De qui se foot-on?

Pour attirer les fous de foot dans leurs filets, les fournisseurs de télévision numérique sont prêts à tout. Comme leur refourguer deux décodeurs numériques, une connexion Internet ultra-rapide inutile ou une seconde ligne téléphonique… Décryptage des offres et des tarifs.

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La guerre des goals est terminée! Les câblodistributeurs Telenet et Voo se sont associés et décrochent la retransmission exclusive des trois plus belles affiches de chaque journée de championnat contre un chèque astronomique de 165 millions d’euros. Les clubs voient de l’argent rentrer dans leurs caisses et se frottent les mains. Taclé par-derrière après six saisons de monopole, Belgacom n’a rien vu venir. L’opérateur historique n’obtient que les cinq petits matchs de chaque week-end. La première mine est posée. La guerre commerciale peut commencer. Sur fond d’offres "foot gratuit", les deux opérateurs se livrent une bataille marketing sans merci.

Au bénéfice du fou de foot? Pas si sûr… Car les stratèges marketing de Voo et de Belgacom ont franchi d’un coup plusieurs paliers sur l’échelle de l’agressivité. Les rivaux se rendent coup pour coup, souvent sous la ceinture, pour tenter de convaincre le téléspectateur avec leurs offres comparatives. Au centre de l’arène commerciale, le fan de foot a perdu le nord. Quels matchs peut-il voir? Avec quel(s) décodeur(s)? Pour quel prix? Tentons de l’aiguiller. Et de lui éviter les mille et un pièges que recèlent les offres de télévision numérique.

Deux décodeurs pour tout voir

Dans les cordes, l’état-major de Belgacom se ressaisit et déploie sa stratégie de com dès la semaine qui suit cette décision de la Pro Ligue. Son offre foot sera gratuite pour tous ses abonnés. Soit les cinq rencontres du samedi à 20 h ainsi que le multi-live, formule où le téléspectateur se laisse guider de stade en stade sans devoir zapper, et qui a fait le succès de la chaîne ces dernières saisons. Si vous êtes fan de foot et déjà abonné à Belgacom TV, cette offre ne vous coûte donc rien… pour la saison 2011-2012! L’opérateur n’annonce rien pour la suite. De même, vu que le marché est scindé, vous ne pouvez plus suivre votre équipe favorite tout au long de la saison avec le seul décodeur Belgacom (option My Club). Il vous faut pour cela un autre abonnement, chez Voo. Dépense supplémentaire à la clé.

Pendant ce temps, les têtes pensantes de Voo boivent du petit lait. C’est sûr, la balle a changé de camp. Après l’acquisition des test-matchs pour le titre en 2009 au nez et à la barbe de Belgacom, l’essai est transformé. Le câblo dévoile son offre. Les matchs seront à suivre sur la nouvelle chaîne Voo Foot ou sur Be TV. Les équipes marketing lancent une campagne de publicité comparative sans précédent. Acharnement, dénigrement, diront certains. Il est vrai que Voo n’y va pas avec le dos de la cuillère. "Le top du foot belge, c’est chez Voo, et c’est cadeau." Un gros cadeau, même, comparé au petit cadeau de Belgacom.

Astérisques et périls

Les trois matchs de Voo sont-ils vraiment gratuits? Oui et non. L’offre est gratuite pour les abonnés, anciens ou nouveaux, aux packs duo ou trio "passionnément" et "à la folie", pas pour les autres. La possibilité de voir du foot est donc couplée à un abonnement au téléphone et/ou à Internet dont vous n’avez peut-être pas besoin et qui, lui, est loin d’être gratuit (voir encadré). C’est là qu’est l’os. Chez Voo comme chez Belgacom, il vous faut donc être attentif aux conditions générales des offres, comme la durée de votre engagement, les frais éventuels de raccordement, d’installation, d’activation, le coût de la location ou de l’achat d’un modem, et les frais d’abonnement à la télédistribution si vous optez pour l’option câblée plûtot que téléphonique.

