Dans les coulisses d’On n’est pas des pigeons

Sujets conso, chroniqueurs pointus, reportages accrocheurs, animation cool... On n'est pas des pigeons a doublé l'audience de la case maudite d'avant-JT.

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En moins d'un an, On n'est pas des pigeons a pris un bel envol. Le magazine a même atteint aujourd'hui une altitude de croisière très respectable: jusqu'à 265.000 personnes. Une audience plus jamais atteinte dans la case d'avant-journal télévisé depuis belle lurette. C'est que le magazine a réussi à (ré)insuffler impertinence et décalage à la défense du consommateur. Un genre où la RTBF avait excellé avec l'antique Cartes sur table. Grâce à ses Pigeons malicieux, la télé publique reprend pied dans ce créneau particulièrement porteur grâce à la crise actuelle.

Mais comment ont-ils fait pour renouer avec le succès? Pour le savoir, direction le siège bruxellois de la RTBF et son labyrinthe de couloirs. Au bout de l'un d'eux, le centre névralgique d'On n'est pas des pigeons. Une petite salle de rédaction où s'entassent tout au plus une dizaine de collaborateurs autour de tables bordéliques. Rédacteurs, présentateurs, éditeurs…, pas de bureau de "chef". Dans l'open space, tout le monde est logé à la même enseigne. Michaël Miraglia, coprésentateur de l'émission, est là. Il s'essaie péniblement à la fabrication d'un joint géant pour illustrer un des sujets de l'après-midi. L'ambiance est dynamique et bon enfant. Comme à l'antenne en somme. Ce ne serait donc pas du chiqué… Mais ne traînons pas, il est 14h50, l'heure pour l'équipe de partir au maquillage.

Miraglia m'entraîne dans les dédales du paquebot Reyers pour passer par l'étape beauté de la journée. On y discute des dernières bonnes audiences d'On n'est pas des pigeons. Après un démarrage timide en mars avec 133.000 téléspectateurs de moyenne, l'émission de 18h30 semble avoir trouvé sa vitesse de croisière depuis la rentrée, autour d'un Sébastien Nollevaux qu'on a rarement vu si juste. Anne Poncelet, productrice du magazine, ne tarit pas d'éloges à son sujet: "Seb est le meilleur animateur qui soit pour ce genre de programme. Il apporte le mélange parfait entre la rigueur du journale et la légèreté du talk-show, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde!" Selon elle, l'alchimie du casting a d'ailleurs un rôle fondamental dans le succès de l'émission. "On s'aime bien en vrai et ça se voit à l'écran."

Et en effet, la bonne humeur des Pigeons est communicative, ça change des chroniqueurs qui se prennent au sérieux. Exit le ringard sentencieux adopté dans 90 % des émissions du genre. Le mag propose une vision à la fois rafraîchissante et humoristique du monde de la consommation. Avec des capsules punchy comme la réadaptation des Travaux inutiles de Jean-Claude Defossé par Samy Hosni ou le Vrai ou faux de Christophe Bourdon, l'ambiance est garantie. Depuis septembre, les questions piquantes, parfois un brin agressives, de l'ex-vainqueur du jeu Qui veut prendre sa place? font mouche! Simple, mais efficace.

Pourtant, le pari était risqué. Après les débâcles de Au quotidien, prédécesseur des Pigeons, et la grosse artillerie programmée sur les télés concurrentes, personne n'aurait misé sur un succès. Eric Poivre, directeur des programmes, confirme: "On ne s'y attendait pas, mais on l'espérait". Au sein même de la RTBF, radio couloirs émettaient même des ondes plutôt négatives… À tort! Évidemment, Miraglia est ravi: "En fait, on l'a senti venir. Il y a un véritable engouement autour de l'émission depuis quelques mois. On nous arrête dans la rue en permanence, on nous félicite à la machine à café. Aujourd'hui, le retour des chiffres prouve que l'émission plaît, c'est génial!"

Parce que Nollevaux bien

Dans la loge maquillage attenante au plateau, Jean-Christophe Willems (non, pas le chanteur), chroniqueur récurrent, se fait pomponner et discute avec passion du gilet-airbag hors de prix qu'il va présenter aujourd'hui. "L'équivalent d'un iPad, mais ça peut sauver une vie quand même!" Les deux maquilleuses se moquent gentiment de la nouvelle coupe de cheveux de Sébastien Nollevaux qui vient d'arriver dans les locaux. "Depuis que je suis revenu de chez le coiffeur, ça n'arrête plus. Tout le monde se fout de moi." Pourtant, le présentateur n'arbore ni mèches décolorées, ni queue-de-rat. Les blagues fusent, véritable antistress d'une équipe très rodée.

Xavier Guillitte, l'un des deux éditeurs de l'émission, passe une tête et nous détaille la fabrication d'On n'est pas des pigeons. "Nous déterminons les sujets à aborder une grosse semaine à l'avance." Anne Poncelet, la productrice ajoute les critères de choix des sujets:"Nous suivons deux paramètres: notre charte éditoriale d'un magazine de conso et d'actu. Par exemple, nous n'aurions pas pu passer à côté de la fin du site de téléchargement mondial MegaUpload. On reçoit aussi une centaine de lettres de lecteurs tous les jours qui nous proposent des idées. Et puis on bénéficie d'un réseau d'experts très au courant des problèmes de terrain, comme les gens du Crioc".

