David Guetta: « Je suis un mec heureux. « 

Quelqu'un qui a vingt-trois millions d'amis sur Facebook ne peut pas avoir tout à fait tort. En exclusivité, le DJ le plus hype de la planète nous dévoile les secrets de son nouvel album.

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Décrocher une interview avec David Guetta est un vrai challenge. Ce n'est pas que le DJ star parisien fuit la presse, mais voilà, il a un agenda overbooké et ne dort jamais deux fois de suite au même endroit. Le jour qui a suivi cet entretien téléphonique, il se produisait devant 80.000 personnes au Stade de France avec Black Eyed Peas. Il a ensuite décollé dans son jet privé à destination d'Ibiza pour animer, comme chaque jeudi de l'été, ses soirées Fuck Me I'm Famous. Vingt-quatre heures plus tard, il faisait danser Fernando Alonso à Valence dans une soirée VIP organisée en marge du Grand Prix de Formule 1 d'Espagne avant de se rendre au festival Electric Day de Las Vegas.

Si elle fait fantasmer, la vie trépidante du globe-trotteur le mieux payé de la planète électro (3,8 millions d'euros de gains en 2010) ne s'encombre pourtant pas des clichés les plus excessifs de la club culture. Pas de groupies agenouillées et prêtes à l'action dans sa cabine de mixage, aucune trace de poudre blanche dans son flight-case ou de Veuve Clicquot dans le frigobox. David Guetta est un mec clean et ne vit que pour la musique. "Contrairement à la plupart des autres DJ, je suis marié et j'ai des enfants (Tim Elvis et Angie, âgés respectivement de 7 ans et 3 ans – NDLR). Après mes prestations, je rentre à l'hôtel pour bosser ou me reposer. Je n'ai jamais été très friand des excès…"

En 2010, le magazine américain Billboard, bible des professionnels de la musique, mettait la tête du Frenchie en couverture et barrait son portrait d'un titre flatteur: "Guetta, l'homme qui a changé le son du top 40." C'est la vérité. Avec son album "One Love", écoulé à trois millions d'exemplaires des deux côtés de l'Atlantique, Guetta a imposé sa patte. Soit une synthèse insolente d'électro house hédoniste, de R&B, de sonorités eighties et de bidouillages bling-bling. Les Guignols de l'info ont beau se foutre de lui en affirmant qu'il a fait cinq disques en ne sachant jouer qu'une seule note de musique, il dicte sa loi. De Black Eyed Peas à Snoop Dogg, de Honk Kong à Miami en passant par les campings de Blankenberge, tout le monde succombe à ses beats. Après sa compilation "Fuck Me I'm Famous" sortie au début de l'été, David Guetta sort ce 29 août un double album studio, "Nothing But The Beat".

Pourquoi sortir un double album en 2011. N'y a-t-il pas assez de musique déjà disponible?
David Guetta – "Nothing But The Beat" est un double, mais il est vendu au prix d'un CD normal. Je voulais profiter de mon succès et du fait que ma musique touche des gens bien au-delà de la communauté dance floorpour ajouter quelque chose de plus expérimental. Il y a un album pop où l'on retrouve des morceaux taillés pour le dance flooravec un son typiquement "David Guetta" et de nombreux invités. L'autre CD est plus électro et 100 % instrumental.

C'est quoi, le son Guetta?
C'est un son hybride qui remonte à mes débuts et qui a bien évolué. J'ai décroché mon premier contrat de DJ à 17 ans au Broad, un club gay dans le quartier des Halles à Paris. J'ai débarqué avec mes vinyles funks et hip-hop. Le patron de la boîte, lui, me demandait de passer Soft Cell, Erasure et Depeche Mode. Il m'a fallu mixer toutes ces cultures. Ce que je faisais comme DJ à mes débuts, je le propose aujourd'hui comme producteur.

Dressez-vous un cahier des charges avant d'enregistrer un album?
Mon cahier des charges se résume à une phrase: "fais tout ce qui n'est pas permis." Regardez Sexy Bitch, la chanson que j'ai enregistrée avec le rappeur Akon. Personne n'en voulait. Les Américains m'ont prévenu: "David, you are completely crazy. Avec le mot "Bitch" ("salope") dans le titre, aucune radio ne passera ton morceau." En France, c'est le texte qui posait problème, il n'y avait qu'un seul couplet. La suite, vous la connaissez: Sexy Bitch a été un tube des deux côtés de l'Atlantique.

Comment un DJ parisien parvient à diriger des stars américaines? Vous osez dire à Snoop Dogg "Eh, mec, tu chantes faux, on recommence!"?
D'abord, on ne dit pas à Snoop: "Tu chantes faux." On l'encourage à se surpasser. Au début, j'étais un peu intimidé, c'est vrai. Mais ce sont des pros. Ils savent tout de suite quand ils ne sont pas au top et comprennent parfaitement comment ils doivent poser la voix sur mes beats.

Vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé de devenir DJ?
J'avais 13 ans et je commençais à sortir. Mes potes allaient en club pour draguer les filles et boire des bières. Moi, j'étais uniquement fasciné par la musique et la manière dont le DJ enchaînait les morceaux.

Votre expérience de DJ vous permet-elle de savoir à l'avance si un morceau va être un tube ou non?
Dans une certaine mesure, oui. Toute mon éducation musicale s'est faite dans les clubs. Je sais comment les gens réagissent sur un dance floor. Pour qu'un morceau fonctionne en club, il doit faire danser et susciter des émotions. Faire danser, c'est une question de technique. En produisant une chanson d'une certaine manière, vous pouvez la rendre plus entraînante. Sans prétention, je crois être assez fort pour ça. Pour l'émotionnel, il n'y a pas de recette, c'est plus abstrait.

I Gotta Feeling que vous avez réalisé avec Black Eyed Peas est la chanson la plus téléchargée de l'histoire. Comment l'expliquez-vous?
I Gotta Feeling est arrivé au bon moment. Le monde était frappé par la crise financière. L'ambiance était à la déprime et nous on débarquait le matin à la radio avec cet hymne à la fête et ce message ultrapositif. Les gens avaient envie d'entendre ça.

Vous testez vos morceaux avant de les enregistrer?
Oui, tous mes morceaux. C'est du pur bonheur. Un artiste a rarement l'opportunité de voir la réaction du public lorsque celui-ci découvre ses nouvelles chansons pour la première fois. Moi, ça m'arrive tous les soirs et je suis très attentif à la réponse des gens. Je retourne parfois en studio pour corriger l'un ou l'autre détail.

Comment réagissez-vous lorsque la piste se vide au moment où vous passez un de vos nouveaux morceaux?
Ça n'est jamais arrivé. Mais si ça doit être le cas, le morceau atterrit dans la corbeille de mon ordinateur.

A quoi ressemble le studio de David Guetta?
Je vais vous décevoir: je ne travaille qu'avec du software. Je ne possède pas de machines ou d'instruments. Je conçois tous mes disques sur mon laptop et, quand je vais en studio à Ibiza, Paris ou New York, je le branche sur un amplificateur et j'enregistre.

Damon Albarn a enregistré le dernier album de Gorillaz sur son iPad. C'est ça, l'avenir de la musique?
Oui. Je pense surtout que c'est une manière pour Damon de combiner tournée et création. Vous pouvez donner des concerts chaque soir et bosser ensuite dans votre chambre d'hôtel sur votre nouvel album. C'est ce que je fais depuis longtemps. Si vous souhaitez transformer le clavier de votre laptop en piano classique, en percussion africaine ou en synthé des années 80, il suffit d'avoir une connexion Internet. Ceci dit, si le dernier album de Gorillaz est bon, c'est parce que Damon Albarn a du talent et des idées. Pas parce qu'il a utilisé un iPad.

Comment vous trouvez votre marionnette aux Guignols de l'info?
J'adore! Ce n'est pas toujours gentil, mais c'est drôle. De toute façon, je n'ai pas d'autre choix que d'en rire.

Les Guignols vous font passer pour un DJ qui ne sait jouer qu'une seule note de musique. Ce n'est pas très flatteur…
J'ai créé un son reconnaissable et j'en suis très fier. Aujourd'hui, quand j'écoute les radios américaines, je n'entends que des productions qui ressemblent à Sexy Bitch ou I Gotta Feeling. Il faut croire que ça plaît à un certain public. J'ai vingt-trois millions d'amis sur Facebook, des Grammys sur mon étagère et mon album "One Love" s'est vendu à trois millions d'exemplaires. Alors, je peux accepter de me faire chambrer par Les Guignols.

On vous adule aux États-Unis, mais on rit de vous en France. Vous y comprenez quelque chose?
Les artistes de la scène électro me respectent car ils savent qu'il y a du travail derrière. Pour les médias, il y a encore un problème de perception. Exemple: voici quelques jours, un photographe d'un magazine musical spécialisé m'a demandé d'arrêter de sourire quand je posais pour lui, ce que j'ai refusé. C'est révélateur d'une certaine mentalité. En France, vous êtes branché et crédible quand vous tirez la gueule. Aux Etats-Unis, vous êtes un mec cool quand vous avez du succès.

Vous deviez produire le nouvel album de U2. Info ou intox?
J'ai rencontré Bono voici un an. A cette époque, il avait différents projets discographiques pour U2, dont un album dance. Il m'a demandé de le réaliser avec will.i.am et Red One. Bono en a parlé dans la presse, mais il ne m'a plus jamais rappelé. Moi, je suis prêt. C'est quand il veut.

En 2011, David Guetta est-il un homme heureux?
Oui, à 100 %.


30/9 à Nandrin, site des Templiers

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