Dead Man Talking

L'animateur-comédien réussit son passage derrière la caméra avec une fable trash empreinte de belgitude.

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Contrairement à Gad Elmaleh ou Jean Dujardin (avec Chouchou ou Brice de Nice), l’humoriste, comédien et homme de télé Patrick Ridremont ne s’est pas inspiré de ses sketches pour passer à la réalisation. "Refaire en version longue ce que je me suis amusé à faire en version très courte pendant des années, du gag, de l’improvisation, compiler tout ça en une heure quarante n’aurait eu aucun sens pour moi. Je voulais raconter des choses plus profondes", confie-t-il.

Alors, il s’est attelé à l’histoire d’un condamné à mort qui s’amuse à tordre le destin. Un homme qui, chaque soir, raconte sa vie pour reporter sa condamnation. Une sorte de Shéhérazade mâle récupéré par la téléréalité dans un pays en pleine course aux élections. Autour de lui, un curé en soutane (Christian Marin, inoubliable Gendarme de Saint-Tropez), un gardien déprimé (Julius Lopez), un taulier flippé (toujours très bon Berléand), une journaliste arriviste (Virginie Efira – ex-madame Ridremont), des hommes politiques véreux (Jean-Luc Couchard et Olivier Leborgne) et une lolita aux grands yeux. Belle brochette d’acteurs, dans laquelle Ridremont se fond avec une séduction crasse et rédemptrice.

Car le défi était aussi là pour l’acteur-réalisateur: "C’est mon premier film, a priori, je n’aurais pas dû jouer dedans. Tout comme j’aurais dû faire un court métrage avant de passer au long. Mais tout ça, ce sont des principes. Qui veut faire du cinéma en fait. Céder le rôle, ça aurait été un sacrifice. J’écris cette histoire depuis dix ans. Il fallait que je la tourne, et que je l’incarne."

Résolument axé sur la fable, le film se déploie presque en huis clos dans une prison jaunie couleur sépia, et progresse au détour de scènes-clés tournées en flash-back extérieurs. Pour reconstituer la personnalité en échec du condamné, et tacler au passage les médias et la politique-spectacle. "J’ai d’abord été inspiré par mon ignorance de réalisateur. Je voulais tout comprendre. Ensuite, j’assume le côté très théâtral de mon film. Sans époque, dans un lieu et un temps réinventés. Je voulais un cratère lunaire pour la Belgique, mon chef-op jouait avec la lumière jaune, tout était permis." S’il manque encore à Ridremont l’aisance et l’ampleur de ses maîtres (Terry Gilliam, les frères Coen, Tim Burton) pour se hisser hors de lui-même, il semble bien qu’il ait trouvé son ton. À la fois novice et viscéral, pour dire la grande fable des regrets, et de la vie.

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Dead Man Talking
Réalisé par Patrick Ridremont. Avec Patrick Ridremont, François Berléand, Virginie Efira – 90′.

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