"Après ça, reprend Guillitte, nous parlons des reportages à produire aux équipes de terrain (journalistes, caméramans et preneurs de son) qui se trouvent à Namur. On ne les voit pas souvent, sauf quand ils tournent à Bruxelles." Le dédoublement géographique entre l'équipe studio et les équipes de tournage pose parfois quelques problèmes logistiques mais rien de majeur n'est jamais venu enrayer la dynamique du magazine.

Sébastien Nollevaux succède à Michaël Miraglia dans les mains expertes des maquilleuses. L'animateur est incapable de déterminer LA clé du récent succès de l'émission, mais avance quelques pistes: "La crise doit aider, c'est certain. Il y a aussi une fidélisation du public grâce à un contenu que nous essayons de maintenir cohérent. Et puis, nous prenons notre rôle avec plus d'aisance, nous commençons à être habitués, mais le but principal est de ne pas perdre la rigueur qu'on s'impose depuis le début".

La productrice est plus claire encore. "C'est une conjonction de circonstances, on est pile-poil dans l'air du temps à cause du marasme économique qui s'accentue depuis quelques mois. Les gens sont en demande de conseils pratiques et de renseignements concrets." Mais il n'y a pas que ça. Au fil des éditions, le ton journalistique des reportages a largement évolué pour devenir plus homogène et en phase avec celui des chroniqueurs. Entre deux blagues potaches, dont une intervention de Miraglia liant les bonnes audiences à son célibat tout frais, Xavier Guillitte ajoute son grain de sel: "Nous ne faisons pas que du léger, ça doit aider les gens à nous prendre au sérieux".

Chaque semaine, les chroniqueurs testent des produits (aujourd'hui, le cannabis), proposent des alternatives, mais surtout, délivrent des conseils. Souvent pertinents. Seul bémol, on verse parfois dans le simplisme. La productrice préfère parler de didactisme. "Il faut être très concret et essayer de surprendre les gens, ne serait-ce que par la forme. Le fait d'utiliser des caméras cachées est très utile. On ne dit pas des choses révolutionnaires, mais on se met dans la peau du consommateur lambda, et ça change le rapport avec nos interlocuteurs, car évidemment, si la caméra est visible, tout le monde est beaucoup plus poli…" Et la formule plaît.

Ça roule et roucoule

15h10, c'est l'heure de passer aux répétitions de l'édition du jour sur le grand plateau ovale qui a de la gueule. Chacun prend place, prêt pour le filage des titres. Quelques pavés en plastique sont là pour égayer un lancement de Michaël Miraglia. "On crée l'effet Hollywood avec les moyens du service public." Idem avec la moto qui illustre la démo du gilet-airbag. C'est celle d'un technicien qu'il a fallu bien astiquer "parce qu'elle était vraiment crade". La débrouille est là. Ça fait partie des caractéristiques des Pigeons, non? "L'émission est sortie d'un schéma classique pour aller vers quelque chose de plus original",souligne Eric Poivre.

Une demi-heure et quelques blablas plus tard, on n'a pas des masses avancé sur l'émission du jour. Un technicien prend même le temps de venir féliciter l'équipe pour ses audiences. "Ça n'arrête plus!,note Sébastien Nollevaux. Parfois, quand je fais mes courses à titre privé, les gens me demandent si je prépare une caméra cachée. Tout le monde a déjà vu l'émission au moins une fois."

Les répétitions reprennent. Le temps qu'Annie Allard, rompue à l'exercice, lance son sujet sur l'immobilier et que Michaël Miraglia s'amuse d'un effet au ralenti, et c'est bouclé. Dans quelques minutes, l'enregistrement va pouvoir commencer. Sans encombre. A cause du JT préparé dans la même régie à 19 heures, la quotidienne est filmée à 16 h, soit une heure et demie avant diffusion, mais ne subit aucun remontage. "On bosse dans les conditions du direct. Si on se plante en plein milieu, on ne recommence pas notre séquence. Ça mettrait tout le monde en retard",explique Nollevaux. D'où les bafouillages et fous rires récurrents. Un mal pour un bien, ça crée le charme du magazine. A chaque coupure pub, le présentateur, quand même stressé, se lève pour relire son texte. Du faux joint de Miraglia préparé plus tôt dans la journée aux fromages belges évoqués par Caroline Veyt, les sujets s'enchaînent sans la moindre anicroche.

Une organisation complexe régit pourtant le montage d'On n'est pas des pigeons. La scripte, présente aux côtés des techniciens du son et de l'image en régie, tient le chrono. Xavier Guillitte, l'éditeur des Pigeons, souffle quelques blagues – pas toujours très fines – dans l'oreillette de Michaël Miraglia. L'animateur réussit ensuite à les refourguer à l'antenne avec un naturel déconcertant. Joli boulot. A 17 heures, l'émission est dans la boîte. Un léger débriefing pointe le manque de chroniques fortes au programme du jour. En effet, l'absence des Vrai ou faux de Christophe Bourdon et des Travaux inutiles a alourdi un peu la dynamique. Les téléspectateurs n'en feront pas grief aux Pigeons désormais bien posés dans le paysage télé.

ON N'EST PAS DES PIGEONS
Du lundi au vendredi La Une 18h30
Rediffusion tous les matins à 9h00

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