Dernière saison pour les Desperate Housewives sur RTL-TVI

Saison 8, saison d'adieu pour les Desperate Housewives qui rendent leur tablier, la tête haute et avec le sentiment du travail bien fait. 

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Pour dépoussiérer, elles ont dépoussiéré! Quand les femmes au foyer de Desperate Housewives débarquent à la maison en 2004, l’univers des séries est plutôt gonflé à la testostérone et, d’Experts en NCIS, obsédé par les enquêtes policières – genre dominant depuis l’invention de la fiction télé.

Les filles de Wisteria Lane sortent le grand jeu du nettoyage de printemps et deviennent les icônes d’une histoire qui fait la part belle au domestique, au voisinage et à la solidarité entre femmes. La dernière fois qu’on avait vu des femmes qui racontaient des histoires de femmes à la télé, c’était dans Carré d’as – les fameuses Golden Girls qui, avouons-le, nous renvoyaient une image plutôt "mémère et bigoudis" de la gent féminine.

Desperate Housewives est, bien sûr, une comédie, mais – et c’est sans doute ce qui a fait sa différence – c’est une comédie qui commence par un drame. Au jour du premier jour, dans Desperate Housewives – Mary Alice Young, la narratrice de l’histoire que l’on prendra l’habitude de fréquenter par voix off, se suicide.

Par désespoir. On a connu meilleure façon de lancer une série légère… On sait que cette vivifiante bonne humeur qui traverse le show est le fruit du dépit. On sait que Marc Cherry a eu l’idée de la série en suivant, à la télé, l’histoire catastrophique d’une femme qui, à bout de nerfs, avait tué ses cinq enfants.

"Je regardais le procès d’Andrea Yates, une femme qui avait noyé ses cinq gosses dans une baignoire, se souvient Cherry. J’ai alors fait remarquer à ma mère que cette femme devait être vraiment désespérée pour commettre un tel crime. Ce sur quoi ma mère m’a répondu: "J’ai connu ça aussi"."

Il n’en fallait pas plus à Cherry pour tilter. "Ma mère m’a raconté combien elle s’est sentie seule après le départ de mon père. Qu’elle avait eu parfois l’envie de nous étrangler. C’est là que je me suis dit que si maman, si parfaite, avait ses moments de déprime, alors chaque femme devait en connaître."

La suite, on la connaît… Un univers de maisons de poupée, un monde de la perfection derrière lesquels se cachent les blessures et les frustrations de cinq femmes dont on s’entichera des qualités et des défauts. Desperate Housewives reste une mise au point sur le rêve américain. Dans ses intrigues, d’abord: chacune des protagonistes vit dans une demeure parfaite, au sein d’un quartier on ne peut plus coquet. Et qu’importe que le ciel ne cesse de leur tomber sur la tête: le téléspectateur les envie!

Huit saisons plus tard, le succès de Desperate Housewives peut apparaître comme une évidence. Toutefois, à son lancement, peu de monde y croyait. A commencer par les producteurs. Avant de vendre son projet à la chaîne ABC, Cherry était allé sonner chez HBO, CBS ou encore les studios Warner Bros où il avait fait chou blanc.

Même les actrices retenues au casting doutaient de la solidité d’un tel projet déjà en production. "Au cours de la première réunion de lecture, raconte Felicity Huffman alias Lynette, j’ai eu mon agent au bout du fil. Je lui ai alors susurré que le scénario que j’étais en train de lire, c’était du grand n’importe quoi. Que ça n’irait pas bien loin." Du côté d’Eva Longoria (Gabrielle Solis), on n’était pas plus rassuré. "Je nous revois en train de tourner les premières scènes, confiait-elle au Festival de Monte-Carlo. Je croisais les doigts en espérant pouvoir au moins terminer une demi-saison." Un seul épisode, le premier, suffira pourtant à  envoûter le public.

Après sa première diffusion, le 3 octobre 2004, les Desperate sont partout. On crie déjà au phénomène. Même la première dame des États-Unis (à l’époque Laura Bush) reconnaissait son addiction au feuilleton en plaisantant: "Si ces filles croient qu’elles sont des femmes au foyer désespérées, alors qu’elles viennent vivre avec George". Comme des millions d’autres femmes américaines, la première  dame des Etats-Unis confessait sa fascination pour les cachotteries et les mystères brassés par ce feuilleton à l’esthétique parfaite et virtuose dans le mélange des genres! Sans doute la clé de son triomphe.

Mêlant à la fois comédie, drame, soap et énigmes, Desperate Housewives n’entrait dans aucune case prédéfinie. Indéfinissable! Ses dialogues savoureux et son cynisme vont attirer un large public majoritairement féminin. Un amusant et finalement logique renversement des choses.  Alors que depuis des années les publicitaires nous bassinaient avec leurs sempiternels panels de ménagères, leurs cibles privilégiées! Voilà que leurs "proies" favorites allaient enfin découvrir des héroïnes auxquelles elles pourraient s’identifier sans l’ombre d’un complexe.

Les téléspectateurs se souviendront longtemps de Desperate Housewives. Pour ses qualités, bien sûr. Mais aussi pour son héritage. La création de Marc Cherry a en effet fixé et pérennisé l’influence des femmes sur le petit écran (après des succès tels que Sex And The City et Ally McBeal). Et pas n’importe quelles femmes mais des actrices proches de la quarantaine – une hérésie jusqu’alors pour nombre d’auteurs! – à qui la série a donné un nouvel élan de carrière. Après huit années de bons et loyaux services, les ménagères s’apprêtent donc à rendre leur tablier. Pour le plus grand désespoir du téléspectateur, cette fois-ci. Reste, avant les adieux définitifs, à encore déguster cette huitième saison apothéose et de très bonne facture.

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