footeux bêta. Il s’agit cependant de relativiser. D’abord en rappelant que la parfaite maîtrise du subjonctif imparfait n’a jamais été un gage d’intelligence. Ensuite en défiant quiconque de tenir un discours pertinent, après avoir été soumis à un effort extrême pendant 90 minutes. Enfin plus prosaïquement, parce que "leur métier, c’est de taper dans une balle et de battre l’adversaire, rappelle Marc Delire. On ne leur demande pas d’avoir une culture générale étoffée. Prenons Marouane Fellaini, il a le cœur sur la main. Son investissement dans Cap 48, ce n’est pas du pipeau. Mais c’est sûr que si tu lui demandes son avis sur la montée de la N-VA, je ne suis même pas sûr qu’il sache ce que c’est, la N-VA… Par contre, il connaît certainement le back gauche de West Bromwich. C’est tout ce qu’on lui demande". 

Malgré tout, on peut se demander pourquoi, tant sur le plan de la culture générale que de la qualité d’expression, le rugbyman, le basketteur ou le tennisman tirent mieux leur épingle du jeu que le footeux. Selon Marc Delire, c’est dans le caractère "populaire" (dans les deux sens du terme) du football que réside l’explication: "C’est le sport le plus pratiqué au monde. Forcément, dans le tas, il y a plus de chances de tomber sur des gars moins subtils".

[…]

L’égalisation de l’intelligence pratique

Finalement, on peut se demander si le microcosme du ballon rond cherche vraiment à adouber des joueurs qui cogitent…

"Réfléchir n’est pas toujours un atout quand on pratique le sport de haut niveau… , assène Thomas Chatelle.Moi, j’ai dû faire un travail sur moi-même pour arrêter de tout analyser sur un terrain et jouer plus instinctivement." Un avis que nuance le formateur Chistophe Dessy:"Un garçon avec une tête bien faite va certainement se montrer plus performant sur le plan tactique, sur le plan conflictuel ou dans la gestion de ses émotions".

Mieux, des chercheurs suédois se sont penchés sur la bien nommée "intelligence de jeu", cette capacité à "lire le jeu", prendre les bonnes décisions et être au bon endroit au bon moment. Et, surprise, il s’avère que les footballeurs d’élite ont des capacités cognitives bien supérieures au reste de la population! Leur créativité, leur capacité à mener plusieurs tâches de fond et leur flexibilité leur permettraient de s’adapter à des situations inédites, comme une nouvelle tactique de l’adversaire en cours de match. Les chercheurs ont même pu établir une corrélation entreles performances intellectuelles et le nombre de buts marqués ou de passes décisives délivrées.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si nos Diables Rouges semblent n’avoir jamais été aussi forts qu’aujourd’hui. Et Stéphane Pauwels en tête, nos interlocuteurs sont unanimes: "Avec Kompany, Courtois, Hazard, Mertens, Vermaelen… on a la chance d'avoir des leaders qui en ont dans le citron". La preuve ultime?

Ils sont réputés avoir la tête (trop) près du poteau

Jonathan Legear, notre champion national

Au panthéon des bourdes, "Zonathan" fait l’unanimité: il y a bien sûr eu son retentissant accident de Porsche, mais notre préférée reste son tatouage mal orthographié: "Vini (au lieu de Veni), vidi, vici". Du grand art.

Franck Ribéry, l’incompris

Au-delà de l'affaire Zahia, c'est en conférence de presse qu'on le préfère: "On est des joueurs qu'on va vite avec le ballon" (sic), "C'est beau ce stade Vélodrome qui est toujours plein à domicile comme à l'extérieur" (re-sic), "On dirait c’était comme si que y avait rien changé hier" (re-re-sic). Et on en oublie.

Mario Balotelli, la tête brûlée

En bref, l’Italien a déjà: explosé des feux d’artifice dans sa salle de bains, lancé des fléchettes en direction de jeunes joueurs parce qu’il s’ennuyait, été surpris avec son iPad sur le banc de touche pendant un match… Ah oui, il a aussi déclaré: "Je pense être plus intelligent que la moyenne, mais ça ne m’intéresse pas de le démontrer". Ah, c’est donc ça.

Article complet dans le Moustique du 27 mars.

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