Dépeceur de Montreal:  » Mangée, la victime vous appartient à jamais »

Spécialiste des tueurs en série, Stéphane Bourgoin a rencontré plusieurs "ogres contemporains". Il éclaire le penchant cannibale du dépeceur de Montréal.

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Le hasard, dit-il… Le très médiatique expert en tueurs en série et autres monstres modernes sortait la semaine dernière Mes conversations avec les tueurs, chez Grasset. Un ouvrage nourri de ses interviews avec différents tueurs dans les prisons du monde entier. Parmi eux, plusieurs cannibales et nécrophiles qui partagent certains traits avec Eric Clinton Newman.

Au même moment, plusieurs cas de cannibalisme, sur plusieurs continents… Une coïncidence?
Stéphane Bourgoin – Non, car de tels cas, il s’en passe un par semaine de par le monde. Mais tous ne sont pas médiatisés. Comme le cas de ce Suédois qui a découpé les lèvres de son épouse avant de les avaler. Il se croyait trompé et ne voulait pas qu’elle puisse séduire à nouveau. D’autres affaires récentes, en Russie, Chine, Afrique du Sud ou au Mexique n’ont pas été relayées. Ceux dont on parle aujourd’hui ont évidemment "bénéficié" de leur proximité avec l’affaire Magnotta qui présente aussi des aspects anthropophages.

Quelle place occupent les cannibales dans cette galaxie de tueurs que vous étudiez depuis des années?
Ce ne sont pas nécessairement des tueurs en série, mais ils affichent ce narcissisme exacerbé qui caractérise d’autres pervers. Le moteur de Magnotta était manifestement la volonté de devenir un people, une vedette internationale, comme en attestent ses vidéos, mais aussi ses blogs truffés d’auto-interviews ou ses très nombreuses photos. Les trois cannibales brésiliens récemment arrêtés s’étaient, eux, arrogé rien de moins que la mission divine de nettoyer la terre de ses incarnations maléfiques. L’un d’eux avait même consigné ses exploits dans un manuscrit. Les tueurs en série sont très souvent pleinement responsables de leurs actes. Chez les cannibales, c’est moins souvent le cas. On trouve d’ailleurs chez eux plus d’antécédents psychiatriques. Certains sont internés plutôt que jugés, comme ce Français qui avait cuisiné son père après sa mort, naturelle, façon ragoût de lapin. Ou cet homme qui, à Nanterre, a tué un passant dont il voulait boire le sang.

Quelle signification prêtent-ils à leurs actes?
Le cannibalisme traduit un fantasme de possession ultime. La victime, ainsi ingérée, leur appartient totalement et à jamais. La chosification de la victime et sa dépersonnalisation totale sont la marque des anthropophages criminels. Comme chez les autres tueurs en série d’ailleurs. Ce que j’ai remarqué aussi pendant mes interviews avec eux, c’est la très grande excitation sexuelle, le plaisir égoïste que leur procurait leur acte.

Parmi les différents cas recensés, certains ont réellement "cuisiné" leurs victimes. Quel sens donner à cette ambition gastronomique?
Le cannibalisme "cru" est plutôt l’œuvre de psychotiques succombant à une pulsion soudaine, comme récemment à Miami. Les cas "culinaires" sont, eux, plutôt connotés sexuellement. Souvent, d’ailleurs, ce sont les parties intimes qui sont mangées.

Comment ces criminels vivent-ils cette opposition entre la barbarie de leurs actes et l’esprit hautement sophistiqué dont ils se réclament et qui se marque dans leur cérémonial culinaire?
Ils ne perçoivent pas ce paradoxe. Ils sont en permanence obsédés par des pulsions, qu’ils trouvent toujours le moyen de justifier. Mis à part certains cas, ils sont tout à fait conscients de leurs actes. Et ils se moquent bien d’avoir commis le mal. Les cannibales que j’ai interviewés avaient été arrêtés et remis dans les mains de la justice, comme n’importe quel "vulgaire" criminel. Comment supportent-ils cette "déchéance", eux qui, souvent, se croient dotés d’un esprit supérieur? En évoluant constamment dans la manipulation. Même condamnés à mort ou à perpétuité, ils prétendent rester maîtres du jeu. A la façon dont Hannibal Lecter, personnage recréé à partir de meurtriers existants, se comporte en prison dans le film Le silence des agneaux.

[…]

Dossier complet dans le Moustique du 13 juin.

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