Dave: « Je suis très cher et très mauvais »

Après quarante ans de chanson, Dave obtient un vrai premier rôle au cinéma. Et dans un film belge s'il vous plaît!

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Dave aime le cinéma. Et jusqu’ici, celui-ci le lui avait plutôt mal rendu. En effet, si le chanteur né à Amsterdam en 1944 a déjà tâté des plateaux, c’était pour systématiquement interpréter son propre rôle.

"Dans les années septante, se souvient-il, j’ai fait un truc qui s’appelait L’esprit de famille avec Michel Serrault dans lequel je me faisais interviewer par André Torrent. Ensuite il y a eu Poltergay  et, bien sûr, La cité de la peur des Nuls qui est devenu un film culte. Mais bon, il ne faut pas cligner des yeux si l’on veut me voir parce que ce n’était qu’une apparition." Des rôles qui ne tenaient donc en rien au travail d’acteur.

Il y a quatre ans, un jeune réalisateur belge contactait Dave pour incarner le personnage principal de son film, dans lequel il devrait jouer… son propre rôle. "Je me suis d’abord dit que je n’allais pas le faire. Mais en lisant le scénario, j’ai compris qu’il y avait un vrai personnage à défendre. J’ai donc pris un coach et je me suis mis à bosser." En effet, dans Une chanson pour ma mère, Dave est kidnappé par une famille ardennaise dont la mère est mourante. "Ils veulent lui offrir un dernier cadeau: moi!" Et contrairement aux craintes que pourrait inspirer Dave dans le premier rôle d’une comédie, il s’y révèle tout à fait convaincant.

La vieillesse

"J’ai été le premier surpris. Avant, quand on me contactait pour un film, je disais toujours: "C’est comme vous voulez mais je suis très cher et très mauvais". Mais là, j’ai travaillé dur. Et j’ai fait avec ce coach des choses que je n’avais jamais faites jusqu’ici. C’est tout à fait jubilatoire de découvrir de nouvelles choses à soixante-neuf ans. Dans la plupart des vies d’homme, cela n’existe pas. Normalement, à mon âge, on part à la retraite, on quitte la vie active et il n’y a plus rien. On passe ses journées avec la mémère avec laquelle on vit depuis toujours. Moi, j’ai l’opportunité de rester actif. Et j’ai conscience de la chance que c’est. Car nous autres, artistes, que l’on soit octogénaire comme Aznavour ou Annie Cordy, on a encore le droit de bosser. Et c’est formidable. Je considère tout cela comme un heureux bonus."

Et c’est justement ce plaisir qui transpire tout au long du film de Joël Franka. Un film dans lequel Dave, l’artiste vieillissant, va être confronté à une mère de famille en train de mourir. "La vieillesse est quelque chose de terrible. Pour moi, elle n’est qu’une déchéance. J’ai le droit de le dire car je suis en plein dedans. Quand je croise les gens, ils me disent souvent que je ne vieillis pas. Mais ils n’ont pas vu mon corps et je leur déconseille d’ailleurs vivement. Par contre, il est vrai que j’ai encore ma voix de jeune homme et mes cheveux. Ça a l’air con comme ça, mais ce sont les deux choses qui me sauvent."

Conséquence de la vieillesse, certains verront Dave comme un chanteur has been. Et ils n’auront pas foncièrement tort. Mais il ne faut pas pour autant oublier que l’homme s’est toujours battu pour pouvoir exercer son métier. "Même dans les années quatre-vingt, quand j’ai vécu ma longue traversée du désert, j’ai continué de chanter. A ceci près que les salles étaient plus petites, que le cachet était moins élevé et que les hôtels étaient moins luxueux. Mais j’ai continué à faire mon métier. Et un jour, c’est revenu." Si Dave est effectivement réapparu sur le devant de la scène, c’est parce qu’il a compris qu’au tournant du millénaire, seules survivraient les bêtes médiatiques. Et il avait cela naturellement en stock. Bon client de télévision, il a multiplié les apparitions, dont un commentaire de l’Eurovision avec Marc-Olivier Fogiel resté dans les annales.

Dave s’est donc remis, comme par enchantement, à vendre des compilations par camions entiers. "J’en suis très heureux. Même si j’aimerais un jour refaire un tube. Mais je crois que ce n’est plus possible. Avec les autres chanteurs de ma génération, nous connaissons tous le même problème: nous n’avons presque plus la possibilité de nous faire entendre lorsque nous sortons un disque. Même Johnny Hallyday, ou Sardou, ou des gens énormes comme ça, on ne les passe presque plus à la radio, sauf celles dont la nostalgie est le fonds de commerce. Mais les grandes, qui font qu’une chanson devient un tube, ne nous passent plus car leur clientèle est jeune et que nous avons presque tous l’âge de Tino Rossi. Qu’est-ce que tu veux qu’un môme achète le disque d’un mec qui a l’âge de Tino Rossi?"

C’est donc avec humour et détachement que Dave regarde une carrière d’évidence derrière lui. Mais on ne peut aussi que regretter la frilosité de certains médias. En effet, pour les besoins du film, Dave a réenregistré sa version française du tube d’Elvis Presley Can’t Help Falling In Love. Une chanson (pour ma mère) qui aurait pu faire les choux gras des radios, qui n’ont pourtant pas vraiment embrayé. Allez comprendre pourquoi… On espère toutefois que le public ne s’y trompera pas. Voilà donc Dave devenu acteur. Comme Joey Starr. Mais avec la voix un peu plus aiguë…

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