Au milieu du ring, Test-Achats s’est invité dans le dédale des offres. L’association de consommateurs compte les points et fait ses calculs. Le téléspectateur wallon qui souhaite voir l’ensemble des matchs de la prochaine saison doit débourser 82,85 € par mois. Avec l’augmentation tarifaire de Voo applicable dès le 1er septembre, cela grimpe à 85,30 €. Test-Achats vous invite donc à être attentif aux différents astérisques qui renvoient aux "plus d'infos", "conditions de l'offre" ou "conditions de la promotion" presque illisibles en bas de page et qui peuvent se révéler autant de désagréables surprises pour votre portefeuille.

Restent aussi les cas des Bruxellois et des cafetiers. Voo n’étant pas disponible sur tout le territoire de la capitale, les premiers auront accès aux trois affiches du câblo grâce à Be TV, disponible via… Telenet. Les seconds vont s’arracher les cheveux, ne sachant plus à quel décodeur se vouer.

97 millions de déficit pour Voo

Difficile de s’y retrouver dans cette jungle publicitaire. Pour Belgacom et Voo, le football est un (cher) produit d’appel destiné à attirer le client vers d’autres services et à accroître leurs parts de marché. Belgacom n’avait pas procédé autrement lors de l’acquisition des droits, il y a six ans, pour lancer son offre de télé numérique et son catalogue de films à la demande. Entre-temps, Belgacom TV a passé le cap du million d’abonnés dans le royaume et doit aujourd’hui s’attendre à un retour de balancier.

L’acquisition des droits, les coûts de production et de présentation, notamment via Be TV, dont Voo est la maison mère, sont un pari financier pour le câblo, qui a présenté un déficit de 97 millions d’euros l’an dernier. Les stratèges liégeois attendent donc un retour sur investissement et une dilution de leurs pertes sur plusieurs années. On l’aura compris, les offres gratuites ne dureront qu’un temps, soit le début de saison, sous peine de ne pas être rentables. Rendez-vous en septembre. Quid des play-offs ou de la saison prochaine? Nul ne le sait encore.

En attendant, la lutte féroce Voo-Belgacom se déplace déjà vers d’autres champs de bataille. Pour rester attractif, en plus de sa formule sur le foot belge, Belgacom offre à ses abonnés deux affiches du championnat portugais dès cette saison, et a déjà acquis les droits du championnat espagnol à partir de la saison 2012-2013. Voo n’est pas en reste. Il vient de signer un accord avec le Standard, dont il est sponsor, pour garantir à ses abonnés la diffusion de l’intégralité des matchs du club liégeois en championnat et en préliminaires de Coupe d’Europe, et négocie pour proposer à son tour dès 2012-2013 tous les matchs du samedi soir. Toute l’offre foot sera donc plus que probablement disponible chez Voo. Belgacom riposte avec sa diffusion gratuite des matchs sur smartphones et tablettes dès septembre.

Studio Foot sur la RTBF

Et la RTBF dans tout ça? Le service public s’en sort bien. Les résumés des rencontres restent au Boulevard Reyers. Studio 1 devient simplement Studio Foot. L’émission de débats du lundi soir, La tribune, demeure également, mais elle est relookée. Voo a posé ses exigences. Plus question de voir Marc Delire et Benoît Thans comme consultants, trop connotés Belgacom. La réaction de Delire s’est voulue épidermique. La figure de proue de Belgacom 11 évoque ni plus ni moins "un côté bling-bling et arrogant de nouveaux riches" de la part de Voo.

Enfin, le départ de Stéphane Pauwels a été l’autre buzz médiatique de l’été. Le trublion quitte la RTBF pour RTL. Des sources bien informées parlent d’un salaire mensuel à cinq chiffres, mais surtout d’un véritable contrat d’animateur et d’une réponse à ses demandes d’émission comme moteur de son départ pour la chaîne privée. Le téléspectateur abonné à la télé analogique peut donc se consoler avec les chaînes hertziennes. Du moins pour l’instant.

Sinon, ah oui, on allait oublier… La saison, la vraie, sur les terrains et avec des ballons, démarre, enfin, ce week-end. Chez vous, chez eux, on ne sait plus très bien. À vos boutons et bonne saison.

 Pierre Gautier

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